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Full text of "...Les documents secrets des archives du Ministere des affaires etrangeres de Russie"

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I 



U8RARY 
UNIV"-^"'^ Of CAUFORNIA 



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University of Ottawa 



http://www.archive.org/details/documentssecretsOOIalo 



LES 



DOCUMENTS SECRETS 



PUBLIES 



PAR LES BOLCHEVIKS 



DU MÊME AUTEUR 



La Question de la nouvelle salle à la Bibliothèque 
Nationale. Paris, 1912. (N'est pas dans le commerce.) 

Les Plans de Catherine II pour la conquête de Cons- 

tantinople. Paris, E. Rahir, 1910. (Extrait des Mélanges 

offerts à M. Emile Picot.) 
La Langue française cessera-t-elle dans peu de temps 

d'être une langue scientifique ? (Mercure de France, 

i" décembre igiS.) 

Enigmes du Grand Siècle : le Masque de fer, Jacques Stuart 

de la Cloche, Vabbé Prignani, Roux de Marsilly. Paris, H. Le 

Soudier, 191 3. 
De Clausewitz à Hindenbourg. (Mercure de France, tG juin 

1916.) 
La Diplomatie de Guillaume II (1888-U août lOl^J. Paris, 

éditions Bossard^ i9'7- 
Le Livre Jaune sur TAlliance franco-russe. (^Mercure de 

France, iG septembre 1918.) 

Le Kaiser et la neutralité de la Hollande. {Mercure de 
France, iG décembre 19 18.) 



X-^-*tZS3^37 



EMILE LALOY 

. I 1 



LES 

DOCUMENTS SECRETS 

DES ARCHIVES DU MINISTÈRE 

DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES 

DE RUSSIE 

PUBLIÉS PAR 

LES BOLCHEVIKS 




EDITIONS BOSSARD 

43, RUE MADAME, 43 
PARIS 

1919 



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AVERTISSEMENT 



Le Recueil de Documents secrets extraits des 
Archives de V ancien ministère russe des Affaires 
étrangères, publié en russe par les Bolcheviks de 
décembre 1917a février 19 18, était destiné par eux 
à leur fournir des arguments dans leur propagande 
contre les impérialistes de tous pays. Les docu- 
ments y sont insérés sans aucun ordre, chacun 
des sept fascicules renfermant les pièces les plus 
compromettantes (î!) « pour la bourgeoisie » saisies 
depuis l'envoi précédent. Une note à la fin du fas- 
cicule 7 avertit que « pour des motifs techniques, 
la rédaction est forcée de cesser la publication 
momentanément ». Ces « motifs techniques » étaient 
l'invasion allemande. Quoique les Bolcheviks eussent 
surtout publié des documents émanant des gouver- 
nements alliés, ils avaient aussi occasionnellement 
inséré des pièces gênantes pour l'Allemagne et 
celle-ci n'avait aucune garantie qu'ils ne continue- 
raient pas. En suspendant leur publication, ont-ils 



6 AVERTISSEMENT 

cédé à une menace de cette puissance ou ont-ils com- 
pris d'eux-mêmes que leurs révélations déloyales 
empiraient leur situation en les brouillant avec 
tout le monde ? Nous ne savons. 

Dans la traduction abrégée qui suit, on a rangé 
les documents dans l'ordre chronologique, mais le 
titre de chaque pièce est suivi de son numéro dans 
le recueil russe. Toutefois, les numéros 68 à 78, 
déjà employés par les Russes dans le cahier 6, ayant 
été utilisés à nouveau par eux dans le cahier 7, on 
a distingué les pièces du cahier 7 en les faisant 
suivre de la mention (7). 

Les portions des documents qui ne sont qu'ana- 
lysées sont placées entre crochets carrés. 



(8nSH5)^^^?^H^^?^SH5^^S^?^^?^§^^^^^5^5^^ 



1. _ Traité des trois Empereurs. (N° 71 [7])- 



p 



ROFiTAM' du refroidissement entre l'Allemagne 
_ et la Russie causé par la colère que manifes- 
tait la presse russe de la médiocrité des résultats 
obtenus par le gouvernement russe au Congrès de 
Berlin, Bismarck signa secrètement le 7 octobre 1879 
avec l'Autriche une alliance qui était surtout dirigée 
contre la Russie. A ce moment, un nouvel ambassa- 
deur russe, P. Sabouroff, arrivait à Berlin. 11 était 
très convaincu de l'avantage pour la Russie de 
s'entendre avec l'Allemagne et venait proposer à 
Bismarck une alliance russo-allemande. Elle ne 
pouvait naturellement être dirigée que contre 
l'Autriche. Bismarck lui répondit qu'il désirait au 
contraire réconcilier ces deux puissances et mit en 
avant l'idée d'une alliance à trois (( pour creuser un 
fossé entre l'Autriche et les puissances occiden- 
tales ». Le gouvernement du Tsar accepta cette pro- 
position, mais l'Autriche fit beaucoup de difficultés 
pour se laisser convaincre. 

Finalement les négociations aboutirent au texte 
suivant qui ne contenait guère que des obligations 
imposées à la Russie sans qu'elle obtînt des avan- 
tages correspondants. On avait toujours dit que ce 



8 DOCUMENTS SECRETS 

traité ne liait les mains de la Russie que si nous 
attaquions l'Allemagne : on remarquera que c'était 
faux. Quant à l'Allemagne, elle ne se liait les mains 
€n réalité que pour le cas d'une guerre anglo-russe ! 

1. Dans le cas où l'une des Hautes Parties 
contractantes ferait la guerre avec une qua- 
trième grande puissance, les deux autres gar- 
deront une neutralité bienveillante à son égard 
ot emploieront tous leurs efforts à abréger le 
conflit. Cet accord s'étendra aussi au cas d'une 
f»uerre entre Tune des trois Puissances et la 
Turquie, mais seulement dans le cas où un 
accord préalable aurait été conclu entre les 
Irois Puissances au sujet des résultats de cette 
guerre. 

2. La Russie, en plein accord avec l'Alle- 
magne, déclare sa ferme résolution de prendre 
en considération les intérêts de l'Autriche- 
ïlongrie qui découlent de sa nouvelle situation, 
affermie par le traité de Berlin. Les trois Puis- 
sances, désireuses d'éviter tout ce qui pourrait 
susciter de la discorde entre elles, s'engagent 
à prendre en considération leurs intérêts réci- 
proques dans la presqu'île des Balkans. Elles 
se promettent que de nouveaux changements 
dans le statu quo territorial de la Turquie 
d'Europe ne pourront être introduits que de 
leur consentement réciproque. Pour faciliter 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 9 

cet accord dont il est fort difficile de prévoir 
les détails, les trois Puissances ratifient dès 
maintenant, dans un protocole annexé au 
traité, les points sur lesquels elles se sont déjà 
mises d'accord. 

3. Les trois Puissances reconnaissent l'im- 
portance européenne delà fermeture des détroits 
du Bosphore et des Dardanelles établie par les 
traités... Elles veilleront en commun à ce que 
la Turquie ne fasse point d'exclusions à cette 
règle en cédant à un belligérant pour des opé- 
rations de guerre la partie de son empire où se 
trouvent les détroits. En cas de violation ou 
pour prévenir une violation possible, les trois 
Puissances préviendront la Turquie que dans 
ce cas elles la considéreront comme s'étant 
déclarée en état de guerre à l'égard de la Puis- 
sance à laquelle elle portera ce préjudice et que 
par suite elle sera privée des avantages de la 
sécurité du statu quo territorial établi à son 
profit dans le traité de Berlin. 

l\. La présente convention durera trois ans 
à partir de l'échange des ratifications. 

5. Les Hautes Parties contractantes se pro- 
mettent réciproquement de tenir secret, non 
seulement le contenu du présent traité, mais 
même son existence ainsi que celle du proto- 
cole annexe. 



10 DOCUMENTS SECRETS 

6. Les conventions secrètes conclues entre 
l'Allemagne et la Russie et entre l'Autriche- 
Hongrie et la Russie en iS-S sont remplacées 
par le présent traité. 

7. [Ratification dans les quinze jours.] 

Fait à Berlin le 28 juin 1881. Signé : \. Bis- 
marck, SzÉCHÉNYI, SaBOUROV. 

Protocole annexe 

1. Bosnie et Herzégovine. — L'Autriche-Hon- 
grie se réserve le droit d'annexer ces deux 
provinces quand elle le jugera important pour 
elle. 

2. Sundjak de Nom-Bazar. — La déclaration 
échangée par les plénipotentiaires austro hon- 
grois et russes au Congrès de Berlin le i3/i juil- 
let 1878 reste en vigueur. 

3. Houmélie orientale. — Les trois Puissances 
se déclarent complètement d'accord pour pré- 
venir une occupation possible, soit du côté de 
la Roumélie orientale, soit du côté des Balkans, 
à cause de ses dangers pour la paix générale. 
En cas de nécessité, elles s'efforceront de 
détourner la Porte d'une entreprise de ce genre, 
pourvu que de leur côté la Bulgarie et la Rou- 
mélie orientale s'abstiennent de soutenir des 
attaques partant de leur territoire et dirigées 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 11 

contre d'autres provinces de l'Empire turc. 

^. Bulgarie. — Les trois Puissances ne s'op- 
poseront pas à la réunion de la Bulgarie et de 
la Roumélie orientale dans leurs limites terri- 
toriales du traité de Berlin si elles y sont ame- 
nées par la force des circonstances. Elles con- 
viennent de détourner les Bulgares de toutes 
attaques contre les provinces voisines, et en 
particulier contre la Macédoine, et leur décla- 
reront que dans ce cas ils agiront à leurs 
risques et périls. 

5. [Des instructions seront envoyées aux 
agents des trois Puissances en Orient pour 
qu'ils mettent fin à leurs désaccords par des 
explications amicales et s'adressent à leurs 
gouvernements quand ils ne pourront y arriver 
aiasi.] 

Berlin, 1 8 juin i88i. Signé: v. Bismarck, 

SzÉCHÉNYI, SaBOUROV. 



2. — Convention militaire franco-russe. (N° i). 

SiG!<ÉE le i7/3o août 1892, elle a été publiée en 
original daus le livre jaune sur L'Alliance 
franco-russe et dans le vol. 129 du Mercure de 
France, 



12 DOCUMENTS SECRETS 



3. — Alliance contre les Anarchistes. (N*' 72). 

L'Allemagne, l' Autriche-Hongrie, le Dane- 
mark, la Roumanie, la Russie, la Serbie, la 
Suède-Norvège, la Turquie et la Rulgarie, péné- 
trées de la nécessité de s'opposer énergique- 
ment au développement du mouvement 
anarchiste... ont convenu des mesures sui- 
vantes : 

1. Tout anarchiste expulsé du territoire de 
l'une des parties contractantes sera reconduit 
par le chemin le plus court dans le pays dont 
il est sujet. [La police de ce pays doit en être 
immédiatement avertie.] 

2. Dans chaque pays sera établi un Bureau 
central de police pour recueillir les renseigne- 
ments sur les anarchistes et leurs actes. 

3. Le Bureau central de chaque Puissance 
décidera comment les organes compétents lui 
fourniront les renseignements nécessaires sur 
les anarchistes de leurs territoires et sur leurs 
aventures. 

4. [Chaque Bureau central doit informer au 
plus vite les autres bureaux de l'expulsion et 
du départ volontaire des anarchistes. Il accom- 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 13 

pagnera cette information d'un mémoire sur 
leur passé et de leur photographie.] 

5. [Chaque Bureau communiquera immé- 
diatement à tous les autres ses renseignements 
sur les conspirations anarchistes.] 

6. [Chaque Bureau communiquera au moins 
tous les six mois à tous les autres ses renseigne 
ments sur le mouvement anarchiste et répon- 
dra aux questions que les autres lui poseront.] 

Ces mesures entreront en vigueur dès la 
signature du présent protocole... Les Puissances 
qui ne le signeront pas pourront y adhérer par 
acte séparé signifié par voie diplomatique au 
Gouvernement russe et par lui aux autres 
Gouvernements... 

[Ce protocole, qui doit demeurer secret, a 
été signé à Saint-Pétersbourg le i/i4 mars 1904 
en un seul exemplaire qui sera gardé par la 
Russie.] 

Appendice. A. [La Turquie, se référant à sa 
déclaration faite à la Russie le 6 septembre 1899, 
déclare que le protocole actuel ne modifie en 
rien les accords entre la Porte et la Russie au 
sujet du retour de certaines catégories d'émi- 
grants arméniens se trouvant en Russie.] 

— B. [Le Danemark déclaie que les points 
2 à 6 du protocole seront exécutés par la police 
de Copenhague.] 



14 DOCUMENTS SECRETS 

— C. [La Roumanie se réserve le drok 
exclusif d'apprécier le caractère d'anarchiste 
chez ceux contre lesquels on lui demandera 
de prendre des mesures.] 

— D. [Les obligations des articles 2 à 6 seront 
exécutées en Suède par le Chef de la police 
de Stockholm et en Norvège par la police de 
Christiania.] 



4. — Convention russo-bulgare. (N° 25). 

EN 1900, un vif conflit surgit entre la Roumanie 
et la Bulgarie à la suite de l'assassinat à 
Bucarest d'un nommé Mihaleanu. 

Une convention militaire fut conclue entre l'Au- 
triche et la Roumanie en septembre 1900. Dans son 
préambule, il était dit que le désir de la Roumanie 
d'accroître ses possessions par l'acquisition d'une 
partie de la Bessarabie, de la forteresse de Silistrie 
et si possible, de Roustchouk, Schoumen et Varna, 
apparaissait comme très légitime (Guechoff, l'Al- 
liance Balkanique, p. 61). La Russie (ou plus pro- 
bablement la Bulgarie) ayant eu connaissance du 
texte de cette convention, en informa l'autre puis- 
sance menacée et des pourparlers russo-bulgares 
commencèrent. Ils aboutirent à un projet de « con- 
vention militaire » signé par le général-major 
Jilinski et envoyé par le ministre de la guerre 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 15 

A. N. Kouropatkin le i6 mai 1902 au comte Y. N. 
LamsdorfF, minisire des affaires étrangères ; il com- 
prenait les 9 articles suivants : 

1. Le présent accord ne poursuit pas des 
buts agressifs, mais seulement de faire échec à 
la convention militaire entre l'Autriche-Hon- 
gvie et la Roumanie. 

2. Il n'a donc en vue qu'une action contre 
l'Autriche et la Roumanie et ne peut être dirigé 
ni contre la Turquie, ni contre aucune autre 
puissance balkanique. 

3. La Russie coopérera de toutes ses forces 
à la défense de l'intégrité et de l'inviolabilité 
du territoire de la Bulgarie. 

4. En cas d'attaque de l'Autriche-Hongrie ou 
de la Roumanie (ou de ces deux puissances ou 
de la Triple Alliance) contre la Bulgarie ou la 
Russie (ou contre ces deux puissances), les 
puissances contractantes devront employer 
toutes leurs forces et leurs ressources à lutter 
contre l'agresseur, sans reculer devant aucun 
sacrifice pour atteindre un complet succès. 

5. [Si rx\utriche n'aide pas l'agression rou- 
maine contre la Bulgarie, la Russie peut rester 
neutre.] 

6. [En cas de guerre avec la Roumanie et 
l'Autriche, la Bulgarie gardera la plus stricte 
neutralité à l'égard de la Turquie et apportera 



16 DOCUMENTS SECRETS 

la plus grande circonspection dans ses rapports 
avec elle. Ne laissant au sud des Balkans qu'un 
corps d'observation, elle réunira le reste de 
son armée sur le Danube.] 

7. Les plans de mobilisation et de concen- 
tration de l'armée bulgare et ceux de défen- 
sive et d'offensive pour exécuter des missions 
et atteindre des buts indiqués par l'État-major 
général russe devront être élaborés le plus tôt 
possible sous la direction de cet état-major en 
collaboration avec le ministère de la guerre 
bulgare. Ils devront être ratifiés par S. M. l'Em- 
pereur... 

8. Le généralissime russe commandera en 
temps de guerre les armées de la Russie et de 
la Bulgarie et dirigera leurs opérations, qu'elles- 
agissent ensemble ou séparément... Si Son 
Altesse nomme un généralissime, il devra, 
ainsi que le chef d'état-major, être choisi 
d'accord avec le ministère de la guerre russe 
et sous réserve de l'approbation de S. M. l'Em- 
pereur. [Près du commandant de l'armée 
bulgare et de chacun de ses corps et détache- 
ments sera placé un officier russe qui aura voix 
délibéralive dans les conseils.] 

9. [La flotte russe pourra utiliser les ports 
bulgares et prendre les mesures nécessaires à 
leur défense.] 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 17 

Le 22 mai, Lamsdorffsoumit ce projet àPapproba- 
tiondii Tsar, en proposant d'y ajouter un lo* article: 

10. [La présente convention entre en vigueur 
immédiatement et constitue un secret d'Etat 
particulièrement important.] 

Le Tsar approuva la convention et cette adjonc- 
tion ; le 23 mai, Lamsdortï en informa Kouropat- 
kine, l'avertissant qu'à raison de la qualité de vassal 
du prince Ferdinand, il ne pouvait être question de 
la signature du Tsar, mais seulement (comme dans 
le cas de la convention militaire franco- russe), d'un 
échange de lettres annonçant la ratification de la 
convention après sa signature par les plénipoten- 
tiaires. Le 3i mai/i3 juin 1902, le général Paprikoff 
signa cette convention pour la Bulgarie. 



5. — Convention douanière serbo-bulgare. 

(N"^ 22-24). 

DANS la nuit du 11 au 12 juin 1903, le roi Milan 
et la reine Draga furent assassinés à Belgrade. 
Avec Milan finit la dynastie des Obrenovitch qui, 
depuis le traité de Berlin, avait été l'alliée et la pro- 
tégée de l'Autriche. Le prince Pierre Karageor- 
gevitch, qui monta alors sur le trône sous le nom 
de Pierre P'", appartenait au contraire à une famille 
inféodée de tout temps à la Russie. Celle-ci, qui 
adhérait d'ailleurs, au moins depuis le Congrès de 



18 DOCUMENTS SECRETS 

Berlin, à la maxime: les Balkans aux Balkaniques, 
encouragea certainement son alliée la Bulgarie à 
s'entendre avec la Serbie. Les circonstances d'ail- 
leurs y poussaient. La Russie était depuis le 8 fé- 
vrier 1904 en guerre avec le Japon et était de moins 
en moins en état de protéger la Serbie et la Bul- 
garie. Les pourparlers serbo-bulgares aboutirent 
alors le 3o mars/ 12 avril 1904 au bizarre traité de 
commerce suivant : 

[Les Gouvernements serbe et bulgare, pro- 
fondément pénétrés de la communauté des 
destinées de leurs peuples parents et voisins 
et désireux de faciliter leur développement 
pacifique par une union amicale et fraternelle, 
ont conclu l'accord suivant :] 

1. Ils ouvriront réciproquement leurs fron- 
tières à tous leurs produits indigènes, s'effor- 
çant d'avoir une politique douanière identique 
et de la poursuivre jusqu'à la conclusion d'un 
Zollverein. 

2. Ils faciliteront l'échange et le transit de 
tous leurs produits sur leurs territoires par 
l'abaissement des tarifs de transport... 

3. Ils égaliseront leurs taxes postales et 
télégraphiques... 

4. Ils supprimeront les passeports... 

5-6. [Us conclueront des conventions judi- 
ciaires et monétaires.] 



rUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 19 

7. Le présent accord ne pourra être publié 
que du consentement des deux Puissances 
contractantes... 

Le 28 avril/ II mai 1904, le traité fut ratifié par 
le roi Pierre P^ 

La Russie avait-elle été informée au jour le jour 
des négociations relatives à ce traité ? On ne sait. Il 
résulte en tout cas d'une dépêche de lou. Bakhme- 
tev, ministre de Russie à Sofia, en date du 21 sept./ 
k octobre 1904, 1° que celui-ci avait pu en communi- 
quer les parties essentielles à son gouvernement le 
3/16 mai 1904 \ 2" que le texte venait de lui en être 
communiqué sous condition du secret par le gou- 
vernement bulgare, ce dernier ayant été informé 
par le gouvernement serbe qu'il allait faire la même 
<communication au ministre russe à Belgrade. 



6. — Traité russo-allemand. (N*» 38). 

DÈS que la guerre russo-japonaise eut éclaté, 
Guillaume chercha à profiter de cette conjonc- 
ture pour écraser la Russie, mais le refus de Fran- 
çois-Joseph de le suivre dans cette voie le força à 
chercher autre chose. Ce fut alors qu'il conçut le 
plan de nous chercher querelle à l'occasion du Ma- 
roc, et pour nous attaquer quand nous serions sans 
alliés, s'efforça d'amener un choc entre l'Angleterre 
et la Russie (incitations de la correspondance Willy- 



20 DOCUMENTS SECRETS 

Nicky, incident du Doggerbank). Il ne réussit pas. 
L'Angleterre laissa même voir l'intention de nous 
soutenir s'il nous attaquait : au lieu d'un allié contre 
l'Allemagne, nous allions en avoir deux. Guillaume 
ne s'en efforça que plus ardemment de détacher la 
Russie de nous en persuadant à Nicolas qu'il dési- 
rait l'aider contre l'Angleterre et que nous étions 
les alliés de cette dernière (ce qui nous eut été en 
effet facile à ce moment). Il parvint ainsi à décider 
le Tsar à signer à l'entrevue de Rjœrkœ (i 1/24 juil- 
let 1905) un traité d'alliance défensive qui eut per- 
mis à l'Allemagne en cas de guerre franco-allemande 
de prétendre que l'alliance franco-russe avait été 
virtuellement abolie par cette nouvelle alliance. 
Cette dernière n'imposait d'ailleurs à ce moment- 
là aucune charge à l'Allemagne, puisque ce traité 
ne devait entrer en vigueur qu'après la fm de la 
guerre russo-japonaise et l'on croyait que celle-ci 
était encore fort éloignée. 

LL. MM. Impériales l'empereur de toutes 
les Russies d'un côté et l'empereur d'Allemagne 
de l'autre, afin d'assurer la paix de l'Europe, 
se sont mises d'accord sur les articles suivants 
d'un traité d'alliance défensive. 

1. Si un Etat européen quelconque attaque 
l'un des deux Empires, son allié s'engage à 
l'aider en Europe par toutes ses forces de terre 
et de mer. 

2. Les Hautes Parties contractantes s'en- 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 21 

o-ao-ent à ne conclure de paix séparée avec 
aucun adversaire commun. 

3. Le présent traité entrera en vigueur au 
moment de la conclusion de la paix entre la 
Russie et le Japon et doit être dénoncé un an à 

l'avance. 

4. L'Empereur de toutes les Russies, après 
l'entrée en vigueur de ce traité, entreprendra les 
démarches nécessaires pour le faire connaître 
à la France et lui proposer d'y accéder en qua- 
lité d'alliée. 

Signé : \Yilhelm, von ïschirschky u.nd 

BÔGE.XDORFF, NiCOLAS, BiRILEV. 



7. — Lamsdorff et les Anarchistes. (N^ t^)- 



R 



APPORT de ce ministre des affaires étrangères 

, au Tsar sur la lutte contre les anarchistes 

et sur la part des Juifs dans leur mouvement 
(3/1 6 janvier 1906). Il a été publié en entier dans le 
Mercure de France du i" octobre 19 18, p. 55 1, et 
y a donné lieu à une polémique. 



22 DOCUMENTS SECRETS 



8. — Guillaume II à Nicolas II. (N° 4). 

PRÈS la Conférence d'Algésiras, quoique la 
Russie nous y eut soutenu, les rapports de 
Giullaume et de Nicolas restèrent très amicaux. La 
lettre suivante, non datée, est un spécimen de leur 
correspondance à cette épo({ue : 

Mon cher Niki, merci de ta lettre que m'a 
remise Tatichtchev, et de la seconde qui m'a 
été remise aujourd'hui [i4 juin 1906] par Vla- 
dimir. Je suis en pleine communauté de senti- 
ments avec toi dans ces temps si durs. Le 
meilleur moyen d'oublier l'ennui et les 
inquiétudes que te cause l'état des choses dans 
ton pays est de faire ce que tu fais déjà et de 
l'occuper de ton admirable Garde, organisant 
ses revues et l'entretenant avec elle. Cela te 
fera plaisir à toi et aux troupes qui, au moment 
du danger, t'en remercieront les armes à la 
main.. . 

Je suis tout à fait d'accord avec toi au sujet 
des anarchistes. Leur attentat [à Madrid, le 
3i mai] a été lâche et criminel. La difficulté 
de la lutte contre cette plaie de l'humanité 
réside dans ce fait que ces bandits peuvent 
vivre impunément dans certains pays, en 



PUBLIES PAR LES BOLCHEVIKS 23 

particulier en Angleterre, et y tramer leurs 
complots. Je sais que le premier-ministre 
espagnol a prié le prince de Galles de dire au 
roi Edouard YII le désir du peuple espagnol 
de le voir intervenir auprès du Gouvernement 
britannique pour que celui-ci adhère à un 
accord des puissances continentales visant à 
des mesures sérieuses de répression contre 
cette secte. Cette démarche prouve que la 
surveillance établie par nos deux gouverne- 
ments sur ces individus a complètement 
échoué parce qu'ils peuvent vivre à Londres 
sans crainte d'être punis et y tramer leurs 
plans homicides... Toutes les Puissances conti- 
nentales devraient envoyer à Londres une 
communication en commun au Gouvernement 
anglais pour qu'il s'unisse à l'accord interna- 
tional pour combattre ces bêles féroces. Je 
pense que par un accord général, il serait pos- 
sible, pour défendre la vie et la civilisation, 
d'interdire la fabrication des produits chi- 
miques pour les bombes, sous menace de 
peines sévères. 

La Douma rend la situation difTicile pour 
ton gouvernement et la complique. On peut 
espérer qu'on trouvera bientôt les moyens 
pour un mochis vivendi raisonnable... Comme 
j'ai supposé, ton choix est tombé sur Izvolsky 



24 DOCUMENTS SECRETS 

qui, j'en suis convaincu, te donnera satisfac- 
tion. C'est un homme intelligent, qui saura 
pratiquer une politique russe pacifique confor- 
mément à ton désir. Il a donné un sage conseil 
à Schœn sur la question du chemin de fer de 
Bagdad, aussi j'espère que mon gouvernement 
pourra travailler avec lui sur la hase d'une 
confiance mutuelle, résultant de la commu- 
nauté d'intérêts. ?sos intérêts dans ce chemin 
de fer sont purement économiques et commer- 
ciaux... 

Je comprends bien que les Anglais, comme 
tu le dis, te courtisent au sujet de l'Asie, mais 
que tu as résolu d'attendre tranquillement 
leurs propositions. Je suis convaincu que si 
elles sont acceptables en ce qui concerne 
l'Asie centrale, un accord avec eux écartera 
beaucoup de causes de frottement et de conflit, 
ce qui me fera aussi plaisir. 

Il est naturellement clair pour tous que le 
moment actuel choisi par la flotte anglaise 
pour sa visite non sollicitée est absolument 
intempestif pour toi et ton pays, et je suis 
fermement convaincu de l'indignation qu'elle 
te cause, me rappelant mes sentiments lors de 
sa visite de l'année dernière. Ils comptent 
naturellement renforcer chez toi le parti ultra- 
libéral. Leur flotte a annoncé l'intention de 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 25 

visiter au retour Pillau et Traveniûnde. Je 
les ferai surveiller avec soin... 

[Guillaume continuait en proposant à 
Nicolas de fixer leur entrevue au i""' août à 
Swinemiinde. Il parlait ensuite de sa visite 
[6 juin] à François Joseph qu'il avait trouvé 
(( aussi fort irrité de la conduite de son Par- 
lement )).] 



9. — Le Japon et la Mongolie. (N° 3i). 

DÈS son arrivée au miaistère, M. Izvolskv se pro- 
posa comme but de réconcilier la Russie avec 
l'Angleterre et le Japon. Ce dernier était suspecté 
par les États-Unis de vouloir subalterniser la Chine 
et la méfiance qui en résultait avait pour consé- 
quence par contre-coup un relâchement de l'amitié 
anglo-japonaise. Le Japon n'en accepta que plus 
volontiers les offres d'entente du gouvernement 
russe. Le 26 avril/9 mai 1907, D. S. S. Bakhmetev, 
ministre de Russie au Japon, télégraphiait de 
Tokyo : 

Hayashi [le ministre des affaires étrangères 
japonais] m'exprima sa reconnaissance sincère 
pour l'obligeance montrée par le Gouverne- 
ment impérial envers le Japon. Il s'efforcera 
de son côté de donner une solution heureuse 



26 DOCUMENTS SECRETS 

et définitive à la négociation au sujet de nos 
industriels de l'île Saghalien. Parlant du second 
traité, il m'expliqua qu'il serait difficile à son 
Gouvernement d'assumer des obligations au 
sujet de la Mongolie. Cette province se trouve 
en dehors de la sphère d'action du Japon et 
celui-ci n'a aucune intention de s'y opposer au 
développement de nos intérêts si naturels. Il 
contracterait volontiers avec nous un accord 
secret sur cette question, mais y consacrer un 
article dans le traité ne serait pas, dans la 
pensée du ministre, en accord avec l'esprit du 
traité avec la Chine et pourrait être interprété 
dans un sens défavorable pour le Japon. S'il 
a prescrit à Motono [l'ambassadeur à S*-Péters- 
bourg] de présenter une nouvelle rédaction» 
c'est parce qu'il n'a pas considéré comme 
convenable de lui confier officiellement d'ex- 
pliquer ce qu'il venait de me dire confidentiel- 
lement... 



10, — Traité russo-anglais. Ç^° 55). 

LES Bolcheviks se sont trompés en considérant 
ce traité, conclu le i8/3i août 1907, comme 
inédit. Il avait été communiqué officiellement aux 
Puissances le 24 septembre 1907 et peut être lu 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 27 

dans le Nouveau Recueil général des traités de Mar- 
tens, 3' série, t. I, p. 8. 



11, — Protocole russo-allemand relatif à la 
Baltique. (N« 54). 



L 



A Russie et l'Allemagne] reconnaissant la 
communauté de leurs intérêts politiques 
en ce qui concerne la Baltique... déclarent dans 
le présent protocole que leur politique com- 
mune dans cette région a pour objet la conser- 
vation du statu quo territorial... [Elles ont 
donc] résolu de conserver dans leur inviola- 
l)ilité complète leurs droits sur leurs posses- 
sions de terre ferme et dans les îles de cette 
région. 

Les deux autres Etats riverains de la Baltique 
(c'est-à-dire la Suède et le Danemark), pour- 
ront contracter avec les deux Empires des 
conventions particulières reconnaissant leur 
inviolabilité territoriale... 

En ce qui concerne l'annulation projetée au 
profit de la Russie de la convention conclue à 
Paris le 3o mars i856 entre la Russie, la 
France et la Grande Bretagne, il est évident 
que le Gouvernement allemand ne la considé- 
rera pas comme contraire aux principes ci- 



28 DOCUMENTS SECRETS 

dessus puisqu'en réalité elle n'en découle 
point. 

Les deux Gouvernements conviennent de 
tenir secret le présent protocole jusqu'au 
moment où, par entente réciproque, ils consi- 
déreront comme utile de le faire connaître 
otriciellement à tous les gouvernements ou 
seulement à certains d'entre eux. 

S*-Pétersbourg, le 16/29 octobre iQfy. 
Signé : Goubastov. Ja>îow. 



12. — L'intervention russe en Perse. (N° 82). 

LE traité conclu entre la Russie et la Grande- 
Bretagne le 3i août 1907 permettait à chacune 
des deux puissances d'intervenir à main armée en 
Perse pour y défendre ses intérêts. Au commen- 
cement d'octobre 1908, pendant que le ministre des 
affaires étrangères Izvolsky voyageait dans l'Europe 
occidentale pour s'y concerter avec les autres cabi- 
nets au sujet d'une protestation contre l'annexion 
de la Bosnie-Herzégovine, il apprit u à son profond 
regret que le Conseil des ministres avait décidé d'en- 
voyer à Tebriz, principale ville du nord-est de la 
Perse, un escadron de cosaques et deux compagnies 
d'infanterie». Il télégraphia aussitôt (5/ 18 oc- 
tobre) : 



PUBLIES PAR LES BOLCHEVIKS 29 

Dans les circonstances actuelles, cette me- 
sure, coïncidant avec le départ de Téhéran à 
Tebriz des Cosaques persans, ne sera évidem- 
ment pas interprétée, tant en Perse qu'en 
Angleterre, comme une précaution pour 
défendre nos nationaux, mais comme une 
intervention armée au profit du gouvernement 
du Shah. Il est pour moi complètement clair 
que tel est le but de Hartwig ; on ne voit pas 
cependant dans ses télégrammes que la vie et 
les biens des sujets russes à Tebriz aient 
éprouté jusqu'à présent un préjudice sérieux. 
Je suis convaincu... que le premier pas est fait 
pour une intervention plus étendue. C'est 
complètement contraire à mes assurances à 
Londres et au programme indiqué par moi, 
et ce sera une raison suffisante pour demander 
mon remplacement. 

M. Izvolsky avait raison de se préoccuper de ce 
qui pourrait accroître la défiance des Anglais envers 
la Russie, car, comme le prouve la dépêche sui- 
vante, à ce moment même, ceux-ci prenaient à 
Constantinople des précautions contre les Pvusses. 



30 DOCUMENTS SECRETS 



13, Les Anglais demandent aux Turcs de for- 
tifier le Bosphore. (N" i6). 



Dépêche de D. T. S. Zinoviev, ambassadeur de 
Russie à Constantinople (13/26 nov. 1908). 

PAR ma dépêche n** 2^0 du i/i4 de ce 
mois, V. E. a pu voir qu'y étant poussé par 
les conseils de l'ambassadeur d'Angleterre, le 
Grand Vizir insista plus d'une fois auprès du 
Sultan pour qu'il approuve le projet de ren- 
forcement des fortifications du Bosphore éla- 
boré par une Commission spéciale... ]N 'ayant 
pas obtenu de réponse à une nouvelle demande 
faite à la suite d'une nouvelle démarche de 
l'ambassadeur d'Angleterre, le Grand Vizir 
avertit le Sultan qu'à l'ouverture du Parlement 
turc, le ministère serait interpellé au sujet des 
causes ayant incité le Gouvernement à inter- 
rompre le renforcement de la défense du Bos- 
phore et que dans ce cas, pour se justifier, le 
ministère serait forcé de présenter la corres- 
pondance échangée sur la question entre Yildiz 
et le ministère. Kiamil Pacha ajouta que le 
désir de défendre le Sultan contre toute res- 
ponsabilité, l'avait poussé à demander l'ap- 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS SI 

probation la plus rapide du projet de fortifi- 
cations nouvelles. 

Le Sultan répondit... qu'à raison des senti- 
ments amicaux témoignés par la Russie à la 
7'urquie lors de la crise (sentiments qui méri- 
taient de la reconnaissance), il considérait 
comme inopportun de recourir à des mesures 
pouvant paraître offensantes pour le Gouver- 
nement russe et par suite d'activer la réalisa- 
lion des fortifications du Bosphore. [Le Sultan 
annonça aussi au Grand Vizir qu'il chargeait 
le maréchal Cliakir Pacha d'examiner les 
fortifications du Bosphore.] 

Dans sa réponse, le Grand Vizir expliqua au 
Sultan que s'il éludait la ratification du projet 
de fortifications, il donnerait lieu à des bruils 
désavantageux pour lui, des personnes suppo- 
sant que cette opposition avait pour origine 
l'intention du Sultan de faciliter l'accès du 
Bosphore à l'armée russe et de l'utiliser... [Le 
Sultan signa immédiatement le projet.] 



32 DOCUMENTS SECRETS 



14, — En janvier 1909, TAllemagne préparait 
une agression. (N°' 68-71). 

Le comle Osten-Sacken, ambassadeur de 
Russie à Berlin, à M. Izvolsky. 

PAR les rapports ci-joints... V. E. pourra 
voir avec quelle hâte fiévreuse on active 
dans les administrations les travaux ayant un 
caractère indubitable de préparation à un 
conflit armé. Contre qui ? 

[L'incident du Daily Telegraph] a donné un 
accès plus aisé au parti militaire auprès de 
TEmpereur et dispose celui-ci à écouter plus 
favorablement son avis au sujet du meilleur 
moyen de sortir de la situation critique ac- 
tuelle... [Or, ce parti] considère la guerre 
comme le seul moyen possible de rétablir aux 
yeux des masses le prestige du pouvoir monar- 
chique ébranlé par les derniers événements... 
[parce qu'il croit] que la supériorité transitoire 
actuelle de son armée donne à rAllemagnc 
les meilleures chances de succès... [D'un autre 
côté, une guerre heureuse pourrait, au moins 
pendant quelque temps, diminuer la pression 
des courants radicaux pour des modifications 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 33 

libérales de la constitution en Prusse et en 
Allemagne...] 

En ce qui concerne la politique étrangère 
de l'Allemagne, sans parler du mécontentement 
de l'Empereur au sujet de notre rapproche- 
ment avec l'Angleterre et de ses reproches 
sur notre prétendue ingratitude pour sa par- 
tialité à notre égard pendant la guerre russo- 
japonaise, il n'y a pas de doute que ces senti- 
ments peuvent l'amener à se joindre au camp 
des adversaires du monde slave et à utiliser de 
concert avec l'Autriche la minute oi^i nous 
sommes faibles militairement... 

L'empressement du Cabinet de Berlin à agir 
de concert avec l'Autriche-Hongrie dans les 
affaires balkaniques est d'autant plus remar- 
quable que l'extension de l'action de la Triple 
Alliance aux questions de l'Ori^snt turc était 
considéréejusqu'à présent comme contraire aux 
intérêts de l'Allemagne à raison de ses rap- 
ports traditionnels d'amitié avec la Russie. Il 
est remarquable aussi que les efforts de l'Alle- 
magne à Constantinople sont tournés contre 
nos efforts pour éloigner les complications 
provoquées dans la péninsule des Balkans par 
cette politique du baron d'.Erenthal que le 
Cabinet de Berlin en principe n'approuve pas. 
Cette contradiction est particulièrement cho- 

3 



3i DOCUMENTS SECRETS 

quante dans la position prise par rAllemagne 
à Constantinople au sujet de notre dernière 
proposition où nous nous efforçons de régler 
le côté financier du conflit turco-bulgare. L'in- 
sinuation que notre proposition cache la 
pensée de regagner notre ancienne influence 
prépondérante sur le monde slave des Balkans 
vient indubitablement de Berlin et est l'un 
des principaux arguments pour agir auprès de 
la Porte contre nos efforts pacificateurs. 

Tout ceci nous impose l'obligation d'agir 
avec circonspection, et cela d'autant plus qu'il 
est présentement difficile de prévoir le but 
actuel et les conséquences possibles de l'en- 
trevue qui va avoir lieu à Berlin entre le roi 
Edouard et l'empereur Guillaume. La finesse 
du roi et le tempérament impulsif de l'em- 
pereur présentant un vaste champ pour les 
éventualités les plus inattendues, tout rappro- 
chement entre les Cabinets de Berlin et de 
S'-James apparaîtrait comme un coup porté à 
notre situation parmi les Grandes Puissances... 



Suivaient trois rapports demandés par Osten- 
Sacken aux attachés techniques de son ambassade : 
1" Celui de l'attaché militaire A. Michelsson (20 jan- 
vier/ 2 février 1909). 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 35 



i . — Considérations militaires techniques 

Celui qui a le plus de chances de réussir est 
en général celui qui prend l'initiative de la 
l^uerre. Comme condition du succès dans une 
guerre contemporaine apparaît la préparation 
de l'organisation, du matériel et de l'ins- 
truction... 

A) L'organisation de l'armée allemande... 
s'est développée de telle façon que depuis plus 
de dix ans elle a atteint une stabilité presque 
complète. Les perfectionnements qui y sont 
introduits annuellement concernent surtout 
les armes techniques et le renforcement des 
cadres des réserves. Les premiers sont la con- 
séquence des perfectionnements techniques et 
les seconds celle de l'accroissement de la 
population. Ils sont la condition pour que 
V organisation de l'armée ne vieillisse pas. Grâce 
à cela, l'armée allemande... maintient cons- 
tamment son organisation à la hauteur des 
exigences contemporaines... et peut com- 
mencer la guerre à tout instant. Par suite, il 
est dijficile de trouver dans cette orgcmisation 
des indications sur la proximité de la guerre... 

B) Les moyens matériels du combat, grâce au 
rapide développement de la technique con- 



36 DOCUMENTS SECRETS 

temporaine, changent constamment... Le 
maximum de la préparation pour la guerre 
est atteint quand ils sont parfaits. Lors du 
séjour à Berlin du chef d'état-major géné- 
ral F. F. Palitsyn à la fin de 1907, je lui ai 
exposé que suivant moi ce maximum serait 
atteint par F Allemagne au printemps de 1909... 

i) Le réarmement de t' infanterie par des fusils 
Mauser modèle 98 avec balle c S » qui dure de- 
puis 1898 avec des retards à cause de change- 
ments dans le modèle du fusil, puis de la balle 
(actuellement u S » pointue) est terminé. Non 
seulement toute l'infanterie, mais aussi les 
réserves en sont armées. Quoique les Allemands 
aient été un peu désillusionnés sur les résultats 
de la balle S et en cherchent une nouvelle, il 
n'en est pas moins certain que l'armement de 
leur infanterie, l'année prochaine, ne le cédera 
en rien à celui des infanteries russe et fran- 
çaise... 

Le réarmement de la cavalerie par la nou- 
velle carabine (1898) n'est pas encore effectué. 
D'après certains renseignements les carabines 
sont prêtes... Cette lacune n'a pas d'impor- 
tance décisive à cause de la distribution déjà 
effectuée de mitrailleuses à la cavalerie. 

Les mitrailleuses commandées il y a trois 
ans sont maintenant prêtes et distribuées... 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 37 

Jusqu'à présent, nous en étions mieux pourvus 
que les Allemands ; le rapport a changé depuis 
cette année. 

2) Le réarmement de r artillerie de campagne 
avec un affût sans recul et à boucliers (modèle 
1896 A) devait être achevé à la fin de 1908... 
Il est possible que l'armée de seconde ligne 
{das Besatzungsheer) n'en recevrait pas, mais 
toute l'armée de campagne et la réserve de 
première ligne en sont déjà réarmées. Seules, 
les 63 batteries d'obusiers légers de campagne 
n'ont pas été transformées, mais dans la 
grande quantité d'artillerie de campagne 
(583 batteries), cela n'a pas grande impor- 
tance... 

3) Réarmement de l'artillerie lourde. Je n'ai 
pas de données précises sur le degré oii il se 
trouve, mais il n'y a pas de doute que les Alle- 
mands, sous ce rapport, ont été toujours en 
avance non seulement sur la Russie, mais 
même sur la France qui s'eff'orce seulement 
maintenant d'égaler l'artillerie lourde de cam- 
pagne des Allemands en introduisant de gros 
€alibres. Les nouveaux obusiers lourds sans 
recul (i5 cm. de campagne et 23 cm. de siège) 
et le canon long de 10 cm. augmentent encore 
la supériorité précédente des Allemands. Cette 
puissante artillerie lourde peut nettoyer rapi- 



38 DOCUMENTS SECRETS 

dément la route pour l'avance des troupes de 
campagne jusqu'au fond du territoire ennemi... 

4) La reconstruction des forteresses n'est pas 
terminée, mais il semble que c'est surtout vrai 
de Kehl, Germersheim et Mayence où les tra- 
vaux dureront probablement encore deux ans. 
Les autres forteresses, à en juger par le budget 
de 1909, ont encore à recevoir leur artillerie 
et d'autres moyens de défense, mais le plus 
gros de leur reconstruction est évidemment 
terminé... 

5) Le réseau des chemins de fer et des 
canaux a depuis longtemps atteint une grande 
puissance... J'indiquerai seulement, comme 
dernières mesures, la reconstruction du pont 
de Dirschau aujourd'hui terminée, la recons 
Iruction qui s'achève du nouveau pont de 
MarieuAverder, le renforcement imminent du 
pont de chemin de fer de Graudenz et le déve- 
loppement du réseau de la Prusse orientale... 
Il est intéressant de remarquer que l'on con- 
tinue à voir dans les grandes stations de 
chemins de fer ces immenses tas de charbon 
de terre qui apparurent lors du conflit d'Al- 
gésiras. 

6) Les troupes techniques ont atteint un 
degré extraordinaire, sinon comme qualité, 
tout au moins comme quantité. Les Allemands 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 39 

jugent avec raison qu'il est plus avantageux 
de munir toute l'armée de téléphones et de 
télégraphes sans fil qui ne sont que bons plu- 
tôt que de ne doter qaane partie de l'armée 
d'appareils parfaits, qu'il vaut mieux avoir 
i3 ballons dirigeables et beaucoup de ballons 
captifs que de s'acharner tellement à la pour- 
suite d'un dirigeable supérieur, qu'on n'en a 
aucun à emmener à la guerre et qu'on la 
fera à l'aveugle comme autrefois, qu'il vaut 
mieux s'assurer rapidement par voie de réqui- 
sition des automobiles et des routières lourdes 
et d'occasion qne d'attendre l'apparition de 
types plus parfaits. — Tout cela n'est d'ailleurs 
important que si la guerre est proche. Si 
nous faisons la supposition inverse, la façon 
d'agir des Allemands ne sera pas raisonnable. 
Le fait qu'ils la pratiquent est donc une indi- 
cation qu'ils se préparent, non à une guerre 
éloignée, mais bien à une guerre très proche. 
7) Nous ne connaissons pas l'étendue de 
leurs approvisionnements en munitions et en 
vivres. Mais s'ils n'étaient pas suffisants pour 
toute une campagne, la puissance de produc- 
tion de l'industrie militaire allemande est si 
grande qu'elle pourra fournir les quantités 
nécessaires pendant la guerre même. L'aug- 
mentation des approvisionnenients de réserve 



40 DOCUMENTS SECRETS 

dans les dépôts de la frontière prévue par le 
budget de 1909 mérite en tout cas l'attention. 
Le transport déjà commencé des munitions 
d'artillerie lourde à la frontière est aussi une 
indication importante. 

C) Je passe maintenant à linstruction des 
troupes. L'introduction de nouvelles armes a 
forcé naturellement à la modifier... Presque 
tous les règlements ont été revus en 1907 et 
1908. — En 1907, les troupes parurent aux 
manœuvres médiocrement instruites, mais en 
1908 elles possédaient parfaitement les nou- 
veaux règlements... Il est donc probable que 
la publication des nouveaux règlements sera 
terminée et que les troupes les auront appris 
au printemps de 1909... 

Je conclus : l'armée allemande a depuis 
longtemps le meilleur commandement, son 
etlectif a cru avec la population ; celle-ci aime 
son armée et lui donne les soldats dont elle a 
besoin, sans s'occuper des fermentations 
sociales, L'armée allemande peut donc être 
considérée comme la meilleure armée de terre 
Cil égard à son effeclif. . . 

2. — Consldéralions politico-militaires. 

i) Les forces maritimes de l' Allemagne 
croissent si vile qu'elles menacent la prépon- 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 41 

dérance de l'Angleterre sur mer et la sûreté de 
ses îles. A cet accroissement on ne voit pas 
encore de limites. L'accroissement parallèle 
des forces maritimes de l'Angleterre, quoi- 
qu'elles soient encore prépondérantes, a une 
limite peu éloignée dans l'absence de service 
militaire obligatoire en Angleterre et dans 
l'aversion qu'il inspire à la population. Théo- 
riquement, il doit arriver un moment oii la 
prépondérance passera de l'Angleterre à l'Alle- 
magne. Il est donc avantageux pour l'Angle- 
terre de ne pas attendre ce moment et d'abaisser 
les forces maritimes de l'Allemagne à un 
niveau sans danger pour elle. On comprend 
par suite la peur que l'Allemagne a actuelle- 
ment de l'Angleterre. Cette peur et la convic- 
tion générale que l'Angleterre ne permettra 
pas à l'x^llemagne d'augmenter sa flotte, sont 
si grandes que la pensée de prévenir ce 
danger anglais par une attaque soudaine sur 
la flotte anglaise « à la japonaise » à l'aide des 
j3 dirigeables et de la flottille des torpilleurs, 
devient ici une idée fixe. Cette manœuvre se 
trouve déjà dans les limites du possible et 
c'est ce qui rend la situation si tendue et fait 
que des deux côtés on désire s'affranchir 
de ce cauchemar réciproque et conclure un 
accord. 



42 DOCUMENTS SECRETS 

2) Si cet accord n'est pas conclu, je suis 
profondement convaincu que l'Allemagne res- 
tera tranquille et ne se hasardera pas à faire la 
guerre à qui que ce soit sur le continent. 

3) Si cet accord est conclu, les mains de 
l'Allemagne deviennent libres... et il est très 
séduisant pour elle de rétablir d'un seul et 
puissant coup dans son ancien éclat son 
influence militaire... Pour une pareille pers- 
pective, l'Angleterre peut obtenir beaucoup... 

Il faut ajouter à cela la situation intérieure 
de l'Allemagne... Un général prussien haut 
placé disait récemment : c L'air chez nous en 
Allemagne est devenu si étouffant et si malsain 
que nous avons besoin d'air frais. Seule la 
guerre peut nous le donner >... 

Si la guerre n'éclate pas maintenant et si les 
événements se continuent avec la même rapi- 
dité dans le même sens, la situation suivante 
peut se produire : la Triple Alliance peut 
s'écrouler, le mouvement slave se cristalliser 
dans un tout bien ordonné, désavantageux 
pour le pangermanisme. Il n'est pas avanta- 
geux pour les Allemands d'attendre cela en 
croisant les bras. D'autre part, l'opinion 
démesurée qu'ils ont actuellement d'eux- 
mêmes empêchera les Allemands de conclure 
avec la Russie l'accord amical qui leur est tou- 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 43 

jours possible. Ils comprennent bien que sur le 
continent le temps combat contre eux et pour la 
Russie et les Slaves, tandis que sur mer, il est 
pour eux et contre l'Angleterre. Dans ces deux 
aspects de la situation de l'Allemagne est la clef 
des rapports politiques actuels et la cause du 
rôle décisif de l'Angleterre. . 



Le second rapport annexé à celui d'Osten-Sacken 
était celui de l'attaché naval B. Bopp [ou de Bock] 
(i8/3i janvier 1907). 

Pendant les deux derniers mois, l'activité 
fiévreuse dans les ports de Kiel et de A^ ilhelm- 
shafen a été particulièrement remarquable... 
La série des faits énumérés ci-après m'a con- 
vaincu qu'ils constituent clairement une pré- 
paration à des actes de guerre. 

Ce qui me frappa d'abord fut le grand 
nombre de vaisseaux marchands qui se trouven t 
inactifs dans les ports allemands... En ayant 
causé avec les officiers allemands, ils me 
dirent que c'était le résultat de la stagnation 
dans le transport des émigrants, mais cette 
explication n'est certes pas exacte car ces 
navires sont des navires de charge impropres 



44 DOCUMENTS SECRETS 

au transport des émigrants. D'après mon 
calcul, les seuls navires de la ligne Hambourg- 
America suffiraient pour transporter deux 
corps d'armée. 

J'appris ensuite que l'Allemagne avait (ce 
qu'elle cachait avec soin), acheté 700.000 tonnes 
de charbon de Cardiff sous condition de 
livraison avant le i" mars (n. s.) dans les ports 
de guerre de l'Allemagne. Jusqu'à cette année, 
la flolte ne consommait guère que du charbon 
allemand ; on n'en achetait en Angleterre que 
des quantités insignifiantes. 

Outre ce charbon, on en a encore acheté en 
Angleterre une certaine quantité que l'on a 
chargée sur quelques transports et dirigée pro- 
visoirement à Vigo. Cette provision a été faite 
pour l'escadre de croiseurs envoyée le 
7 février (n. s.) de Kiel dans l'Atlantique... 

Pendant tout le dernier mois, le croiseur 
Scharnhorsi et quelques torpilleurs sortirent 
chaque jour du port de Kiel au crépuscule. 
A leur arrivée en mer, ils éteignaient leurs 
feux et exécutaient toute la nuit certains 
travaux. Le matin ils revenaient à Kiel. Ces 
expéditions nocturnes m'intéressèrent forte- 
ment, et autant que j'ai pu savoir, elles étaient 
consacrées à la pose de mines de fond et à la 
recherche de notre câble de Paris. Ce dernier 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 45 

renseignement est confirmé par les journaux 
danois (*). 

L'accroissement du travail dans les états- 
majors pendant les derniers temps est aussi 
remarquable : il n'est pas interrompu long- 
temps, même la nuit. D'après mes renseigne- 
ments, il concernait la mobilisation. 

Dans mes conversations des derniers temps 
avec des officiers allemands, je trouvai la 
confirmation de mes suppositioxis. On parle 
beaucoup parmi eux de la possibilité d'une 
guerre avec nous. Ils considèrent que le cou- 
pable d'une pareille guerre sera exclusivement 
l'Angleterre qui s'efforce de toutes ses forces 
d'abaisser l'Allemagne qui s'élève rapide- 
ment. 

La flotte allemande est donc absolument prélc 
pour la guerre ; quant aux ports, ils sont aussi 
absolument prêts à l'exception de AVilhelm- 
shafen où l'on travaille avec hâte pour être 
prêt dès le commencement du printemps de 
cette année. Cette hâte est le résultat d'un ordre 
de l'EiTipereur donné il y a environ trois mois, 
et autant que j'ai pu voir les travaux, ils 
seront certainement prêts au commencement 



(*') Ce câble fut en eîTet coupé dès la déclaration de guerre 
en 191/i. 



46 DOCUMENTS SECRETS 

d'avril, tandis que d'après le programme, ce 
port devait être à peine prêt à la fin de 1910... 



Le troisième rapport envoyé par Osten-Sacken 
était celui de l'attaché financier Paul Miller (21 jan- 
vier/3 février 1909) : 

En réponse à la demande de V. E. , j'ai 
l'honneur d'exposer que dans les sphères 
financières allemandes, on ressent indubita- 
blement quelque irritation contre la Russie, 
en particulier depuis la visite du roi d'Angle- 
terre en Russie au printemps dernier. Cette 
irritation trouve son expression dans le fait 
qu'approximativement depuis le printemps de 
1908, il a été extrêmement ditricile, pour ne 
pas dire impossible, de trouver en Allemagne 
des capitaux pour les entreprises financières 
russes, malgré l'abondance croissante des 
capitaux disponibles. Il y a un an, les banques 
de première classe à Berlin donnaient 01/2 *'/., 
sur les comptes courants, maintenant elles ne 
donnent que i °/o. 

Les cercles financiers berlinois voient dans 
un changement d'attitude de la société russe 
à l'égard de l'Allemagne (exprime par des 
attaques de la presse russe contre l'Allemagne) 
la cause de ce changement dans les rapports 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 47 

des hommes d'affaires allemands et russes... 
Ces cercles considèrent que ce changement de 
la société russe à l'égard de l'Allemagne est un 
acte de déloyauté et d'ingratitude. Ils rappellent 
la conduite de l'Allemagne au temps de la 
guerre russo-japonaise, la sympathie montrée 
alors par l'Allemagne au point de violer le 
droit international, son attitude en ce qui 
concerne la garde de notre frontière occiden- 
tale, le charbon fourni à notre escadre, 
l'emprunt de igoS conclu, malgré la dureté des 
temps, à des conditions plus favorables pour la 
Russie que l'emprunt contracté en France 
l'année précédente. A tout cela s'ajoute, 
remarquent ces financiers, le sentiment alar 
mant que la séculaire « Culture » allemande 
dont s'enorgueillit chaque Allemand, est en 
péril par suite du caractère agressif du mou- 
vement slave qui trouve lui-même un appui 
dans la société russe... 

D'après mes renseignements, la ^Vilhelm- 
strasse après l'entrevue de Revel, déconseilla 
les opérations financières avec la Russie, disant 
qu'une guerre était possible. Cette situation se 
prolongea tout l'été et l'automne. Ainsi, encore 
en août, quand notre ministre des finances 
avait entamé les négociations au sujet de 
l'emprunt (qui vient d'être conclu), la banque 



48 DOCUMENTS S E C ]l E T S 

Mendelsson de Berlin déclara nettement que le 
capital allemand ne participerait pas à 
l'emprunt russe. A la vérité, cela s'explique par 
le fait que l'Allemagne a elle-même besoin de 
forts capitaux pour mettre de l'ordre dans ses 
finances et n'est pas par suite disposée à prêter 
à l'étranger, mais l'influence politique s'y 
faisait sentir. Apiès l'heureuse terminaison de 
l'incident de Casablanca, le v^eto du ministère 
des affaires étrangères allemand s'adoucit 
quelque peu, et il ne proscrivit même plus les 
emprunts russes, mais à la condition toutefois 
que les sommes ne fussent pas grandes. A 
cette époque se rapporté, entre autres, le voyage 
à S*-Pétersbourg d'un des directeurs de la 
banque de Darmstadt qui proposait d'achever 
l'emprunt. L'opinion des cercles financiers 
reste cependant hostile à la Russie... 

Tous ces faits n'apparaissent pas comme des 
signes que la guerre approche, mais ils carac- 
térisent complètement la situation tendue et 
l'attitude inimicale. 

L'Allemagne est-elle prête à la guerre au 
point de vue financier .^... La guerre actuelle- 
ment coûte si colossalement cher que pas une 
des Puissances n'est en état et qu'il ne serait 
pas rationnel de réunir en temps opportun les 
sommes nécessaires pour une guerre. La pré- 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 49 

paration d'un État est déterminée par l'équi- 
libre de son budget du temps de paix, par 
l'élasticité de ses revenus, par l'inépuisabilité 
de son crédit et par la capacité pour la banque 
centrale d'émission d'ouvrir à l'État, au com- 
merce et à l'industrie un large crédit à court 
terme... L'Allemagne fait actuellement les der- 
niers pas pour atteindre à cet état de prépara- 
tion et sera complètement prête sous ce 
rapport au printemps de cette année... 

[Pour faciliter le vote des lois militaires et 
navales, on avait laissé de côté leurs répercus- 
sions financières. Maintenant, on établit une 
base financière solide sous le couvert des 
réformes militaires et maritimes. Les nouvelles 
sources de revenus ont été comptées largement, 
de façon à permettre des augmentations de 
dépenses, le système des emprunts a été amé- 
lioré, l'encaisse de la Banque impériale en or 
porté dans la seule année 1908 de ^97 millions 
de marks à 81 1 (soit 63 " / d'augmentation). On 
peut calculer que pendant les premiers jours 
de la guerre, l'Allemagne pourrait disposer de 
4.450 millions de marks. Dans le cours de la 
première année de guerre, l'Allemagne pour- 
rait obtenir io.l\^o millions de marks, ce qui 
permettrait de couvrir les dépenses de la guerre 
pendant 10 mois. La seconde année, elle pour- 

4 



50 DOCUMENTS SECRETS 

rait encore recueillir 7.300 millions de marks. 
Mais ces calculs ne tiennent pas compte des 
pertes de revenu de l'Allemagne en cas de 
guerre avec la Russie. Aussi peut-on croire 
que les Allemands se hâteront de porter la 
guerre sur le sol russe pour vivre à ses dépens 
et finir la guerre en quelques mois par une 
attaque puissante.] 



15. — Projet de traité russo-allemand. (N" 2). 

LE 4/17 mai 1909, N. V. Tcharikov, adjoint au 
ministre des afïaires étrangères, lut au Tsar le 
projet de traité suivant, daté à tort du 4 mai 1907 
dans la 2" édition du Sbornik (la date 1909 a été 
donnée par le Matin du 27 novembre 191 7 d'après 
les Izviestild). Ce projet montre combien étaient 
pacifiques, modestes et résignées les intentions du 
gouvernement russe si peu après f ultimatum humi- 
liant qui lui avait été adressé par IWllemagne le 
22 mars : 

I. Anéantir, conformément au désir de 
l'Allemagne, la u légende » et dissiper la mé- 
sintelligence russo-allemande qui s'était déve- 
loppée d'une façon visible à l'occasion du 
conflit austro-serbe, sans cependant rendre plus 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 51 

mauvais les rapports des cabinets de Saint- 
Pétersbourg et de Vienne. 

2. L^Allemagne adhère à l'accord austro- 
russe de 1897 avec les modifications répondant 
aux derniers événements. 

3. L'Allemagne garantit l'exécution par 
l'Autriche-Hongrie de l'obligation que celle-ci 
a contractée dans le traité ci-dessus de s'abs- 
tenir de toutes entreprises militaires dans la 
péninsule balkanique au delà des limites 
actuelles. Dans le cas contraire, l'Allemagne 
ne considérera pas l'entrée des armées russes 
en Autriche-Hongrie comme un casas fœderis . 

4. En attendant l'établissement par les puis- 
sances signatrices du traité de Berlin des 
sanctions formelles indispensables pour un 
changement, l'iVUemagne prête à la Russie l'ap- 
pui diplomatique effectif désirable pour une 
solution définitive de la question des Détroits. 

5. L'Allemagne promet le même appui pour 
l'établissement rapide du chemin de fer du 
Danube à l'Adriatique. 

6. En Perse, l'Allemagne reconnaît les droits 
découlant pour la Russie du traité russo-anglais 
de 1907. 

Article secret. En cas d'attaque de l'Angle- 
terre contre l'Allemagne, la Russie restera 
neutre. 



52 DOCUMENTS SECRETS 

L'Italie, la Fiance et l'AiigleteiTe adhére- 
raient aux parties de ce traité les concernant 
respectivement. 



16. — Projet de traité russo-bulgare. (N° 26). 

UN peu avant l'annexion de la Bosnie, le prince 
de Bulgarie s'était entendu avec l'Autriche 
pour se proclamer indépendant et tsar lorsqu'elle 
serait annoncée. Il avait donc pendant la crise plutôt 
été du côté de l'Autriche que de celui de la Russie à 
laquelle le traité d'alliance de 1902 le liait. Pendant 
la crise, la tension des rapports entre la Turquie et 
la Bulgarie avait été grande. Elle fut diminuée en 
partie grâce au sacrifice que fit la Russie au profit 
de la Bulgarie d'une portion de l'indemnité de 
guerre que lui devait la Turquie. Les Jeunes-Turcs, 
alors au pouvoir, n'en restèrent pas moins très hos- 
tiles à la Bulgarie. L'Allemagne, dont ils devenaient 
les partisans acharnés, comprit qu'elle ne pourrait 
compter sur leur coopération que si elle les soute- 
nait contre la Bulgarie. Elle commença à préconiser 
une alliance turco-austro-roumaine, capable d'écra- 
ser d'un coup la Bulgarie au commencement d'une 
guerre. Ces menées allemandes trouvèrent surtout 
leur expression publique en septembre 1910. Elles 
échouèrent à cause des intelligences secrètes de 
Ferdinand avec l'Autriche. Celle-ci semble avoir eu 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 53 

de la répugnance à créer une situation qui l'aurait 
placée, sans possibilité de trouver un contre-appui 
éventuel, entre l'Allemagne d'une part, la Rouma- 
nie, la Turquie et l'Italie de l'autre, puissances qui 
formulaient toutes des revendications sur des terri- 
toires austro-hongrois. Mais à Saint-Pétersbourg on 
ignorait plus ou moins les liens qui liaient Ferdi- 
nand à l'Autriche, et voyant que la Russie et la 
Bulgarie paraissaient avoir les mêmes ennemis, on 
y rédigea en décembre 1909, certainement de concert 
avec le représentant de la Bulgarie, le projet de 
traité russo-bulgare reproduit ci-après : il était des- 
tiné à apporter au traité de 1902 les modifications 
rendues nécessaires par le changement inquiétant 
survenu dans les relations de la Russie avec la Tur- 
quie et l'Allemagne. L'initiative de la rédaction de 
ce traité était-elle venue de la Russie ou de la Bul- 
garie? A-t-il été signé et puis détruit en conformité 
avec son article 16 quand il est devenu nul ? C'est 
ce que nous ne savons. On peut simplement remar- 
quer que GuéchofT parle du traité de 1902 comme 
encore en vigueur en 191 2. 

Les Gouvernements Impérial russe etTsarien 
bulgare ont convenu de contracter au nom de 
leurs intérêts communs l'accord secret suivant : 

I . En cas de guerre de la Russie simultané- 
ment avec l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie et 
la Roumanie, ou avec rAutriche-lïongrie et la 
Roumanie, et aussi en eus de guerre entre la 



54 DOCUMENTS SECRETS 

Russie et la Turquie, quelle que soit la Puissance 
qui ait pris l'initiative de la guerre, la Bulgarie 
s'engage, si le Gouvernement russe l'exige, à 
mobiliser aussitôt toutes ses forces, à com- 
mencer les opérations en conformité avec les 
plans élaborés à l'avance, et à ne pas les arrêter 
avant que les buts visés dans ces plans aient 
été complètement atteints, et en tout cas, pas 
avant d'avoir obtenu le consentement du Gou- 
vernement russe. 

2. Si r Autriche-Hongrie, alliée à une autre 
puissance non provoquée par la Bulgarie, 
attaque cette dernière, la Russie s'engage à 
procurer à la Bulgarie un appui militaire 
effectif. 

3. Si la Turquie, sans y avoir été provoquée 
par la Bulgarie, ouvre les hostilités contre 
celle-ci, la Russie s'engage à mobiliser suftî- 
samment de troupes dans le Caucase (et si c'est 
nécessaire dans le district militaire d'Odessa) 
pour alléger la situation de l'armée bulgare sur 
le théâtre de la guerre en Europe. Tout en 
conservant pour elle-même la liberté d'agir 
suivant les circonstances, la Russie contracte 
en tout cas l'engagement d'aider effectivement 
la Bulgarie par les armes si une troisième 
puissance, sans y avoir été provoquée par la 
Bulgarie, prenait parti contre la Bulgarie dans 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 55 

une guerre de celle-ci contre la Turquie. 

Ix. Dans le cas d'issue heureuse d'une guerre 
avec l'Autriche-Hongrie et la Roumanie ou 
avec l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie et la 
Roumanie, la Russie s'engage à faire son pos- 
sible pour l'agrandissement du territoire bul- 
gare avec les localités à population bulgare 
situées entre la mer Noire et la rive droite du 
Danube. En outre, la Russie prêtera à la Bul- 
garie un appui efficace pour la rectification, 
dans la mesure du possible, des autres fron- 
tières du royaume de Bulgarie dans les direc- 
tions où il la désire. De plus la Bulgarie aura 
droit dans les indemnités de guerre à une 
part proportionnée à la participation de ses 
forces à la guerre et aux dépenses qu'elle aura 
entraînées. 

5. Consciente que la réalisation, si chère à 
la Russie, des idéals élevés des peuples slaves 
dans la péninsule balkanique, ne sera possible 
qu'après une terminaison heureuse de la lutte 
de la Russie avec l'Allemagne et l'Autriche- 
Hongrie, la Bulgarie contracte l'engagement 
solennel dans ce cas (et aussi dans celui de 
l'union de la Roumanie et de la Turquie aux 
Puissances sus-mentionnées) de faire tous ses 
efforts pour empêcher l'élargissement du cadre 
de la guerre. En ce qui concerne les puissances, 



56 DOCUMENTS SECRETS 

soit alliées, soit amies de la Russie, le gouver- 
nement bulgare observera à leur égard une 
attitude amicale. 

6. En cas d'issue heureuse de la guerre avec 
la Turquie, la Russie s'oblige à faire tout son 
possible pour que le territoiie bulgare soit 
augmenté des localités à population bulgare, 
par exemple dans les limites fixées dans les 
préliminaires de paix conclus à Saint-Stefano 
le 19 février 1878. 

7. Si les résultats de la guerre dans les cas 
prévus par les articles i, 2 et 3 du présent 
traité, ne répondent pas complètement aux 
buts fixés, la Russie s'engage à employer tous 
ses efforts à conserver à la Bulgarie ses fron- 
tières actuelles et à faire limiter dans la mesure 
du possible les indemnités qui lui seront 
demandées. 

8. [Rédaction en commun du plan d'opéra- 
tions et de ses modifications, la masse bulgare 
principale devant agir contre le principal 
ennemi commun.] 

9. Dès l'ouverture des opérations, l'armée 
bulgare agira indépendamment, mais en se 
guidant vers les buts fixés à l'avance et dont 
elle ne pourra se désister que d'accord avec le 
haut commandement russe ou sous l'influence 
d'une force majeure. Si au cours de la guerre 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 57 

ce haut commandement juge nécessaire de 
changer les huts fixés d'abord, les directives 
correspondantes seront complètement obliga- 
toires pour l'armée bulgare. Le traité actuel ne 
sera obligatoire dans toutes ses conséquences 
qu'en cas d'exécution complète de cette exi- 
gence, si nécessaire pour le succès de la 
guerre. 

10. En cas de coopération des armées russe 
et bulgare sur un même théâtre de la guerre, 
le commandement en commun sera exercé par 
le généralissime russe. [Dans tous les autres 
cas, ce commandement appartiendra au com- 
mandant de l'unité la plus importante, et si 
les unités sont de même rang, au plus ancien 
des commandants.] 

11. [Un plénipotentiaire militaire russe sera 
attaché au généralissime bulgare, et d'autres 
officiers aux autres détachements bulgares s'il 
y a lieu. Ils auront voix délibérative, mais on 
pourra ne pas suivre leurs avis en en donnant 
la raison par écrit.] 

12. [Obligation pour la Bulgarie de s'en- 
tendre d'avance avec la Russie pour la nomi- 
nation du généralissime (si le tsar bulgare ne 
commande pas lui-même) et du chef d'Etat- 
major général.] 

i3. [Droit de réquisition égal pour chaque 



58 DOCUMENTS SECRETS 

armée sur le territoire de l'autre. Mise à la dis- 
position des Russes des ports bulgares.] 

i4. [La présente convention est conclue 
pour une durée de cinq ans et continuera 
ensuite jusqu'à l'expiration d'une année après 
sa dénonciation.] 

i5. [La convention doit être tenue secrète.] 
i6. [En cas de dénonciation de la convention, 
ses deux exemplaires seront détruits et on con- 
tinuera à la tenir secrète.] 



17. — Traités serbo-bulgares de 1912, 

(N°^ 27-28 et 4o-4i) 

LES Bolcheviks ont publié comme inédits le traité 
serbo-bulgare du 29 février/ 13 mars 1912 et 
son annexe. Ils étaient déjà connus et sont impri- 
més en original dans Iv.-E. GuéchofT, L'Alliance 
balkanique, p. 191. 

Il en est de même de la convention militaire 
serbo-bulgare du 29 avril/ 12 mai 191 2, qui est 
publiée par GuéchofT, p. 202. Une lettre de Nik. 
Harlwig, ministre de Russie à Belgrade, du 22 mai/ 
/j juin 1912 accompagnait la traduction de la con- 
vention faite et envoyée par lui à Saint-Pétersbourg. 
Il y disait que le premier projet de la convention 
avait été rédigé par le gouvernement serbe, mais ne 
fut pas accepté par les Bulgares quand il leur fut 



PUBLIES PAR LES BOLCHEVIKS 5^ 

présenté en avril. La difficulté portait sur le com- 
mandement à exercer en commun. Le soin d'arran- 
ger la difficulté fut confié aux généraux Putnik 
(serbe) et Fi tchefî (bulgare) qui réglèrent la chose 
dans une entrevue qu'ils eurent ensemble à la fin 
d'avril (n. s.) à Boukovo (près de Negotin). Les 
gouvernements serbe et bulgare furent très satis- 
faits de la convention ainsi élaborée. Il en fut de 
même du roi Pierre, mais l'approbation de Ferdi- 
nand de Bulgarie se fît attendre. Il s'était retiré dans 
un château suburbain et les ministres eux-mêmes 
ne pouvaient le voir pour présenter leurs rapports» 
Guéchoff, alors premier ministre, expliquait par 
cette circonstance le retard de la ratification, mais 
ajoutait qu'il ne doutait pas de l'approbation de 
son roi. Dans son livre (p. 6i), il laisse entendre 
que l'hésitation de celui-ci venait de l'obligation 
qui allait être contractée d'agir éventuellement 
contre l'Autriche. Finalement, quelques jours avant 
la lettre de Hartwig, Ferdinand ratifia. 



18. — Prêt à Ferdinand de Bulgarie. (iV 07-59). 

LE 12/25 novembre 191 1, A. Neklioudov écri- 
vait de Sofia à A. A. Neratov, adjoint au mi- 
nistre des affaires étrangères de Russie, au sujet 
d'une (( affaire délicate » dont il avait déjà entretenu 
S. D. Sazonov, le ministre des affaires étrangères, à 



60 DOCUMENTS SECRETS 

Davos (EngadineV Deux mois auparavant, Ferdi- 
nand de Bulgarie l'avait fait sonder d'abord par le 
ministre des fmances TodorofY et ensuite par son 
secrétaire intime Dobrovitch, sur la possibilité pour 
lui d'emprunter en Russie à des conditions de 
faveur environ trois millions de francs. Xeklioudov 
avait déjà entendu dire que la situation pécuniaire 
du roi n'était pas brillante. 11 avait beaucoup acheté 
et bâti en Bulgarie. La princesse Clémentine, après 
avoir beaucoup dépensé en Bulgarie pour affermir 
le trône de son fils favori, ne l'avait pas avantagé 
dans son testament comme on s'y attendait, si bien 
qu'il n'avait hérité que de 6 à 700 mille francs de 
revenu. Quant aux propriétés de Ferdinand en Bul- 
garie, elles représentaient il est vrai une valeur 
importante (plus de 4 millions de francs, déclara- 
t-on à Neklioudov), mais non seulement elles ne 
rapportaient rien, mais coûtaient tous les ans des 
sommes importantes. Or, le Roi devait à la Banque 
nationale près de 2 millions à 7 °/o- De plus, il y 
faisait renouveler tous les ans des lettres de change, 
de sorte qu'il payait tous les ans dans cet établisse- 
ment p/vre' plus de 200.000 francs d'intérêt. Ferdi- 
nand désirait donc, en donnant pour gage ses pro- 
priétés en Bulgarie, emprunter 3 millions de francs 
à4°/o, plus 1/2 Vo pour l'amortissement. Ce prêt 
serait effectué par le trésor russe sous le couvert 
d'une banque rusge privée, comme il avait été fait 
pour le prêt de 4 millions à la Réunion des officiers 
de Belgrade pour le paiement des dettes du prince 



PUBLIES PAR LES BOLCHEVIKS 61 

héritier George. Le trésor russe aurait donc vrai- 
semblablement à payer i 7o pour les frais, soit 
So.ooo francs par an. 

NeklioudoY considérait l'opération comme « sans 
danger » au point de vue financier, « le roi Ferdi- 
nand n'étant toujours pas comme le roi Milan ou le 
prince George » et le gage offert ayant (et surtout 
devant avoir) une réelle valeur. Quant h son utilité 
politique, Xekiioudov écrivait : « Penser que nous 
achèterons le roi Ferdinand par un prêt de 3 mil- 
lions serait naïf et même peu digne. L'homme qui, 
sur le trône ou près du trône, trafique de son 
influence politique, est également capable, comme 
l'a fait Milan, de tromper ceux qui ont cru en lui. 
Mais notre coopération amiable et sans marchan- 
dage aux affaires pécuniaires de la cour bulgare 
augmentera notre influence sur le Roi. Actuelle- 
ment, il se tient au carrefour entre nous et l'Au- 
triche, s'approchant plus vite de nous. Le service 
personnel que nous lui aurons rendu pourra don- 
ner une impulsion de plus en notre faveur. Voilà 
pourquoi je préconise de donner satisfaction au 
désir du Roi. » 

Neklioudov terminait en recommandant d'agir 
avec délicatesse « pour relever Ferdinand à ses 
propres yeux » et surtout de garder le secret. 

L'affaire traîna longtemps. Ce n'est que le 9/ 2 2 juil- 
let 191 2 que Nicolas II, sur le rapport du ministre 
des finances Kokovlsov, autorisa le Trésor impérial 
à porter en compte une dépense de 60.000 francs 



€2 DOCUMENTS SECRETS 

représentant une partie de l'amortissement du prêt 
que l'on se proposait de faire à Ferdinand, et qui 
devait être fait par le Ministère de la Maison de 
l'Empereur. Le 12/26 juillet, le ministre des finances 
Kokovtsov en informa Sazonov, le priant en même 
temps de demander à Ferdinand comment il lui 
serait agréable de contracter le prêt. Celui-ci fut 
signé le 2/1 5 septembre 191 2 à Sofia. 

Ferdinand reconnaissait « avoir reçu en prêt du 
Gouvernement russe 3 millions de francs et s'en- 
gageait à payer 5 7o d'intérêts pendant 25 ans et 
7 mois, après quoi le prêt serait considéré comme 
amorti. 11 gageait l'emprunt sur ses propriétés 
immobilières situées dans les environs de Sofia, et 
en particulier sur son palais de « Vrana )) qui, avec 
les 4 rnillions de mètres carrés qui en dépendaient, 
était estimé valoir 3 millions de francs en or. 



19. — Ferdinand de Bulgarie à Nicolas II. 

(>" 74:7])- 

LES accords bulgaro-serbes mentionnés au nu- 
méro 17 préparaient la guerre turco-balka- 
nique. Elle éclata en octobre et fut suivie d'un 
prompt triomphe des Balkaniques. La Roumanie 
annonça alors son intention de demander à la Bul- 
garie une compensation de l'agrandissement qu'al- 
lait recevoir cette dernière. Le 24 décembre 1912/ 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 63 

€ janvier 1913, Ferdinaad de Bulgarie écrivit à ce 
sujet à Nicolas II : 

Après avoir remercié de la sympathie 
avec laquelle Nicolas et le peuple russe 
avaient suivi les combats de l'armée bulgare, 
présenté ses souhaits de nouvel an et parlé de 
son u éternelle reconnaissance » envers la 
Russie, Ferdinand disait : 

M. Theodoroff exposera à V. M. le danger 
que crée actuellement pour la Bulgarie la 
position, grosse de conséquences, prise parla 
Roumanie qui, non contente d'une rectification 
de la frontière à Girla, veut forcer la Bulgarie 
à des cessions importantes en reconnaissance 
de sa neutralité pendant la dernière campagne 
et exige la ville de Silistrie que l'armée rou- 
maine se prépare à prendre actuellement. 

Si désireuse que soit la Bulgarie d'entrete- 
nir avec la Roumanie de cordiaux rapports qui 
pourraient être convertis ensuite en un lien 
encore plus étroit et quoiqu'elle soit décidée 
(à regret) à une rectification de frontière, il est 
d'autant plus impossible pour le peuple bul- 
gare... de sacrifier une ville aussi importante 
que Silistrie... J'espère fermement que V. M., 
au nom de l'équité, est pénétrée du sentiment 
qui fait que la Bulgarie et son roi sont inébran- 



64 DOCUMENTS SECRETS 

labiés sur cette question. Je prie M. Theodoroff 
de demander à V. M. son puissant appui pour 
que la Roumanie, grâce à une pression éner- 
gique du gouvernement impérial, se contente 
d'une compensation oij Siiistrie n'entrerait 
pas. 

Il est un autre point, encore plus délicat et 
aussi important, dont M. Theodorofî parlera à 
V. M. 11 concerne la nouvelle frontière turco- 
bulgare qui sera délimitée par les plénipoten- 
tiaires à Londres. La Bulgarie désirerait qu'elle 
soit formée par une ligne allant de Rodosto à 
Midia. Il nous semble que la pensée du gou- 
vernement russe est que la Bulgarie, si l'on ne 
peut faire mieux, se contente de la ligne Saros- 
Midia. Je me permets de mettre sous les yeux 
de V. M. les raisons qui militent en faveur des 
propositions de la Bulgarie. Tout d'abord ne 
serait-il pas juste que cette terre, arrosée du 
sang de 40.000 braves Bulgares, reste la pro- 
priété de ceux qui par des efforts surhumains 
l'ont conquise. En second lieu, en rendant aux 
Turcs le territoire situé entre les lignes Ro- 
dosto-Midia et Saros-Midia, on soumettra la 
population chrétienne de ce territoire aux plus 
terribles dangers de la cruauté turque. Enfin 
la présence à Rodosto du Bulgare, factionnaire 
intelligent et mobile, ne servirait-elle pas 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 65 

d'appui à la Russie elle-même pour faire décider 
dans un avenir indéterminé le problème des 
Détroits? 

[Je fais cette prière à V. M. au nom de mes 
officiers et de mes soldats qui prient Dieu tous 
les jours que la Grande Russie les préserve de 
la douleur de perdre Rodosto, fruit de leurs 
victoires.] 



20. — François-Joseph à Nicolas II. (N° 60). 

LA victoire des Balkaniques contre la Turquie 
n'avait été possible que parce que la Russie, 
maintenant de gros effectifs dans plusieurs corps 
d'armée voisins de l'Autriche, avait laissé entendre 
clairement à l'Autriche et à la Roumanie qu'elle ne 
resterait pas inactive si elles intervenaient dans le 
conflit. L'Autriche, en réponse, mobilisa partielle- 
ment son armée. Il en résulta une situation fort 
tendue, et imposant à l'Autriche de grands sacri- 
fices d'argent. 

Le i^' février 1913, pour y mettre fin, François- 
Joseph, mieux inspiré qu'en 191/1, écrivit au Tsar la 
lettre suivante : 

Je considère comme mon devoir dans le 
temps critique oii nous vivons de m'adresser 
à Toi sans intermédiaire pour prévenir les 

5 



66 D O C U M E N T S S E C R E T S 

malentendus qui semblent se préparer avec la 
Russie à l'occasion de notre politique et mettre 
fin à des inventions qui peuvent être préjudi- 
ciables aux bons rapports qui se sont heureu- 
sement établis entre nos deux pays. 

C'est pourquoi j'ai chargé le prince Godefroy 
de Hohenlohe-Schillingsfûrst, mon allié, que tu 
connais personnellement depuis qu'il a sé- 
journé en Russie, d'aller à Saint-Pétersbourg 
pour te remettre cette lettre et t'exprimer mes 
sentiments d'amitié infinie. 

Mon Gouvernement, dès le commencement, 
était animé du seul désir de ne point ajouter 
de nouveaux malheurs aux agitations dont les 
Ralkans étaient le théâtre. J'ai été très cha- 
griné d'apprendre que sa politique était inter- 
prétée ironiquement en Russie. 

Si nous nous sommes abstenus de toute 
immixtion dans le conflit, si nous avons 
accepté l'invitation des Puissances d'examiner 
u en commun » les questions dans lesquelles 
nous étions plus que les autres intéi^essés, si 
enfin à l'époque de ces délibérations nous 
avons été guidés seulement par un sentiment 
de conciliation, tout cela a prouvé que notre 
principal souci était d'écarter tout ce qui pour- 
rait engendrer la plus petite cause de discorde 
entre nos Empires. 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 67 

Tu sais toi-même quelle lourde responsabi- 
lité pèse sur nous quand une question concer- 
nant les intérêts de nos peuples est en jeu 
dans une crise politique qui se décide près de 
nos frontières. Ce serait pécher contre notre 
sainte mission que ne pas se rendre compte 
des répressions que de telles évolutions peu- 
vent entraîner dans nos contrées. Si pendant 
la crise actuelle j'ai accepté la conciliation 
dans le souci de garder de bons rapports avec 
la Russie, j'ose espérer que Toi, appréciant 
mes efforts, tu sauras développer dans une 
bonne harmonie entre nos peuples les grands 
avantages de la paix européenne. 



21. — Le roi de Monténégro à Nicolas II. (N» 65). 

Au moment où cédant à la pression de l'Au- 
triche, les Puissances allaient attribuer Scutari 
à l'Albanie, le roi de Monténégro écrivit au Tsar le 
1^121 février 1913 : 

[V. M. a suivi avec la plus vive sympathie 
les efforts militaires de mon peuple.] Elle a 
toujours été bienveillante envers mes sujets 
qui sont ses obligés pour une grande quantité 
de munitions. Le grand cœur slave de V. M. a 



68 DOCUMENTS SECRETS 

forcément été ravi des exploits de nos soldats. 
Mais je crains qu'ils ne soient pas loin de 
perdre la sympathie et la bienveillance de 
V. M., car le temps n'est plus éloigné où ils ne 
lui obéiront plus. La politiqvie de Y. M., trop 
circonspecte, semble en effet devoir prendre 
des décisions contraires aux intérêts les plus 
chers de mon pays afin d'éviter des complica- 
tions sérieuses et possibles. Elle est sur le 
point de souscrire une convention pernicieuse 
pour nous au sujet des limites de l'Albanie à 
laquelle Scutari sera unie. Scutari, pays slave 
comme Cetinie, Scutari notre vieille capitale 
pendant trois siècles, Scutari qui n'a jamais 
été albanaise, par l'influence de l'Autriche 
nous échappe. Pendant trois mois, nous l'avons 
bloquée rigoureusement, sa chute est immi- 
nente... Si la Conférence des ambassadeurs à 
Londres l'attribue à un autre qu'à nous, et la 
diplomatie russe sous la pression des circons- 
tances y souscrit, l'Europe sera étonnée par 
l'énergie de notre défense. Mon pays est prêt 
aux derniers sacrifices et préfère périr que 
d'abandonner cette ville... [Dans cette situation, 
je ne ferai pas appel à des souvenirs chers à 
mon cœur et je ne rappelle pas les mots his- 
toriques prononcés autrefois à Peterhof par 
votre défunt père, afin de vous faciliter la 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 69 

neutralité dans le drame qui attend mon pays. 
Nous saurons mourir dignement en invoquant 
le nom de Dieu.] 



22. — François-Ferdinand à Nicolas II. ÇS" 66). 

Au cours de l'audience qu'il avait accordée à 
Godefroi de llohenlohe (voir § 20), le tsar avait 
laissé percer quelque inquiétude au sujet des dispo- 
sitions de l'archiduc héritier. Celui-ci lui écrivit à 
€e sujet le 20 mars 1913 la lettre suivante : 

Je considère comme mon devoir de l'expri- 
mer ma satisfaction au sujet du bon accueil 
que tu as fait au prince de Hohenlohe, porteur 
de la lettre de S. M. Convaincu qu'en présence 
des ruines qui s'entassent en Orient, un contact 
cordial de nos deux monarchies est la garantie 
la plus solide d'un développement pacifique 
de la crise, j'ai été pleinement heureux et de 
l'auguste initiative de mon oncle qui s'est 
adressé à toi et de l'empressement avec lequel 
tu lui as répondu. Depuis mon enfance, j'ai 
toujours considéré que des rapports d'amitié 
et de confiance entre l'Autriche et la Russie 
sont ce qui peut le mieux renforcer les prin- 
cipes monarchiques et conservateurs qui ser- 
vent de base à nos deux Etats. 



70 DOCUMENTS SECRETS 

Je ne puis aussi te cacher mon étonnement 
au sujet des bruits publiés et répandus en 
Russie. Ils engendrent en moi de tout autres 
sentiments. Ne désirant pas chercher la source 
de ces légendes, il me semble qu'ils sont 
répandus par des éléments destructeurs préoc- 
cupés d'affaiblir les liens qui existent heureu- 
sement entre nos deux dynasties. J'ose espérer 
que de telles tendances ne tarderont pas à 
disparaître en face des magnanimes inten- 
tions exprimées des deux côtés à l'occasion de 
la visite du prince de Hohenlohe... 



23. — Convention austro'italienne relative à 
l'Albanie. (N° 87). 

LA création du royaume d'Albanie donna lieu à 
la signature à Rome le 8 mai 191 3 de la con- 
vention secrète suivante entre 1 "Autriche et l'Italie : 

Convention conclue pour rétablir le plus 
rapidement possible l'ordre intérieur et les 
bases d'un développement régulier du com- 
merce et de l'industrie sur le territoire consti- 
tuant l'Albanie... 

I. Les Hautes Parties contractantes sont 
d'accord que le ferme rétablissement du calme 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 71 

en Albanie et d'une tendance régulière à une 
vie pacifique doivent être la base principale du 
système politique de leur entente amicale, 

2. Si l'accomplissement des mesures propo- 
sées pour atteindre les buts fixés dans l'art, i 
se heurtait à l'intervention de certaines puis- 
sances, cette convention amicale aurait la 
valeur d'un traité d'alliance. 

3. Pour atteindre plus rapidement les buts 
indiqués à l'art, i, les Hautes Parties contrac- 
tantes se réservent le droit d'occuper de leur 
propre autorité le territoire de l'Albanie qu'elles 
ont divisé à ce point de vue en deux parties 
égales. 

^. [La démarcation de ces sphères d'in- 
fluence doit être fixée par une Commission 
spéciale sur la base de l'opinion exprimée par 
la conférence diplomatique tenue à Rome le 
2 mai 1913.] 

5. [En cas de formation de détachements des 
deux puissances pour une action militaire, 
Teflectifde chacun d'eux sera limité à 2^ ba- 
taillons d'infanterie et 12 batteries avec la 
cavalerie et les services auxiliaires nécessaires. 
Ces effectifs ne pourront être dépassés qu'après 
accord préalable.] 

6. [Pour atteindre les buts indiqués à l'art, i, 
les Hautes Parties contractantes se proposent 



72 DOCUMENTS SECRETS 

de prendre comme elles le jugeront bon, les 
mesures suivantes : i^-S" employer leurs trou- 
pes comme il sera nécessaire pour le rétablis- 
sement et le maintien de l'ordre dans les 
limites du territoire occupé et en fixer la dislo- 
cation comme elles le jugeront bon ; k" établir 
des administrations et des tribunaux mili- 
taires ; 5° établir des quarantaines ; 6° déve- 
lopper le commerce et l'industrie ; 7" déve- 
lopper les voies de communication ; S** déve- 
lopper le commerce extérieur ; 9'' satisfaire aux 
besoins religieux ou sanitaires de la population ; 
lo** armer les éléments honnêtes de la popula- 
tion, sans leur confier cependant d'artillerie et 
de mitrailleuses; 11° constituer une milice 
albanaise; 12" former une gendarmerie ; iS" 
diminuer dans le territoire occupé les troupes 
d'occupation ; 14" prendre, d'après les circons- 
tances, les mesures pour le développement et 
le maintien des causes pouvant servir de 
fondement à l'occupation et à sa prolonga- 
tion.] 

7. [Les Hautes Parties contractantes s'obli- 
gent i** à ne pas ériger de fortifications, sauf 
celles de campagne nécessaires pour la sûreté 
des postes ; 2° à ne pas introduire d'artillerie 
lourde ; 3" à ne pas intervenir sans nécessité 
dans l'administration locale ; 4" à ne pas créer 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS :3 

de monopoles ; 5' à ne pas introduire de pro- 
duits nuisibles.] 

8. [La durée de l'occupation sera déterminée 
par les circonstances indiquées à l'art, i. De 
plus, tous les six mois aura lieu un échange 
de vues.j 

9. Les Hautes Parties contractantes consi- 
dèrent comme indispensable de prévenir les 
Puissances intéressées à la politique des Bal- 
kans, I- du moment où commencera l'occu- 
pation quand la déclaration l'annonçant sera 
publiée ; 2" de sa terminaison six mois à 
Tavance. 

10. Les articles de la présente convention 
entreront en vigueur au moment de la publi- 
cation de la déclaration annonçant l'occupa- 
tion (à l'exception du point i4 de l'art. 6 qui 
peut, si les circonstances l'exigent, être exécuté 
avant la déclaration d'occupation). 

11. Le texte de la déclaration d'occupation 
devra être publié pour l'information générale 
en français, mais pour la population alba- 
naise, il le sera dans les deux dialectes du 
pays ; de plus l'original devra être ratifié par 
l'autorité suprême des Hautes Puissances con- 
tractantes et contresigné par les plénipoten- 
tiaires autorisés à rédiger et à signer la présente 
convention. 



74 DOCUMENTS SECRETS 

12. [Les cas non prévus devront faire l'objet 
d'accords subséquents. (La fin n'était pas 
déchiffrée)]. 

Copie d'après V original : le colonel d'état 
major, Samoilo. 



23 6w, — Conférence russe au sujet de l'attaque 
des Détroits. (N°=' 68-70 [7];. 

EN novembre 191 3, le ministre des affaires étran- 
gères russes exposa au Tsar la nécessité de 
prendre des mesures pour s'emparer de Constan- 
tinople si l'Empire turc s'écroulait. Les documents 
suivants nous renseignent à ce sujet : 

Sazonov à Nicolas II fSainl-Pétersbourg, 
23 mars i9M) 

Dans le rapport que j'ai présenté à V. M. en 
novembre, je lui ai exposé la nécessité de 
travailler à un vaste programme d'action pour 
résoudre la question des Détroits d'une façon 
heureuse pour nous si les événements nous 
forçaient à défendre nos intérêts sur le Bos- 
phore et les Dardanelles. V. M. a bien voulu 
m'approuver et autoriser la réunion d'une 
Conférence des administrations qui y sont le 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 75 

plus intéressées. Elle a eu lieu le 8 février sur 
ma convocation. J'ai l'honneur de soumettre à 
V. M. le procès-verbal de cette Conférence, et 
d'accord avec ses membres de solliciter ses 
ordres au sujet des mesures qu'elle a préco- 
nisées... 

Mémorandum de Bazili [le vice-directeur de la 
Chancellerie du ministère des ajfaires étrcmgères] 
au sujet des Détroits (^). 

Considérations préliminaires au sujet des pro- 
blèmes maritimes russes dans la région de la mer 
Noire. 

La situation actuelle pouvant conduire à une 
dislocation plus ou moins rapide de la Turquie, 
nous impose d'une façon urgente l'obligation 
de prévoir dès maintenant la possibilité que 
la question des Détroits soit posée de nouveau. 
Nous devons donc déterminer notre situation 
à son égard. 

I . Il faut donc sans retard procéder au ren- 
forcement de nos forces (et en particulier de 
celles navales) dans la région de la mer Noire 
afin qu'au moment où la crise éclatera nous 



(') C'est ainsi que la pièce est intitulée dans le texte russe. 
Ce rapport est évidemment celui qu'au commencement de la 
séance du 8 février, Sazonov déclara être de lui et avoir été 
soumis par lui à l'Empereur. 



76 DOCUMENTS SECRETS 

puissions résoudre la question des Détroits de 
la façon désirée par nous. Dans Timpossibilité 
de prévoir avec exactitude ce moment, peut- 
être si proche, il est nécessaire de développer 
nos forces dans la région de la mer rSoire le 
plus rapidement possible, et cela d'une façon 
progressive, et non pour une date fixe. 

[Peut-on augmenter suffisamment notre 
flotte dans la mer Noire par nos moyens dans 
cette mer ou faut-il y adjoindre de grands 
navires venus d'ailleurs, et en particulier les 
drcadnoughts que nous construisons dans la 
Baltique ? Il faudrait pour cela un changement 
du droit international qui interdit le passage 
des vaisseaux de guerre par les Détroits turcs. 
A raison de l'opposition immémoriale des 
puissances, il est fort douteux qu'on y arrive. 
D'ailleurs, en cas de crise brusque, les drcad- 
noughts de la Baltique arriveraient trop tard. 
De plus, il faut remarquer que l'Europe ne 
consentirait pas à l'ouverture des Détroits 
pour les seuls riverains et que s'il existe des 
chances de l'obtenir par voie diplomatique, 
elle implique le libre accès dans la mer Noire 
des A aisseaux de guerre de toutes les nations. 
Or notre point de vue traditionnel est que tant 
que les Détroits ne seront pas à nous, nos 
intérêts stratégiques exigent que la mer Noire 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 77 

soit fermée aux escadres étrangères, de façon 
que les puissances qui nous sont hostiles ne 
puissent pas préparer en temps de paix 
d'attaque contre nous dans la mer Noire. On 
objecte maintenant que les avantages résultant 
de la fermeture des Détroits sont plus négatifs 
que positifs, que celle-ci ne nous garantit pas 
contre l'entrée d'une flotte ennemie dans la mer 
Noire en temps de guerre avec le consentement 
de la Turquie dont elle utilisera les ports et 
qu'elle nous fait seulement croire à tort que 
notre seul adversaire sur celte mer est la 
Turquie...] 

2. [Notre problème historique en ce qui con- 
cerne les Détroits consiste à nous en emparer. 
On ne pourrait conclure autrement que s'il 
devait en résulter une perte de force défavorable 
à notre développement. (C'est tout au plus dans 
ce cas que leur a neutralisation » pourrait 
devenir utile, car elle ne nous garantit ni la 
certitude de la sortie pour nos navires, ni la 
fermeture du passage à nos ennemis.) Notre 
domination doit s'étendre sur les deux Détroits 
pour nous assurer la sortie dans la Méditer- 
ranée. La possession du seul Bosphore servi- 
rait seulement à la défense de nos intérêts 
dans la mer Noire. Cette domination peut être 
accompagnée de la possession d'un hinterland 



78 DOCUMENTS SECRETS 

plus OU moins considérable ou se borner à 
celle des points nécessaires pour assurer la 
maîtrise des détroits. Les administrations com- 
pétentes doivent étudier immédiatement le 
plan de la réaliser.] 

3. [Pour la prise des Détroits, nous ne 
devons compter que sur nos moyens et ne pas 
espérer une coopération. — Il est fort vrai- 
semblable que nous ne résoudrons ce pro- 
blème que pendant une guerre européenne. 
Dans ce cas, nous sommes en droit de sup- 
poser que les flottes de l'Angleterre et de la 
France paralyseront celles de la Triple Alliance, 
et encore seulement tant que nos alliés 
n'auront pas essuyé de défaite. Nous ne pou- 
vons pas espérer beaucoup de ce côté là. La 
coopération de la Grèce, nous fournissant une 
base navale dans la mer Egée pour agir contre 
les Détroits, est si peu vraisemblable qu'on ne 
peut y compter. La Grèce est sortie de la crise 
beaucoup plus forte et son idéal national s'est 
agrandi. Son rêve au sujet de Constantinople 
«era probablement un obstacle à un plus 
grand rapprocliement avec elle. D'ailleurs 
l'organisation par nous d'une base dans la mer 
Egée entraînerait les plus sérieuses complica- 
tions. — La possibilité de s'emparer des 
Détroits dépend d'une conjoncture favorable. 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 79 

La créer est le but de l'action du ministère des 
affaires étrangères. — L'opération elle-même 
exige que l'on prépare à la fois la flotte et le 
débarquement. Il ne faut pas renouveler la 
faute du plan de 1896 qui n'accordait qu'une 
attention insufQsante au débarquement. — 
Pour le transport rapidement d'une grande 
quantité de troupes sur les Détroits, il faut 
que leur dislocation s'y prête, que des moyens 
existent de les transporter rapidement sur des 
vapeurs et que ceux-ci soient en quantité 
suffisante. Cette dernière condition suppose 
une politique économique définie. Le côté 
financier ne doit pas être oublié. La conquête 
des Détroits exige donc la coopération de 
nombre d'administrations.] 

Procès-verbal de la Conférence du 8 février i91û. 

Président : S. D. Sazonov, ministre des 
affaires étrangères. 

Membres : Grigorovitch, ministre de la 
marine ; la. G. Ji lin ski, chef de l'état-major 
général de l'armée ; M. N. Giers, ambassadeur 
à Constantiriople ; Neratov, adjoint au ministre 
des affaires étrangères; Danilov, quartier- 
maître général; Averianov, quartier-maître 
en second ; Nenioukov, capitaine faisant fonc- 



80 DOCUMENTS SECRETS 

tion de chef d'état-major de la marine ; le 
prince Troubetzkoï, chef de la section de 
rOrient musulman au ministère des affaires 
étrangères ; le capitaine Nemitz. chef du bureau 
des opérations à l'état-major général de la 
marine. 

Secrétaires : Bioutsov, adjoint au chef de la 
section de l'Orient musulman ; Bazili, vice- 
directeur de la chancellerie du ministère des 
affaires étrangères, 

[A l'ouverture de la séance, le ministre des 
affaires étrangères rappelle aux membres que 
dans le mémoire qu'ils connaisseni et qu'il a 
soumis à l'Empereur en novembre dernier, il 
a considéré comme son devoir de l'avertir 
qu'il est impossible de ne pas prévoir la pos- 
sibilité d'événements, peut-être très proches, 
qui changeront complètement la situation 
dans les Détroits, et qu'il était nécessaire de 
prendre des mesures immédiatement pour 
résoudre heureusement cette question à ce 
moment là. L'Empereur l'a approuvé et a 
décidé la réunion de la Conférence. — Après 
avoir fait remarquer qu'actuellement des chan- 
gements politiques considérables sont peu 
vraisemblables, le ministre dit qu'il est 
impossible d'être assuré du maintien de 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 81 

l'état de choses actuel en Turquie, même pour 
un avenir très proche. Il exprime la ferme 
conviction que si les Turcs doivent perdre les 
Détroits, la Russie ne peut pas permettre aune 
autre puissance de s'y affermir et peut être par 
suite forcée de s'en emparer pour y établir un 
état de choses conforme à ses intérêts. Le 
succès de cette opération dépendra de la rapi 
dite de son exécution, et celle-ci de sa prépa- 
ration. Le ministre propose d'en étudier 
successivement les diverses parties.] 

I. Le corps expéditionnaire, sa composilion 
et sa mobilisation. [Le général Ji lin ski dit que les 
troupes qui seront désignées seront les plus 
proches, c'est-à-dire celles des régions de Sébas- 
topol et d'Odessa, formant les 7*^ et 8^ corps, ren- 
forcées probablement de deux corps de l'inté- 
rieur. Le premier échelon du corps expédition- 
naire, ayantà débarquer simultanément, ne doit 
pas comprendre moins d'un corps d'armée, 
c'est-à-dire 3o à 5o.ooo hommes : plus faible, il 
pourrait être facilement écrasé. A raison des 
grandes difficultés du débarquement, le pre- 
mier échelon ne peut être limité à un seul 
corps que dans des conditions particulière- 
ment favorables, quand il n'y a pas à attendre 
une grande résistance. Le premier échelon 
sera formé de portions des 7*^ et 8*^ corps 

6 



82 DOCUMENTS SECRETS 

(i3'' division, Sébastopol et Simféropol ; 
ij" division et 4*" brigade de tirailleurs, 
Odessa). Se référant à ce qu'il a dit sur le 
lien entre l'effectif du corps expéditionnaire et 
la situation politique et stratégique, la. G. Ji- 
linski se demande quels seront les adversaires ? 
Comme tels, il voit tout d'abord les Turcs. Ils 
disposent actuellement sous Constantinople du 
7*" corps. D'après le nouveau plan d'Enver 
Pacha, de réalisation d'ailleurs douteuse, ils 
veulent en établir 3 sur la rive européenne des 
Détroits.] 

[Le ministre des affaires étrangères fait 
remarquer que la Bulgarie et la Grèce peuvent 
aussi intervenir contre nous, mais qu'à cause 
de leurs haines historiques, si l'une intervient 
dans un sens, l'autre paralysera son action en 
intervenant en sens inverse. — A la question : 
peut-on compter dans ce cas sur l'appui de la 
Serbie, S. D. Sazonov répond qu'il est impos- 
sible de supposer que notre expédition contre les 
Détroits s'accomplira sans guerre européenne et 
qu'il est probable que dans ce cas la Serbie diri- 
gera toutes ses forces contre l'Autriche-Hongrie. 
— Jilinski fait remarquer l'importance d'une 
attaque serbe contre l'Autriche en cas de guerre 
de la Russie contre cette dernière. L'Autriche 
devrait détacher 4 à 5 corps contre la Serbie. Il 



PUBLIES PAR LES BOLCHEVIKS 83 

attire aussi rattention sur l'importance de 
l'attitude que prendra la Roumanie en cas de 
guerre générale. — S. D. Sazonov répond que 
quoique la Roumanie ne soit pas entrée for- 
mellement dans la Triple Alliance, elle a 
incontestablement conclu avec l'Autriche un 
accord militaire contre la Russie. De Giers, qui 
a servi précédemment en Roumanie, confirme 
ce qua dit le ministre. Ce dernier ajoute que 
le changement favorable à nous, observé en ce 
moment dans la politique et l'opinion publique 
€n Roumanie, autorise à douter que celle-ci 
agisse effectivement contre nous en cas de 
guerre austro-russe, mais nous n'avons pas de 
raisons sûres de l'espérer. Revenant à la ques- 
tion de nos adversaires possibles dans les 
Détroits, S. D. Sazonov dit que dans le cas de 
guerre de la Triple Alliance avec la Russie, 
l'Allemagne et l'Autriche n'enverront pas de 
troupes dans les Détroits et que tout au plus 
l'Italie pourrait y envoyer un corps expédi- 
tionnaire, quoiqu'il lui sera dangereux de 
dégarnir sa frontière avec la France.] 

[S'en référant à ce qu'a dit le ministre de la 
situation générale, Jilinski dit qu'il est con- 
vaincu que la lutte pour Constantinople est 
difficilement possible sans une guerre géné- 
rale. La possibilité de distraire des troupes 



84 DOCUMENTS SECRETS 

contre Constantinople et la possibilité de 
l'expédition elle-même dépendent des conjonc- 
tures au commencement de la guerre. Les 
corps du sud désignés pour y prendre part ne 
peuvent être mis en mouvement contre Cons- 
tantinople que si on ne se bat pas sur le front 
occidental ou si on y a remporté des succès : 
sinon, ces troupes doivent y être dirigées, car 
un succès sur la frontière occidentale décide 
aussi de la question des Détroits. D'après le 
plan pour le cas de guerre sur le front occi- 
dental, toutes les troupes doivent y être 
dirigées. S. D. Sazonov ayant demandé si 
l'augmentation prévue de l'armée n'apporterait 
pas de changements, Jilinski répond qu'elle ne 
consistera qu'en deux corps, à former en 191.") 
et en 1916. Ils seront placés sur la frontière 
occidentale et compenseront à peine les aug- 
mentations des armées allemande et autri- 
chienne. De plus, la formation de deux corps 
ne peut pas donner les moyens d'en envoyer 
quatre à Constantinople.] 

[M. N. Giers en conclut que l'on pourrait 
peut-être désigner les corps du Caucase pour 
l'expédition contre Constantinople. En cas 
d'anarchie dans cette ville, il n'y aura pas de 
combats sur notre frontière turque et nos corps 
du Caucase seront libres. — Jilinski juge 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 85 

cette proposition inadmissible, l'expédition 
contre Constantinople ne dispensant pas de la 
guerre sur la frontière du Caucase. Une 
grande partie des troupes turques est en Asie- 
Mineure. D'après le plan d'Enver Pacha, trois 
€orps seulement doivent rester en Europe. En 
cas de débarquement contre Constantinople, 
nous devons donc retenir les autres sur la 
frontière du Caucase. Nos trois corps du Cau- 
case devront être mobilisés dans ce but dès 
que l'expédition commencera.] 

[Danilov fait observer qu'il est d'autant plus 
impossible de désigner les troupes du Caucase 
pour l'expédition qu'à cause des conditions 
locales leur mobilisation est plus lente. La 
capacité des chemins de fer est faible dans le 
Caucase, la population russe y est rare, on est 
forcé de la compléter par des réservistes de 
l'intérieur ; la mobilisation dans le Caucase 
prend par suite trois semaines. Danilov 
s'oppose donc absolument à la désignation des 
troupes pour l'expédition contre Constanti- 
nople. Indépendamment de la difficulté de 
s'emparer de cette ville, située au fond du Bos- 
phore, quelle que soit notre quantité de troupes 
(et même si nous en avions davantage), nous 
devons toujours prévoir la nécessité de les 
diriger toutes à l'ouest contre l'Allemagne 



86 DOCUMENTS SECRETS 

et l'Autriche. La victoire sur ce front amènera 
une solution heureuse de toutes les autres 
questions. Détacher 4 corps pour agir contre 
Constantinople en cas de guerre à l'ouest est 
purement impossible. Empêcher de tierces 
puissances de s'emparer de Constantinople 
dans ce cas est un problème politique.] 

[Nemitz est d'un avis différent. Sans doute, il 
faut être fort surtout contre le principal adver- 
saire, mais celui-ci ne se trouve pas sur la 
route de Constantinople. Une victoire contre 
l'Allemagne et l'Autriche ne nous donnera pas^ 
les Détroits. D'autres peuvent les prendre pen- 
dant que nous combattrons sur notre frontière 
occidentale. Nous pouvons être contraints à 
nous emparer de Constantinople pendant notre 
lutte dans l'ouest si nous voulons arguer du 
fait de la possession au moment où l'on trai- 
tera. Ce n'est que dans ce cas que l'Europe 
acceptera au sujet des Détroits les conditions 
qui nous sont nécessaires. Si nos forces 
actuelles sont insuffisantes pour nous en em- 
parer, il faut les augmenter de 3 corps.] 

[Jilinski répond que la création de ces corps 
est actuellement irréalisable. 11 ajoute que 
l^our tout Russe, les Détroits ont une impor- 
tance si grande que s'ils couraient risque 
d'être enlevés à la Turquie, nous ne pourrions 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 87 

nous dispenser de nous en emparer et par 
conséquent d'envoyer immédiatement une 
armée à Constantinople. Mais cela ne peut se 
faire que pendant une crise entraînant la guerre 
générale. Il est possible que la guerre pour 
les Détroits précède celle sur notre front occi- 
dental. D'après Jilinski, il est même probable 
qu'il en sera ainsi. Dans ce cas, on peut faire 
le détachement. Il n'est impossible que dans 
l'autre cas. Pour l'expédition, on a désigné 
le 7^ et le 8*' corps, mais ils sont également 
désignés par le plan de guerre pour le front 
occidental. Le premier doit dans ce cas faire 
partie de l'armée opérant contre l'Autriche, le 
second est destiné à agir contre la Roumanie. 
Ce n'est que dans le cas de neutralité de 
celle-ci que le 8^ corps demeure disponible.] 

[A une question de Sazonov, Jilinski répond 
que la mobilisation du premier échelon (i3^ et 
iS" divisions et 4^ brigade de tirailleurs) s'ac- 
complit en 5 jours pour des compagnies de 
6o files (sauf les parcs d'artillerie). Le reste des 
7*" et 8* corps n'a que 48 files dans les com- 
pagnies et mobilise par suite en 8 à 9 jours, 
c'est-à-dire en autant de temps que les deux 
autres corps prenant part à l'expédition. 
D'après le nouveau plan de renforcement de 
l'armée, toutes les compagnies doivent être 



88 DOCUMENTS SECRETS 

portées à 60 files et leur mobilisation s'effec- 
tuera par suite en 5 ou 6 jours, l'augmentation 
du nombre des files dans la compagnie rétré- 
cissant le rayon de mobilisation. Si c'était 
reconnu nécessaire, on pourrait augmenter le 
degré de préparation des troupes expédition- 
naires en les portant à 84 ou même à 100 files 
par compagnie. Le nouveau plan prévoit l'in- 
troduction de cet effectif supérieur pour cer- 
taines troupes, mais surtout du front occi- 
dental. On pourrait donc porter le premier 
échelon à 84 files, mais il serait impossible 
d'en faire autant pour le reste, car alors on 
affaiblirait le front ouest. Tout ceci ne con- 
cerne d'ailleurs que l'infanterie. En ce qui 
concerne l'artillerie, elle n'attelait jusqu'à 
présent en temps de paix que 4 pièces et 2 cais- 
sons par batterie et sa mobilisation durait 
18 jours. D'après le nouveau plan, elle attellera 
dans tous les arrondissements de la frontière 
6 pièces et 12 caissons. De cette façon elle 
pourra partir le 2^ ou le 3" jour de la mobili- 
sation. Dans les arrondissements de l'intérieur, 
l'artillerie attellera 4 pièces et 4 caissons et 
mobilisera en 12 ou 1 4 jours. Comme l'arron- 
dissement d'Odessa est compté parmi ceux de 
l'intérieur, l'amélioration pour les 7^ et 8^ corps 
serait donc faible. On pourrait porter, en 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 89 

tout OU en partie l'artillerie de l'arrondisse- 
ment d'Odessa au pied de paix renforcé. 
Quant à la cavalerie, elle se trouve toujours en 
état d'être mobilisée. On se propose d'ailleurs 
de n'en emmener qu'un régiment par corps 
d'armée.] 

[Pour ce qui est du transport et de l'embar- 
quement, ils peuvent être effectués sans délai 
par les i3'^ et ib" divisions et la 4^ brigade de 
tirailleurs qui sont à Odessa, Sébastopol et 
Simféropol. Le transport du reste des 7^ et 
8^ corps ne prendra pas plus de 2 ou 3 jours. 
Pour les deux autres corps, il faut prévoir 
6 jours.] 

[D'après les renseignements du chef de l'état- 
major, étant donné la faiblesse des moyens de 
transport dans la mer Noire, il faut un peu 
plus de temps actuellement pour les préparer 
que pour mobiliser. Par suite il pense que 
tant que leur préparation n'aura pas été amé- 
liorée, il n'est pas nécessaire de prendre des 
mesures pour activer la mobilisation.] 

[Le ministre de la marine confirme l'exac- 
titude de ce que vient de dire Jilinski. Actuel- 
lement le premier échelon ne peut pas être 
embarqué avant le 10^ jour.] 

2. Voies de communication nécessaires pour 
amener le corps expéditionnaire aux ports d'em- 



90 DOCUMENTS SECRETS 

barquement. [Jilinski dit qu'elles sont en 
général suffisantes. Celles conduisant à Odessa 
viennent d'être renforcées.] 

3. Moyens de transport nécessaires pour la des- 
cente. [Le ministre de la marine dit que nos 
moyens de transport dans la mer Noire sont 
complètement insuffisants. Ils sont d'ailleurs 
impropres au transport des troupes et il n'existe 
pas d'organisation régulière pour leur mobi- 
lisation. Le transport en un court délai d'un 
corps expéditionnaire nombreux ne peut être 
rendu possible que par une série de mesures 
exigeant des eff'orts de plusieurs administra- 
tions. Le ministre prie alors le capitaine Nemitz 
de donner à la Conférence des renseignements 
plus détaillés. Celui-ci dit que la préparation 
des transports exigeant actuellement lo à 
12 jours, il s'écoulera deux semaines entre le 
jour où la mobilisation sera déclarée et celui 
où aura lieu la descente. Si les vaisseaux s'en 
retournent aux points d'embarquement immé- 
diatement après la descente, ils ne pourront 
faire le second voyage qu'une semaine après 
le premier. Dans l'état actuel des choses, la 
quantité de troupes pouvant être transportée 
en une fois ne dépasse pas 20.000 hommes. 
Pour transporter en une fois un corps d'armée, 
il faudrait créer une organisation permettant 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 9Î 

de mobiliser tout l'effectif de notre flotte com- 
merciale dans la mer Noire, mais une partie 
seulement de celle-ci se trouve dans cette mer. 
En deux ou trois ans de travail, on arriverait 
à préparer le transport d'une plus grande 
quantité de troupes, 2 ou 3 corps d'armée par 
exemple, mais il serait nécessaire pour cela 
d'employer aussi les vaisseaux étrangers. Le 
principal moyen de faciliter le transport réside 
donc dans le développement de notre flotte de 
commerce. Pour y arriver, le Gouvernement 
devrait conclure avec les sociétés de navigation 
subventionnées (et en particulier avec la flotte 
volontaire) un accord pour qu'elles augmen- 
tent leurs flottes (spécialement avec des vais- 
seaux adaptés aux conditions de transport 
des troupes). L'addition de i5 transports de 
ce genre permettrait de porter à un corps^ 
la quantité de troupes passant en un seul 
voyage.] 

[Le prince Troubetzkoi souligne l'impor- 
tance de l'augmentation de notre flotte de la 
mer Noire, même au point de vue écono- 
mique. 95 "/o de notre exportation par la mer 
Noire a lieu sur des navires étrangers.] 

[Sur la proposition du ministre des affaires 
étrangères, la Conférence émet le vœu que 
l'on procède immédiatement à l'élaboration 



92 DOCUMENTS SECRETS 

de mesures pour renforcer notre flotte com- 
merciale dans la mer Noire.] 

[M. N. Giers revient à la question du délai 
nécessaire pour accomplir le transport. Le 
délai de deux semaines indiqué par Nemitz 
comme nécessaire pour l'arrivée de troupes 
devant Constantinople, peut, suivant Giers, 
être trop long dans certains cas. Si l'expédi- 
tion contre cette ville était provoquée par 
l'anarchie qui y régnerait et par le danger de 
massacre, il serait nécessaire d'agir extrême- 
ment rapidement. Il demande à combien on 
pourrait raccourcir le délai inévitable avant la 
descente.] 

[Nemitz répond que tout dépend du degré 
de préparation de la flotte de commerce. Si on 
pouvait militariser suffisamment la flotte vo- 
lontaire, une division sur pied de guerre pour- 
rait être transportée à Constantinople au bout 
d'une semaine.] 

[Sazonov exprime le vœu que tout le premier 
échelon de l'armée expéditionnaire (c'est-à- 
dire le corps combiné dont on se propose de 
Induire la mobilisation à 3 ou 4 jours), puisse 
aussitôt être embarqué et arrive de cette façon 
dans le Bosphore 4 ou 5 jours après la décla- 
ration de la mobilisation.] 

[Jilinski appelle l'attention sur l'importance 



PUBLIES PAR LES BOLCHEVIKS 93 

de munir dès le temps de paix: du matériel 
nécessaire (écuries démontables, cuisines, cha- 
loupes, etc.) les navires qui seront employés 
au transport des troupes. Le transport de l'ar- 
tillerie exige des préparatifs spéciaux. Il faut 
imposer aux compagnies subventionnées de 
munir leurs vaisseaux en conséquence. On 
établirait aussi dans les ports des dépôts des 
objets nécessaires à la descente.] 

[Après avoir fait remarquer que jusqu'à pré- 
sent très peu a été fait pour l'adaptation des 
navires au transport des troupes, le ministre 
de la marine dit que l'essai de descente qui 
sera accompli cet été dans la mer Noire don- 
nera beaucoup de renseignements utiles. Il 
renseignera aussi sur la rapidité avec laquelle 
elle peut être exécutée. A l'époque des ma- 
nœuvres d'été, on se propose de transporter 
sur le rivage du Caucase en deux voyages une 
division sur pied de guerre. La moitié de ces 
troupes descendra dans un port, mais l'autre 
sur un rivage dépourvu d'abri. Dans le premier 
cas, les conditions de descente seraient celles 
que nous rencontrerions si nous utilisions les 
ports bulgares; dans le second, les conditions 
seront les mêmes que pour une descente sur 
le rivage turc. Malheureusement, par économie 
et pour ne pas gêner le commerce, on ne 



^4 DOCUMENTS SECRETS 

peut pas y employer un grand nombre de 
\apeurs.] 

[Jilinski remarque qu'il serait utile d'avoir 
toujours prêts des vaisseaux de transport 
spéciaux. — Le ministre de la marine répond 
que cela nécessiterait de grandes dépenses qui 
pèseraient comme un poids'mort sur la flotte ; 
or, actuellement beaucoup de personnes (en 
particulier dans les corps législatifs) considè- 
rent que notre flotte n'est pas assez spécialisée 
pour le combat. — Cette objection, d'après 
Sazonov, n'est pas juste contre l'idée d'avoir 
des vaisseaux de transport militaires puisqu'ils 
seront destinés à une opération de guerre. — . 
IVemitz dit que l'état-major de la marine étudie 
la question de l'achat de quelques vapeurs 
pour les munir de ce qui est nécessaire pour 
le transport des chevaux. Comme leur trans- 
port présente des difficultés spéciales, cette 
mesure abrégera d'une façon essentielle la 
durée de la descente.] 

4. Forces maritimes dans la mer Noire. [La 
Conférence examine ensuite les moyens de 
mettre notre flotte de guerre de la mer Noire 
en état de dominer la flotte ottomane et 
de forcer les Détroits pour s'en emparer. 
Nenioukov dit que jusqu'à présent, notre flotte 
domine incontestablement la mer Noire, mais 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 95 

à l'automne de cette année deux dreadnoughis 
(le Rechad I, commandé par la Turquie en 
Angleterre et le Rio de Janeiro acheté au Brésil), 
viendront renforcer la flotte ottomane. Nous 
ne pouvons pas malheureusement leur op- 
poser un seul dreadnought dans la mer Noire 
et la supériorité passera donc à la flotte otto- 
mane. Tant qu'elle la possédera, nous ne pour- 
rons pas attaquer les Détroits. Cette situation 
ne changera que pendant l'été de 19 15, à la 
condition toutefois que la flotte turque n'ac- 
quière point de nouveaux navires, ce à quoi, 
le passé Ta montré, il n'y a même pas d'obs- 
tacles financiers. Grâce aux mesures énergi- 
ques prises par l'Amirauté, on est parvenu à 
hâter tellement la construction de nos dre- 
adnoughis sur les chantiers de la mer Noire 
qu'on peut compter que V Impératrice Marie et 
V Alexandre III seront prêts le i''' juin et le 
1*"' septembre de 19 r 5 au lieu de 1916 comme 
il était marqué dans les contrats. Ayant rap- 
pelé que l'on pense généralement que les 
dreadnoughts turcs sont supérieurs aux nôtres 
pour le combat, Nenioukov dit qu'ils n'ont 
pas en réalité une grande supériorité. 11 est 
vrai qu'ils ont une artillerie de i3 pouces 1/2 
(34 cm.) tandis que les nôtres n'en ont qu'une 
de 12 (3o cm.), de sorte qu'à tir égal les Turcs 



96 DOCUMENTS SECRETS 

auraient une supériorité incontestable, mais la 
flotte turque est munie de munitions anglaises 
qui sont beaucoup plus faibles que les nôtres 
à calibre égal, de sorte que l'on peut espérei' 
que les deux dreadnoughts turcs seront plus 
ou moins égalés par la mise en service de 
V Impératrice Marie et de 1 '/l lexandre III en 1 9 1 5 . 
La supériorité nous sera alors donnée par le 
reste de la flotte, c'est-à-dire par les quatre 
cuirassés déjà vieillis (Panteleimon, loan Zla- 
loousL Evstajii et Tri Svialitelia) qui ont une 
supériorité considérable sur les forces dont 
les Turcs disposeront avant l'arrivée de leurs 
dreadnoughts. A la fin de 191 5, notre flotte de 
la mer ^'oire sera encore renforcée par un 
troisième dreadnought du même type (le Ca- 
Iherine II) et en 1916 par deux croiseurs. Enfin 
on a décidé de construire un quatrième dre- 
adnought de même type que les autres, il doit 
être prêt en 191 7 et compléter la formation 
d'une brigade de dreadnoughts. Outre ce qua- 
trième dreadnought, on a encore résolu de 
construire 2 croiseurs, 8 torpilleurs, et 6 sous- 
marins qui seront prêts en 191 7. La piopor- 
tion dans laquelle notre domination sur la 
mer Noire sera afTermie par ces navires, dé- 
pend des armements ultérieurs tant des Turcs 
que de nous. Le programme turc prévoit Tac- 



PUBLIES PAR LES B O L C II E V I KS 97 

quisition de 6 dreadnoughts et de 12 torpil- 
leurs d'escadre, mais sa réalisation est natu- 
rellement très incertaine.] 

[Le ministre de la marine annonce que 
l'administration de la marine a l'intention 
de renforcer encore considérablement notre 
flotte dans les années suivantes par la forma- 
tion d'une seconde brigade de dreadnoughts 
complètement à la hauteur des progrès. — 
La Conférence accueille cette communication 
avec une grande satisfaction et souhaite que 
sa réalisation ait lieu le plus tôt possible. — 
Le ministre de la marine expose alors pourquoi 
on n'est pas arrivé à empêcher cette cession 
à la Turquie du Rio de Janeiro, si ennuyeuse 
pour nous. L'administration de la marine 
avait soulevé la question de son achat parla 
Russie, mais ensuite, elle fut informée par des 
sources anglaises que le vaisseau ne serait pas 
vendu. L'administration de la marine est ac- 
tuellement très soucieuse de ne pas laisser 
passer dans les mains de la Turquie d'autres 
dreadnoughts qu'elle pourrait acheter. D'après 
ses renseignements, le gouvernement argentin 
consentirait peut-être à vendre le Pàvadavia et 
le Moreno qu'il fait construire aux Etats L'nis. 
Le gouvernement chilien serait aussi disposé 
à vendre deux dreadnoughts du type Almirante 

7 



98 DOCUMENTS SECRETS 

Latorre. En l'absence d'autres unités à vendre, 
leur acquisition empêcherait un nouveau ren- 
forcement de la flotte turque et abrégerait la 
reconstitution de notre flotte. S. M. a approuvé 
ces considérations et a ordonné d'acheter les 
dreadnoughts qui se vendront. Les moyens 
peuvent en être obtenus sur l'article 117. Les 
dreadnoughts qui seront achetés formeront le 
noyau d'une nouvelle escadre de la Méditer- 
ranée dont la tâche stratégique sera de com- 
penser la supériorité de la flotte turque sur 
notre flotte de la mer Noire. — Giers exprime 
sa satisfaction de cette résolution. — Sazonov 
l'approuve, et fait remarquer l'importance que 
peut avoir l'apparition de nos navires dans la 
Méditerranée en détournant les forces turques 
de la mer \oire. — Giers s'étend sur la grande 
force morale que l'acquisition des deux dre- 
adnoughts a donnée aux Turcs. — Le ministre 
de la marine remarque que les Turcs ne se 
familiariseront pas tout d'un coup avec des 
vaisseaux aussi compliqués que les dre- 
adnoughts actuels, ils ne pourront pas les 
diriger sans l'aide d'étrangers et il faut au 
moins trois mois pour apprendre à commander 
de tels navires.] 

5. Chemins de fer du Caucase. [Jilinski dit 
que la défense nationale exige que l'on cons- 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 99 

Il Liise aussitôt que possible un chemin de fer 
traversant le Caucase. Tant que ça ne sera 
pas fait, notre armée, en cas de guerre sur la 
frontière turque, n'aura pas de communica- 
tions satisfaisantes avec l'arrière. La ligne de 
la mer Noire ne peut remplacer le Transcau- 
casien et est au plus un palliatif : elle peut être 
détruite de la mer et débouche à Souram 
d'une façon qui lui fait perdre beaucoup de 
son utilité. La construction d'une ligne trans- 
caucasienne est d'ailleurs indispensable pour la 
mobilisation des troupes du Caucase qui est 
très lente actuellement. Comme en cas d'at- 
taque contre Constantinople, on ne peut se 
dispenser d'attaquer sur la frontière turque, 
la construction du Transcaucasien doit être 
comprise parmi les mesures préparant l'attaque 
contre le Bosphore.] 

[Le prince Troubetzkoï fait remarquer que 
des combats sur la frontière russo-turque peu- 
vent résulter, soit d'un combat vers les Détroits, 
soit de troubles en Arménie. La construction 
du Transcaucasien diminuera le danger que 
présente pour nous la construction de chemins 
de fer dans les provinces turques voisines du 
Caucase, Interdire d'y construire des chemins 
de fer n'est plus possible. Nous avons dû con- 
sentir à la construction d'un réseau de chemins 



100 DOCUMENTS SECRETS 

de fer en Asie-Mineure et à reprendre en mains 
nous-mêmes la construction des chemins de 
fer de la zone frontière. La raison exige que 
nous terminions la construction du Transcau- 
casien avant que les chemins de fer turcs arri- 
vent à notre frontière.] 

[Jilinski dit qu'outre le Transcaucasien, il 
faut encore quelques chemins de fer straté- 
giques dans le Caucase : i" l'établissement de 
deux voies sur la ligne Tiflis-Kars-Sar\ kamych- 
Karaourgan (frontière turque) ; on est en train 
de l'exécuter ; 2° la construction d'une ligne 
allant de la station de Mikhaïlovo (près Sou- 
ram) jusqu'à Kars (par Borjom) ; elle aurait 
un embranchement jusqu'à Olty ; S"* une ligne 
de Batoum à Kars présenterait de l'utilité ; il 
semble d'ailleurs que des particuliers soient 
prêts à l'entreprendre.] 

La Conférence, avant de se séparer, chargea le 
ministre des affaires étrangères de soumettre à 
l'approbation de l'Empereur les projets préconisés. 
Celui-ci s'acquitta de cette commission à Tsarskoe 
Selo le 2 3 mars/ 5 avril 1914. L'Empereur écrivit 
sur le procès-verbal de la Conférence : J'approuve 
complètement ces conclusions. 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 101 



^4. _ Tentative de réconcilier la Bulgarie et la 
Serbie. (N^ Sg). 

LE 5 août, l'Autriche-Hongrie, déjà en guerre 
avec la Serbie depuis le 28 juillet, déclara la 
guerre à la Russie. Jusqu'alors la Russie n'avait 
soutenu la Serbie que par ses bons offices diploma- 
tiques ; ayant désormais le môme ennemi, elle dut 
penser à ce qui pouvait fortifier la cause commune. 
Une attaque de la Bulgarie contre la Serbie était à 
craindre, car la Turquie depuis le commencement 
de la crise donnait des marques visibles d'hostilité 
contre la Russie. D'autre part, la Roumanie était 
l'alliée de l'Autriche. On ne pouvait compter que 
sur la Grèce pour aider la Serbie en cas d'attaque 
bulgare, et il n'était pas certain que l'armée grecque 
put sauver la Serbie attaquée de deux côtés. Sazonov 
pensa donc faire une chose prudente en cherchant 
à réconcilier la Serbie et la Bulgarie sur la base du 
traité de 1912. Il envoya en conséquence le 28 juil- 
let/5 août le télégramme suivant au chargé d'af- 
faires de Russie en Serbie : 

Faites la communication suivante à Pachitch : 
A l'heure actuelle, il faut laisser de côté les 
petits calculs et agir résolument et vite. Par- 
tant de ce point de vue, nous croyons que la 
coopération de la Bulgarie, indépendamment 



102 DOCUMENTS SECRETS 

du résultat de la guerre, ne peut être assurée 
que si on lui remet maintenant Iclitip et 
Kotchana avec le territoire jusqu'au Vardar. 
En cas de guerre victorieuse, la Bulgarie rece- 
vrait le territoire désigné comme contesté dans 
l'art. 2 de l'annexe secrète à la convention 
serbo-bulgare du 29 février 1912 depuis le 
mont Golem (au nord de Kriva-Palanka) jus- 
qu'au lac d'Okhrida y compris Strouga. 

Si la Bulgarie voyait des difficultés à inter- 
venir par les armes, mais observait une neu- 
tralité loyale, elle pourrait être récompensée 
par Kotchana et Ichtip avec le territoire jus- 
qu'au Yardar, mais seulement en cas de guerre 
victorieuse. La Serbie en remettrait l'engage- 
ment à la Russie et celle-ci le remettrait à la 
Bulgarie. 

En faisant cette communication, dites à 
Pachitch notre point de vue général : iNous 
commençons une guerre qui exige la tension 
de toutes nos forces. Elle a été causée par la 
défense que nous avons prise de la Serbie. 
Avec l'aide de Dieu, elle conduira à l'accom- 
plissement de nos idéals nationaux. La Russie 
est certaine que le Gouvernement serbe ira 
sans hésitation au devant de son désir sacré de 
rétablir la fraternité des peuples et avant tout 
des Serbes et des Bulgares. Les sacrifices que 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 103 

la Serbie doit faire pour cela ne sont pas com- 
parables avec ceux que doit faire la Russie. Il 
va de soi que les conditions communiquées à 
Pachitch ne doivent pas être communiquées 
aussitôt aux Bulgares. Nous avons seulement 
besoin d'un consentement prompt et catégo- 
rique du Gouvernement serbe à donner à la 
Russie de pleins pouvoirs pour commencer les 
négociations sur les bases indiquées ci-dessus. 
Nous considérerions comme absolument per- 
nicieuse toute hésitation à l'heure actuelle. 

Le lendemain 24 juillet/6 août 1914, le chargé 
d'affaires russe Strandtmann télégraphiait de Nich 
à Sazonov : 

Informé du contenu de votre télégramme, 
Pachitch m'a dit qu'à son profond chagrin il 
ne pouvait absolument pas me donner la 
plus petite illusion au sujet de l'opinion de 
ses collègues du Cabinet concernant le plan 
d'action proposé par vous. Ils ne le compren- 
dront pas, il en est convaincu, car ayant ef- 
fleuré avec ses plus proches amis, ceux sur 
lesquels il compte, la question d'attirer la Bul- 
garie de leur côté en lui donnant des compen- 
sations territoriales, il s'est heurté au refus le 
plus décidé. Ils le fondent sur les considéra- 
tions suivantes ; la position de la Bulgarie est 



104 DOCUMENTS SECRETS 

telle qu'elle ne peut agir contre la Russie sans 
risquer son existence. La Grèce et la Roumanie 
garantissent la Serbie contre le danger d'être 
attaquée dans le dos par la Bulgarie et cette 
dernière en a été informée. Quoique les rap- 
ports de la Turquie et de la Bulgarie dans les 
derniers temps se soient considérablement 
améliorés, il n'en subsiste pas moins entre eux 
un manque de confiance ineffaçable. Le gou- 
vernement bulgare actuel voit les fautes du 
précédent, mais n'en accuse pas tant les Serbes 
que Guechoff et Daneff. Au sujet des senti- 
ments réciproques des deux peuples slaves 
voisins, il fimt craindre de faire coopérer deux 
armées qui, il y a un an, luttaient avec achar- 
nement l'une contre l'autre ; de plus l'impres- 
sion que produira sur l'armée serbe la nouvelle 
d'une cession de territoire à la Bulgarie en 
échange de son concours actif (que cette armée 
ne désire pas) échappe à toute prévision et 
pourrait être funeste aux forces morales de 
l'armée. Pachitch croit qu'il est infaillible que 
l'on arrivera prochainement à un rapproche- 
ment avec la Bulgarie. Il considère comme 
indispensable de récompenser la neutralité 
(( bienveillante » de la Bulgarie. La Russie 
pourrait lui déclarer que dans le cas d'obser- 
vation loyale de la neutralité, si la guerre a 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 105 

une issue heureuse, la Serbie lui concédera un 
territoire dont les limites exactes ne peuvent 
être déterminées actuellement. Exclusivement 
pour la formation de V. E., Pachitch me con- 
fia les traits généraux de la nouvelle frontière 
qu'il projette pour la Bulgarie : la Bregalnitza 
(avec Ichtip et Radoviclite aux Bulgares), puis 
au sud de l'embouchure de la Loukovitza dans 
la Bregalnitza, le long de la ligne de sépara- 
tion des eaux la plus proche du Vardar du 
côté oriental. Pachitch sait que le gouverne- 
ment roumain observe avec inquiétude les 
rapports serbo-bulgares et préférerait, si c'était 
nécessaire, apporter au traité de Bucarest des 
changements en commun avec tous les signa- 
taires, sans exclure la possibilité, pour apaiser 
définitivement la Bulgarie, d'obtenir pour elle 
des cessions d'autres que du Gouvernement 
serbe. Cette dernière particularité aurait 
l'énorme signification d'alléger considérable- 
ment sa responsabilité devant l'opinion pu- 
blique. Je dois ajouter à ceci que mon impres- 
sion, lors de mes dernières conversations avec 
Pachitch, a été que si la Serbie obtenait la 
Bosnie et une issue sur l'Adriatique, elle pour- 
rait céder davantage, mais qu'elle ne peut 
maintenant faire aucune déclaration là-dessus. 



106 DOCUMENTS SECRETS 



25. — Convention russo-roumaine de 1914. 

(N- 72-73 [7];. 

Note adressée au ministre de Boamanie en Russie 
{Tsarskoe Selo, 18 septembre/ P' octobre 19 lu). 

GOMME suite à nos conversations, j'ai l'hon- 
neur de vous faire la déclaration suivante : 

La Russie s'engage à s'opposer à toute 
atteinte au stata quo tcriitorial de la Roumanie 
dans ses frontières actuelles. Elle s'oblige 
également à reconnaître à la Roumanie le 
droit de s'annexer les portions de la monarchie 
austro-hongroise habitées par des Roumains. 
Pour la Bukovine le principe des nationalités 
servira de base à la déli mi nation des terri- 
toires annexés par la Russie et la Roumanie. 
Cette délimitation sera effectuée après des 
constatations faites sur les lieux. Pour cela, 
une commission interadministrative sera 
nommée et elle recevra des instructions pleines 
de l'esprit conciliant dont sont animés les deux 
gouvernements. 

La Roumanie peut occuper les territoires 
ci-dessus mentionnés quand elle le jugera 
bon. — La Russie s'oblige à faire approuver 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 107 

par les cabinets de Londres et de Paris les ins- 
tructions ci dessus. 

Il est entendu que la présente déclaration 
sera tenue secrète jusqu'au moment où la 
Roumanie annexera les territoires qui y sont 
mentionnés. 

Le même jour, M. Diamandi, ministre de Rouma- 
nie, accusait réception de cette lettre ; il ajoutait : 

En échange de cette déclaration, je suis au- 
torisé par M. Bratiano, président du Conseil 
des ministres de Roumanie, à vous dire que la 
Roumanie s'engage de son côté à garder une 
neutralité amicale à l'égard de la Russie 
jusqu'au moment oii elle occupera les parties 
de la monarchie austro-hongroise habitées par 
des Roumains. 



25 bis, — Accord au sujet des Détroits. 

[Pravda, 10/28 nov. 1917 (})]. 

Note. — Le 19 février/4 mars 19 15, le minis- 
tre des affaires étrangères remit aux ambassa- 



(1) Cette pièce et plusieurs autres que nous donnons plus 
loin n'ont pas été comprises par les Bolcheviks dans le Sbornik, 
quoiqu'ayant même origine que les documents dont il se 
compose. Nous indiquons pour chacune le numéro de la 
Pravda auquel elle a été empruntée. 



108 DOCUMENTS SECRETS 

deurs de France et de Grande-Bretagne un 
mémorandum où était exposé le désir d'unir 
à la Russie, en cas de succès, les territoires 
suivants : la ville de Gonstantinople, le rivage 
occidental du Bosphore, la mer de Marmara 
et les Dardanelles, la ïhrace méridionale jus- 
qu'à la ligne Enos-Midia, la côte de l'Asie 
Mineure entre le Bosphore, la rivière Sakaria 
et un point à déterminer plus lard sur le golfe 
d'Ismid ; les îles de la mer de Marmara et les 
îles d'Imbros et de Ténédos. Les droits de la 
France et de l'Angleterre dans les territoires 
ainsi délimités resteraient intacts. 

Les Gouvernements français et britannique 
donnèrent leur consentement sous condition 
de terminaison heureuse de la guerre et de 
satisfaction de toute une série de prétentions 
françaises et anglaises dans l'Empire Ottoman 
et ailleurs. 

En ce qui concerne la Turquie, ces préten- 
tions étaient : 

La déclaration que Gonstantinople serait un 
port franc pour le transit des marchandises ne 
venant pas et n'allant pas en Russie et la liberté 
du passage par les détroits pour les navires de 
commerce ; 

La reconnaissance des droits de l'Angleterre 
et de la France dans la Turquie d'Asie, 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 109 

après détermination précise par voie d'accord 
particulier entre la France, l'Angleterre et la 
Russie ; 

Le maintien des Lieux Saints musulmans et 
de l'Arabie sous un gouvernement musulman 
indépendant; 

L'inclusion dans la sphère d'influence an- 
glaise de la zone neutre établie en Perse par 
l'accord de 1907 entre l'Angleterre et la Russie. 

En acceptant ces demandes d'une façon géné- 
rale, le Gouvernement russe fit cependant 
quelques réserves : 

Dans le but de formuler nos désirs au sujet 
des Lieux Saints musulmans, il serait néces- 
saire de préciser dès maintenant s'ils restent 
sous la suzeraineté de la Turquie, le Sultan 
conservant le titre de Calife, ou si l'on se pro- 
pose de créer de nouveaux Etats. D'après 
nous, il serait souhaitable de séparer le Califat 
de la Turquie. En tout cas la liberté de pèle- 
rinage doit être assurée ; 

Tout en consentant à l'inclusion de la zone 
neutre de la Perse dans la sphère d'influence 
anglaise, le Gouvernement russe considère 
cependant comme équitable de convenir que 
les régions des villes d'Ispahan et de lezd 
seront assurées à la Russie et que la portion 
de zone neutre qui s'enfonce comme un coin 



110 DOC U M E x\ T S SECRETS 

entre les frontières russe et afghane et touche 
à la frontière russe à Zoulfagar, sera comprise 
dans la sphère d'influence russe ; 

Le Gouvernement russe considère comme 
désirable que la question de l'Afghanistan 
septentrional contigu à la Russie soit réglée 
conformément aux désirs exprimés par lui 
lors des pourparlers de 191^. 

Quand l'Italie prit part à la guerre, nos désirs 
furent communiqués au Gouvernement italien 
et il y donna son consentement sous condition 
d'une heureuse terminaison de la guerre, de 
la satisfaction des prétentions italiennes en 
général et de celles en Orient en particulier, 
et de la reconnaissance par nous à l'Italie dans 
les territoires qui nous seraient cédés de droits 
égaux à ceux de la France et de l'Angleterre. 



23 ter. — Alliance entre l'Entente et l'Italie. 

(Pravda, i5/j8 novembre 1917.) 

PAR ordre de son gouvernement, le marquis 
Imperiali, ambassadeur d'Italie à Londres, 
a l'honneur de communiquer à Sir Ed. Grey et 
à MM. Gambon et de Benckendorff le mémo- 
randum suivant :] 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 111 

Art. i. Une convention militaire devra être 
conclue immédiatement entre les états-majors 
généraux de France, de Grande-Bretagne, de 
Russie et d'Italie : cette convention fixera le 
minimum de forces militaires que la Russie 
devra employer contre l'Autriche-Hongrie si 
cette dernière voulant diriger toutes ses forces 
contre l'Italie, la Russie se décidait à attaquer 
principalement l'Allemagne. Cette convention 
réglera également les questions relatives aux 
armistices, pour autant que par leur nature 
ils sont compris dans la sphère du comman- 
dement suprême des armées. 

Art. 2. De son côté l'Italie s'engage à faire 
campagne avec tous les moyens à sa disposi- 
tion, d'accord avec la France, la Grande-Bre- 
tagne et la Russie contre les Puissances qui 
leur font la guerre. 

Art. 3. Les forces maritimes de la France et 
de la Grande-Bretagne devront coopérer éner- 
giquement avec l'Italie jusqu'au moment où la 
flotte autrichienne sera anéantie ou jusqu'au 
moment de la conclusion de la paix. Une con- 
vention maritime devra être conclue immé- 
diatement dans ce but entre la France, la 
Grande-Bretagne et l'Italie. 

Art. ^. Lors de la paix future, l'Italie devra 
obtenir : le Trentin, le Tyrol méridional dans 



112 DOCUMENTS SECRETS 

sa limite naturelle qui paraît être le Brenner» 
la ville de Trieste et ses environs, le comté de 
Goritz avec Gradisca, toute l'Istrie jusqu'au 
Quarnero (y compris Yolosca) et les îles 
istriennes de Cherso et de Lussin avec les 
petites îles de Plavnik, Unia, Canidoli, Palaz- 
zuola, San Pietro Nerovio, Asinello et Gruica, 
avec les îlots voisins. 

Remarque i. Comme complément à ce qui 
est dit à l'art. 4 ci-dessus, la frontière passera 
par les points suivants : depuis le sommet de 
rUmbrile dans la direction du nord jusqu'au 
Stelvio et ensuite jusqu'à la ligne de partage 
des eaux des Alpes Rhétiques, d'où elle ira 
aux sources des rivières Adige et Eisak. Elle con- 
tinuera ensuite {sic) par les monts (sic) Reschen 
et Brenner et par les sommets [des Alpes] de 
l'Œtz- et du Zillerlhal, puis descendra vers le 
sud et coupant au mont {sic) Toblach, attein- 
dra la frontière actuelle de la Carinthie sur les 
Alpes. Suivant celle ci, elle ira jusqu'au mont 
{sic) Tarvis, puis passera par la ligne de partage 
des eaux des Alpes Juliennes à travers les monts 
Prédit , Mangart, Triglav et les cols de Podberda, 
de Podlansko etd'Idria. De là, la frontière ira 
dans la direction du sud-est jusqu'au Schnee- 
berg de façon à ce que le bassin de la Save et 
de ses affluents reste exclu du territoire italien. 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 113 

Du Schneeberg, la frontière se dirigera vers la 
cote de façon à comprendre Castua, Matulje et 
Volosca dans le territoire italien. 

Art. 5. L'Italie obtient également la pro- 
vince de Dalmalie telle qu'elle est actuelle- 
ment, y compris au nord Lissarika et Trebînje, 
et au sud tout son territoire jusqu'à une ligne 
partant du rivage au cap Planka et se dirigeant 
vers l'est par la ligne de partage des eaux, de 
façon à ce que le territoire italien comprenne 
toutes les vallées formées par les rivières 
débouchant à Sebenico, telles que le Cicola, 
la Kerka et la Butisnica avec tous leurs affluents. 
L'Italie recevra également toutes les îles au 
nord et à l'est des côtes de la Dalmatie, en com- 
mençant au nord parles lies Premuda, Selvo, 
Ulbo, Skerda, Maon, Pago et Puntadura, etc., et 
en allant au sud jusqu'à Meleda, puis les îles de 
S. Andréa, Busi, Lissa, Lésina, Torcola, Cur- 
zola, Gazza et Lagosta avec tous les écueils et 
îlots qui les avoisinent, et l'île de Pelagosa, 
mais à l'exclusion des îles Zirona grande et 
piccolo, Bua, Solta et Brazza. 

Seront neutralisés : i) tout le rivage depuis 
le cap Planka au nord jusqu'à l'extrémité méri- 
dionale de la presqu'île de Sabbioncello au sud 
(y compris toute cette presqu'île) ; 2) la partie 
du rivage commençant à un point situé à 

8 



114 DOCUMENTS SECRETS 

10 kil. au sud du cap de Ragusa Yecchia et 
s'étendant au sud jusqu'à la rivière Voiussa, de 
façon que dans les limites de cette zone neutie 
soient compris tout le golfe de Cattaro avec 
ses ports, Antivari, Dulcigno, San Giovanni di 
Medua et Durazzo, sans que par là les droits 
du Monténégro, découlant des déclarations 
échangées en avril et en mai 1909, puissent 
être entravés. Toutefois, ces droits n'ayant été 
reconnus que pour les possessions actuelles du 
Monténégro, ils ne pourront pas être étendus 
aux terres et ports qui seraient dans la suite 
réunis au Monténégro, mais toutes les restric- 
tions légales, qui concernent le port d'Antivari, 
auxquelles le Monténégro lui-même a donne 
sa complète adhésion en 1909, demeurent en 
vigueur ; 3) les îles qui ne seront pas cédées à 
l'Italie. 

Remarque 2. Seront comprises dans les 
limites de la Croatie, de la Serbie et du Monté- 
négro par les Puissances de la Quadruple 
Entente les territoires suivants : au nord de 
l'Adriatique tout le rivage qui, commençant 
à la baie de \ olosca sur la frontière de l'Istrie, 
va jusqu'à la frontière septentrionale de la 
Dalmatie et comprend toute la côte apparte- 
nant actuellement à la Hongrie et toute la côte 
de la Croatie, le port de Fiume et les petits 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 115 

ports de Novi et de Garlopago, avec les îles 
de Veglia, Pervico, Gregorio, Kali et Arbe ; 
sur l'Adriatique méridionale, où sont inté- 
ressés la Serbie et le Monténégro, toute la côte 
depuis le cap Planka jusqu'à la rivière Drin 
avec les importants ports de Spaiato, Raguse, 
Cattaro, Antivari, Dulcigno et San Giovanni 
di Medua et avec les îles Zirona piccola et 
grande, Buja, Solta, Brazza, Jaklian et Gala- 
motta. 

Le port de Durazzo pourra être donné à un 
Etat mahométan albanais indépendant. 

Art. 6. L'Italie reçoit en toute propriété Yal- 
lona, l'île Saseno et un territoire suffisamment 
étendu pour rendre leur défense possible, com- 
pris approximativement entre la rivière Voiussa 
au nord et à lest et allant au sud jusqu'aux 
limites du cercle de Chimara. 

Art. 7. L'Italie, obtenant le Trentin et 
ristrie par l'article 4, la Dalmatie et les îles 
de l'Adriatique par l'article 5 et le golfe de 
Yallona, devra, en cas de formation en Alba- 
nie d'un petit État autonome neutralisé, ne 
pas s'opposer au désir qu'auraient la France, 
la Grande-Bretagne et la Russie de répartir 
entre le Monténégro, la Serbie et la Grèce les 
confins septentrionaux et méridionaux de 
l'Albanie. La côte méridionale de celle-ci depuis 



116 DOCUMENTS SECRETS 

la frontière de la province italienne de Yallona 
jusqu'au cap Stylos est soumise à la neutra- 
lisation. 

L'Italie recevra le droit de diriger les rela- 
tions extérieures de l'Albanie ; eu tout cas, 
elle sera obligée de veiller à ce que l'Alba- 
nie ait un territoire suffisamment étendu 
pour que ses frontières touchent à l'ouest 
du lac d'Okhrika celles de la Grèce et de la 
Serbie. 

Art. 8. L'Italie reçoit en pleine propriété 
toutes les îles du Dodécanèse qu'elle occupe, 
actuellement. 

Art. 9. La France, la Grande-Bretagne et la 
Russie reconnaissent le fait que l'Italie est 
intéressée au maintien de l'équilibre dans la 
Méditerranée et son droit à obtenir en cas de 
partage de la Turquie une part égale à la leur 
danslebassin»de cette mer, et spécialement dans 
cette partie qui touche à la province d'Adalia où 
l'Italie a déjà acquis des droits particuliers et 
des intérêts expliqués dans la convention italo- 
britannique. La zone qui doit être remise à 
l'Italie sera [délimitée avec plus de précision 
en temps opportun et en liaison avec les inté- 
rêts vitaux '"de la France et de la Grande-Bre- 
tagne. Les intérêts de l'Italie seront également 
pris en considération dans le cas où l'inté- 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 117 

grité territoriale de la Turquie d'/Vsie serait 
maintenue par les Puissances pour une période 
de temps éloignée et s'il ne s'agissait entre 
elles que d'une délimitation des zones d'in- 
fluence. Dans ce cas, si la France, la Grande- 
Bretagne et la Russie, au cours de cette guerre, 
s'emparaient de provinces de la Turquie d'Asie, 
toute province conliguë à celle d'Adalia... 
devra être laissée à l'Italie qui se réserve le 
droit d'en prendre possession. 

Art. 10. En Lybie, tous les droits encore 
réservés au Sultan par le traité de Lausanne 
sont reconnus à l'Italie. 

Art. a. L'Italie recevra une part d'indem- 
nité correspondant à ses sacrifices et à ses 
efforts. 

Art. 12. L'Italie s'unit à la déclaration faite 
par la France, l'Angleterre et la Russie, au 
sujet de la remise de l'Arabie et des Lieux 
Saints musulmans à une puissance musulmane 
indépendante. 

Art. 13. En cas d'extension des possessions 
coloniales françaises et anglaises aux dépens 
-de l'Allemagne, la France et la Grande-Bre- 
tagne reconnaissent en principe à l'Italie le 
droit d'exiger des compensations par l'exten- 
sion de ses possessions dans l'Erythrée, le 
Somaliland, la Lvbie et les territoires colo- 



118 DOCUMENTS SECRETS 

niaux voisins des colonies françaises et an- 
glaises. 

Art. iù. L'Angleterre s'oblige à faciliter ù 
l'Italie la réalisation immédiate sur le marché 
de Londres, à des conditions avantageuses, 
dun emprunt d'au moins 5o millions de livres 
sterling. 

Art. 15. La France, l'Angleterre et la Russie 
prennent l'engagement de soutenir l'Italie en 
ce qui concerne la non-admission de repré- 
sentants du Saint-Siège dans quelque démarche 
que ce soit relative à la conclusion de la paix 
ou au règlement de questions liées à la pré- 
sente guerre (^). 

Art. 16. La présente convention devra être 
tenue secrète. En ce qui concerne l'adhésion 
de l'Italie à la déclaration du 5 septembre 191 4, 
cette déclaration ne sera publiée qu'après que la 
guerre aura été déclarée à l'Italie ou par l'Italie. 



(') Le texte exact de l'art. i5 est le suivant : 

« La France, la Grande-Bretagne et la Russie appuieront 
l'opposition que l'Italie formera à toute proposition tendant à 
introduire un représentant du Saint-Siège dans toutes les 
négociations pour la paix et pour le règlement des questions- 
soulevées par la présente guerre. » 

C'est la différence des deux textes qui a permis à M. Sonnino 
(!c déclarer — non sans quelque artifice — à la séance de la 
Cliambre italienne du i3 février 19 iS, que le texte entier du 
traité tel que l'avaient publié les Bolcheviks, et que venait de 
Je lire le député Bevione, était inexact. 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 119 

[... Les représentants de la France, de la 
Grande-Bretagne et de la Russie expriment 
leur plein consentement à ce qui est dit dans 
le présent mémorandum... En ce qui concerne 
les articles i, 2 et 3, relatifs à l'entente des 
autorités militaires et navales des quatre puis- 
sances, l'Italie déclare qu'elle interviendra 
activement aussitôt que possible, et en tout cas, 
pas plus tard qu'un mois après la signature du 
présent document.] 

Londres, 26 avril 191 5. Signé : Sir E. Grey, 
Cambon, marquis Imperiali, comte Bencren- 

DORFF. 



26. — Convention secrète pusso-japonaîse. (N" 3). 

LA Russie et le Japon] pour raffermir les 
liens d'étroite amitié établis entre eux par 
les conventions secrètes du 17/30 juillet 1907, 
du 21 juin/4 juillet 1910 et du 25 juin/8 juil- 
let 191 2, ont convenu de les compléter par 
les articles suivants : 

i. Les Hautes Parties contractantes recon- 
naissent que les intérêts vitaux de l'une et de 
l'autre exigent que la Chine soit préservée de 
la domination politique d'une tierce puissance, 



120 DOCUMENTS SECRETS 

quelle qu'elle soit, nourrissant des intentions 
inimicales à l'égard de la Russie ou du Japon ; 
par suite, elles s'obligent à l'avenir, chaque 
fois que les circonstances l'exigeront, à entrer 
Tune avec l'autre en rapports loyaux et fondés 
sur une pleine confiance pour prendre en 
commun les mesures suivantes ayant pour 
objet de rendre impossible l'établissement en 
Chine d'un pareil ordre de choses. 

2. Si à la suite des mesures prises d'un com- 
mun accord par la Russie et le Japon sur la 
base de l'article précédent, une tierce puissance 
déclarait la guerre à l'un des contractants, 
l'autre devra, sur la demande de son allié, 
venir à son aide ; chacune des Hautes Parties 
contractantes s'oblige dans le cas où se pro- 
duirait une telle situation à ne pas conclure 
la paix avec l'ennemi commun sans avoir 
obtenu préalablement le consentement de son 
allié. 

3. Les conditions auxquelles chacune des 
Hautes Parties contractantes donnera à l'autre 
Partie, conformément à l'article précédent, son 
concours armé, et les voies par lesquelles ce 
concours devra être réalisé, devront être con- 
venues en commun par les autorités compé- 
tentes des deux puissances. 

4. L'une et l'autre des Hautes Parties ne 



PUBLIES PAR LES BOLCHEVIKS 121 

sera obligée de fournir son aide armée à l'autre, 
conformément à l'art. 2, qu'autant que les 
4illiés de celle-ci lui donneront des garanties 
qu'ils lui fourniraient, dans la mesure de leurs 
moyens, une aide répondant au sérieux du 
conflit. 

5. La présente convention entre en vigueur 
le jour de sa signature et demeure en force jus- 
qu'au i/i4 juillet 1921. [Dans le cas 011 l'une 
des Parties ne la dénoncerait pas 12 mois avant 
l'expiration de ce délai, elle restera en vigueur 
jusqu'à une année après sa dénonciation.] 

6. La présente convention devra rester abso 
lument secrète pour tous... 

Petrograd, 20 juin/3 juillet 19 15. Signé : 
Sazonov, Motono. 



27. — Ferdinand de Bulgarie à Savinski. (N° 64). 

IETTRE extrêmement afTectueiise adressée à ce 
J ministre plénipotentiaire de Russie à Sofia en 
T915, lors de la rupture des relations entre la 
Russie et la Bulgarie. Le roi met son meilleur 
Avagon à sa disposition pour aller jusqu'à Rous- 
tchouk et y passer la nuit. Un adjudant-général 
l'accompagnera. (Samedi midi, sans date.) 



122 DOCUMENTS SECRETS 



28. — Plan d'Alekséev en novembre 1915. 

(N° 12). 

Sazonov aux ambassadeurs à Paris, Londres 
et Rome {li /2U novembre 1915). 

A raison de l'extrême difficulté de rompre 
la résistance des Allemands, tant sur le 
front occidental que sur l'oriental, le général 
Alekséev considère comme indispensable de 
chercher une nouvelle voie pour que les 
Alliés, toutes leurs forces étant réunies, portent 
un coup décisif à notre ennemi sur son côté le 
plus vulnérable. Pour cela, à son avis, il con- 
viendrait de ne laisser sur les fronts occiden- 
tal et oriental que les troupes nécessaires pour 
la défensive, puis on réunirait rapidement 
dans la péninsule balkanique au moins dix 
corps d'armée anglo-français, on rejetterait les 
Austro- Allemands sur le Danube et, conver- 
tissant la Serbie en base pour les opérations 
ultérieures, on développerait une offensive sur 
Budapest. De notre côté, dix corps russes au 
moins entreprendraient simultanément une 
offensive sur Budapest pour donner la main 
aux Alliés. Ce mouvement concerté permet- 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 123 

trait aux Italiens dans le même temps de 
s'avancer sur Vienne pendant que les Serbes 
garderaient l'arrière contre les Bulgares. Le suc- 
cès d'une pareille offensive pourrait non seule- 
ment entraîner enfin la Grèce et la Roumanie, 
mais encore donner définitivement un tour 
nouveau à la guerre à notre avantage. 

Veuillez porter ceci absolument confiden- 
tiellement à la connaissance du Gouvernement 
français (etc.) et lui exprimer l'espoir que le 
plan du général Alekséev obtiendra l'approba 
tion générale et une prompte réalisation. 



29. — La France demande des troupes russes. 

(N° 56). 

Le prince N. Koadachev à S. D. Sazonov (da 
quartier-général impérml, le i/iU décembre 
1915). 

Paul Doumer est venu hier de Petrograd. 
Il a eu riionneur d'être invité à la table 
impériale et d'être reçu en audience privée par 
S. M. Après l'audience, M. Paul Doumer est allé 
trouver le général xVlekséev et a eu avec lui 
une longue conversation. Le chef de fétat- 
major m'a demandé de lui servir d'interprète. 



124 DOCUMENTS SECRETS 

car quoique comprenant bien le français, il 
s'exprime avec difficulté dans cette langue. Il 
m'a chargé de vous faire connaître confiden- 
tiellement cette conversation, son objet étant 
plutôt de la compétence du ministre de la 
guerre que de celle du chef de l'état-major 
général. 

Le but du voyage de Doumer (il vous est 
sans doute connu) a semblé être d'obtenir le 
consentement de S. M. et de son chef d'état- 
major à l'envoi de soldats russes en France. 
Les Français s'en réfèrent à leurs pertes 
effroyables en hommes (en moyenne i/jo.ooo 
par mois), à la quantité limitée de matériel 
humain en France (on y a déjà appelé sous 
les drapeaux plus de lô "/o de la population), 
et à la signification fatale qu'aurait non seule- 
ment pour la France elle-même, mais aussi 
pour la Quadruple-Alliance, la rupture de la 
ligne française, qui se trouve si près du cœur 
de la France. Pour empêcher cette rupture, 
les Français ont tout ce qu'il faut, sauf une 
quantité suffisante d'hommes : ils se tournent 
vers leurs Alliés pour l'avoir. Exposant sa 
demande d'une façon tout à fait persuasive et 
élégante, M. Doumer eut l'imprudence d'in- 
sister trop sur les services réciproques que se 
rendent les Alliés. Les Français nous donnent 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 125 

des fusils (il nous en a promis encore iSo.ooo 
en sus de ceux promis précédemment), nous 
leur donnerons des hommes. Cette proposition 
d'échanger des objets inanimés contre des 
hommes vivants a humilié particulièrement le 
général Alekséev, déjà peu enclin à envoyer 
nos soldats en groupes séparés à des expédi- 
tions lointaines et énigmatiques. Il a répondu 
à Doumer que la question de cette expédition 
était trop importante pour pouvoir répondre 
sur-le-champ, que d'ailleurs à première vue il 
trouve beaucoup d'inconvénients et de diffi- 
cultés à satisfaire la demande des Français, 
mais qu'il est particulièrement tourmenté de 
la responsabilité morale à l'égard de ces 
hommes que l'on se propose d'envoyer se battre 
parmi des étrangers, sur une terre étrangère, 
sous des chefs étrangers. Il fit même allusion 
à la possibililé du découragement parmi eux, 
ce qui ne se produirait pas s'ils combattaient 
sur leur terre natale, pour un but compris 
d'eux, etc. Finalement, il dit qu'il en conférera 
avec le ministre de la guerre et que c'est celui- 
ci qui fera connaître ce qui aura été décidé en 
dernier ressort. Le seul point sur lequel il a 
donné son consentement a été la formation en 
Russie d'un ou de deux régiments (composés 
surtout de volontaires) qui seraient envoyés en 



126 DOCUMENTS SECRETS 

France à titre d'expérience. De plus, il est 
nécessaire que ce détachement soit complète- 
ment spécialisé et que les éléments étrangers 
qui y entreront ne comprennent qu'un nombre 
déterminé d'officiers français, puisque nous 
ne pouvons pas donner suffisamment de nos 
officiers. Enlin, il est entendu que ce détache- 
ment ne doit pas être pris sur le front, mais 
dans les réserves ou dans les nouvelles levées. 
Il est visible que les deux interlocuteurs ne 
paraissent pas avoir été très satisfaits du résul- 
tat de leur conversation. Le soir même, le 
général Alekséev me dit qu'il n'appuiera guère 
la demande française. Il ajouta qu'il faudrait 
vraisemblablement tout de même faire quelque 
chose pour nos Alliés et envoyer une de nos 
divisions en France, mais que là se borneront 
nos secours en hommes (Doumer demandait 
l'envoi de 4o.ooo hommes par mois). Le géné- 
ral Alekséev n'a pas fait mention à M. Doumer 
de l'envoi de cette division. 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 127 



30 — Projet de paix séparée avec la Turquie. 

(N° 5). 

Le prince N. Koudachev à S. D Sazonov {du quar- 
tier-général de l'Empereur, le 5/18 février 1916). 

LE 5 août, quand les Turcs apprirent que l'An- 
gleterre avait déclaré la guerre à l'Allemagne, 
leur situation aurait dû être claire pour eux : ils ne 
pouvaient plus attaquer la Russie sans tomber à la 
discrétion de la Bulgarie. Si cette puissance se joi- 
gnait à l'entente pour écraser la Turquie, cette 
dernière, prise entre la Bulgarie, la Russie, l'An- 
gleterre et la Grèce, était perdue. Les Turcs atta- 
quèrent cependant et leur châtiment traîna d'abord. 
C'est que la Bulgarie ne voulait marcher que si on 
lui donnait Constantinople. La Russie, à qui elle 
était promise, ne put se résoudre à acheter de ce 
prix le concours bulgare. Le résultat en fut d'abord 
la perte de Varsovie, Lemberg, Czernowitz, Vilna 
et Mitau, puis celle de la Serbie et du Monténégro. 
L'optimisme diminua alors, comme le prouve la 
lettre suivante : 



Hier, sur l'invitation du général Alekséev, 
i'ai examiné avec lui comment utiliser le plus 
avantageusement la prise d'Erzeroum par nous. 
Il n'y a pas de doute que ce succès détermine 



128 DOCUMENTS SECRETS 

le moment psychologique connu et il convient 
de ne pas le laisser passer. S'il est reconnu 
qu'il est avantageux de conclure la paix ^vec 
les Turcs, il ne faut pas perdre de vue qu'un 
moment aussi favorable ne se retrouvera pas 
d'aussitôt... 

On pourrait aussi utiliser le brillant succès 
de notre armée du Caucase exclusivement pour 
son développement militaire, mais cela ne 
serait pas facile, étant donné le nombre relati- 
vement insignifiant de nos troupes pour de 
vastes espaces comme ceux du front du Cau- 
case, toujours considéré comme secondaire, et 
de l'impossibilité, selon les' mots du général 
Alekséev, de retirer un seul soldat du front 
principal. 

Sans vouloir se faire l'avocat d'une réconci- 
liation à tout prix avec la Turquie, le général 
Alekséev m'a prié de vous confier quelques- 
unes de ses pensées à ce sujet... 

Quels qu'aient été nos espoirs et nos calculs 
d'utiliser l'intervention de la Turquie pour 
nous dédommager à ses dépens lors de la con- 
clusion de la paix, nous devons reconnaître 
que nos calculs ne se sont pas trouvés justes 
et n'ont plus guère de chance de le devenir. 
D'autre part, si la guerre se prolonge, après sa 
terminaison, toute entreprise nous deviendra 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 120 

fort pénible. Ce serait en particulier le cas de 
celle contre les Détroits. Sur cette question, 
les généraux Danilov et Alekséev sont absolu- 
ment du même avis. (Sur l'opinion de Dani- 
lov, vous vous rappelez mes leltres de décembre 
191/1 et de janvier igiB). Pour nous l'impor- 
tant est d'atteindre notre but principal qui 
doit être de vaincre notre ennemi principal. 
De là dépend le rétablissement de notre fron- 
tière et la reprise du territoire perdu. Notre 
principal adversaire est l'Allemagne, et comme 
il est certes plus important pour nous de 
recouvrer la Courlande que de conquérir les 
Détroits, notre premier but doit être l'écrase- 
ment de l'Allemagne. C'est une tâche si diffi- 
cile que son accomplissement exige toutes nos 
forces... et le sacrifice de quelques-unes de nos 
espérances... INous pouvons proposer la paix 
à la Turquie sans rien sacrifier de nos inté- 
rêts réels et en renonçant seulement pour un 
certain temps à nous emparer des Détroits. 
Elle aurait pour base le staia quo ante hélium 
avec rétablissement des capitulations et des 
autres droits acquis par traités. De plus, on 
exigerait l'éloignement des Allemands et on 
promettrait de protéger la Turquie contre 
l'Allemagne en cas de représailles de cette 
dernière. Si la paix avec la Turquie était réta- 

9 



130 DOCUMENTS SECRETS 

blie sur cette base, l'armée du Caucase devien- 
drait disponible... On pourrait la transporter 
en Bessarabie et peut-être ainsi entraîner la 
Roumanie, ou, si la Turquie le demandait, 
l'envoyer défendre Constantinople. L'Angle- 
terre respirerait plus librement quand les dan- 
gers de l'expédition d'Egypte et du mouvement 
musulman auraient disparu. Elle pourrait diri- 
ger son armée d'Egypte (9 divisions) à Salo- 
nique et à Kavalla, faire changer l'attitude de 
la Bulgarie, et avec l'armée serbe reconstituée 
et les troupes françaises et italiennes délivrer 
la Serbie. Si la Turquie cesse d'être notre 
ennemie, tout change dans les Balkans en 
notre faveur... Sans doute nous devons sacri- 
fier quelques beaux rêves pour y arriver, mais 
rien ne nous empêche de continuer à les cares- 
ser dans l'avenir. . . 

Je vois que j'ai un peu emmêlé mes pensées 
avec celles du général Alekséev, quoique j'aie 
très nettement exprimé ces dernières. Bien que 
le général Alekséev déclare avec instance qu'il 
ne désire pas passer pour le champion et l'ini- 
tiateur de la paix avec la Turquie, dans le fond 
de mon âme je suis convaincu qu'il la consi- 
dère comme la chose la plus favorable pour 
nous. 

Sans doute les difficultés de cette paix sépa- 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 131 

rée ne seront pas petites... Il faudra persuader 
les Turcs. On pourra agir sur eux par la 
logique et par l'argent. Je suis convaincu 
qu'une fois qu'ils seront convaincus qu'on ne 
leur demande plus de céder leur capitale, il ne 
sera pas difficile de leur faire comprendre qu'ils 
tirent les marrons du feu pour les Allemands. . . 



31. — Constantin à la Reine Olga. ÇS" i8). 

LE 5/i8 février 1916, Constantin, roi de Grèce, 
écrivit d'Athènes à la reine Olga, sa mère, qui 
§e trouvait à Saint-Pétersbourg, la lettre suivante 
qui prouve que les ménagements des Alliés envers 
ce traître étaient dus aux sentiments de solidarité 
monarchique du Tsar : 

Merci. Les actes des Alliés sont très sus- 
pects. Ils occupent des îles terrorisées par la 
faim sous le prétexte que la population désire 
Vénizélos. Je crains des pièges et qu'on ne 
nous déclare la guerre après avoir enfermé nos 
armées dans le Péloponèse. Si l'Empereur 
persistait dans ses demandes, les Alliés seraient 
forcés de se désister. La France a pris l'initia- 
tive aujourd'hui, grâce à ses sombres plans. 
Elle patronne ouvertement la politique de 



132 DOCUMENTS SECRETS 

Vénizélos, lui fournissant des armes et exci- 
tant à la révolution. L'Empereur connaît mon 
honnêteté. Elle rend inutile et ridicule toute 
mesure qui exclurait une indemnité pour les 
dommages. 



32. — L'archevêque Evdokim à Sturmer, 

(N- 33-34), 

1. 21 février 1916. Il le complimente de sa nomi- 
nation à la présidence du Conseil des minisires. 
Lui-même vit en Amérique où il a beaucoup de tra- 
vail. L'église épiscopalienne désire faire cause com- 
mune avec eux et il faut entretenir avec soin les 
bons rapports avec elle. Les uniates russo-hongrois 
s'éveillent du sommeil magyaro-latin. 11 en est de 
même de ceux de la Galicie. Serbes, Arabes, Rou- 
mains, Albanais, Grecs et même Bulgares de- 
mandent de l'aide. Il y a des infortunes sans 
nombre à secourir, mais les conversions augmentent 
et de i8 paroisses il y a 20 ans nous sommes mon- 
tés à 4oo. Malheureusement la Russie ne veut pas 
aider la Mission qui a cependant envoyé plus de 
3oo mille roubles pour les besoins de la guerre et 
qui est en partie la cause de ce qu'il y a de sympa- 
thie pour la Russie en Amérique. 

2. New York, U mars 1916. Les révolutionnaires 
de toute espèce attaquent avec acharnement la 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHETVIKS 133 

nalion russe. Ils ont accaparé presque toutes les 
branches d'activité sociale. Pour lutter contre eux, 
Evdokim a acheté à New York une maison de six 
étages qui contient 200 chambres et où il leur fera 
concurrence. Il demande une subvention, car elle a 
coûté 160.000 roubles. 

Celui qui a organisé l'irruption dans l'apparte- 
ment de Stolypin est en Amérique. 



33. — Khvostov et Sturmer. (N° 19). 

LA lettre suivante, interceptée par les agents du 
premier ministre Sturmer, donne une idée de 
ce que dans la haute société russe on pensait des 
ministres qui avaient la faveur du Tsar et de l'avenir 
de son gouvernement. Khvostov, ministre de l'inté- 
rieur, était tombé pour avoir été pris organisant 
avec les crédits budgétaires des manifestations de 
paysans contre la Douma. 

Le comte L. Ignatiev (Petrograd, 15/28 mars 
1916) à la comtesse E. L. fgnatieva, à Bosyi 
Brod {gouv. de Kiev). 

ïu écris : ce malheureux Khvostov. Mais 
cette révoltante histoire de Khvostov et de 
Béletski (pour parler comme les anciens) est 
sans exemple dans l'histoire du ministère de 



134 DOCUMENTS SECRETS 

l'intérieur. On dit qu'une enquête sénatoriale 
aura lieu pour examiner leur gestion. Khvostov 
le lendemain de sa révocation a quitté le 
ministère et la maison est vacante. 11 ne sou- 
riait d'ailleurs pas à Sturmer, entre nous, 
d'aller dans l'immeuble gouvernemental, car 
lui non plus ne pourra pas y rester long- 
temps... 

Je peux beaucoup pleurer et dire des choses 
inutiles, mais l'événement du 17 octobre, étant 
donnés les signes croissants de faiblesse du 
pouvoir, prend des mesures toujours plus 
grandes, et Sturmer et C'*" n'arrêteront pas, 
hélas I la marche des événements. 

Malgré les attaques des droitiers, mon frère 
Paul a eu à la Douma le triomphe attendu. Il 
était très ému, mais les octobristes et les 
gauches l'ont convaincu que son budget pas 
sera brillamment. Avec Sturmer, ses rapports 
sont supportables et en tout cas meilleurs 
qu'avec Goremykin. 



34. — Compensations offertes à la Grèce. (N° 67). 

I. OJfre de r Albanie méridionale. Le 22 no- 
vembre 191 4, les envoyés de Russie, d'Angle- 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 135 

terre et de France à Athènes pioposèrent au 
Gouvernement grec la partie méridionale de 
l'Albanie (à l'exclusion de Vallona) si elle 
aidait immédiatement la Serbie. Pour agir 
immédiatement, Venizelos exigea « une ferme 
garantie de la Roumanie » contre une attaque 
bulgare. Cette garantie n'ayant pas été 
donnée, la Grèce n'aida pas la Serbie, et la 
proposition tomba. 

2. Offre à la Grèce d'un territoire en Asie 
Mineure. Le 12 janvier 191 5, l'envoyé anglais 
à Athènes, d'ordre de son gouvernement, 
déclara à Venizelos que si la Grèce, au moment 
d'une nouvelle attaque de l'Allemagne contre 
la Serbie, secourait cette dernière, les Gouver- 
nements ;( reconnaîtraient à la Grèce d'impor- 
tantes acquisitions territoriales sur la côte de 
l'Asie Mineure ». Le 1 5 janvier 1916, les envoyés 
grecs à Petrograd, Paris et Londres, remirent la 
réponse du Gouvernement grec à la proposi 
lion anglaise : elle contenait une série de condi- 
tions. Le 20 janvier 1915, Venizelos, dans une 
conversation avec l'envoyé anglais, indiqua 
plus nettement les desiderata du Gouverne- 
ment grec en Asie Mineure. Ces pourparlers 
furent retardés par d'autres au sujet de l'entrée 
de la Bulgarie dans l'Entente (ce qui était une 
des conditions grecques) et furent intcr- 



136 DOCUMENTS SECRETS 

rompus par la démission de Yenizelos le 
2 1 février 1910. 

Le 9 mars 19 15, le ministre des affaires 
étrangères grec Zographos remit aux trois 
envoyés à Athènes une note dans laquelle le 
Cabinet Gounaris exprimait le désir de 
reprendre les pourparlers interrompus par le 
départ de Venizelos. Le 3o mars, les envoyés 
des puissances de l'Entente répondirent en 
déclarant que les Gouvernements russe, 
anglais et français étaient prêts à garantira la 
Grèce des acquisitions dans le vilayet d'Aïdin, 
si elle attaquait la Turquie. Ils ajoutèrent ver- 
balement que la proposition deviendrait nulle 
si la Grèce ne s'engageait pas à attaquer immé- 
diatement. Le Cabinet Gounaris répondit le 
1" avril 191 5 [qu'il était prêt à attaquer, mais 
seulement après que les puissances de l'Entente 
se seraient préparées à agir contre la Turquie 
conjointement avec les armées grecques. De 
plus, il était exigé une garantie formelle de 
l'intégrité de la Grèce (y compris l'Epire sep- 
tentrionale et les îles) pour la durée de la 
guerre et pour une certaine période ensuite- 
Les acquisitions territoriales de la Grèce en 
Asie Mineure et dans d'autres lieux devaient 
être l'objet de négociations postérieures. Les 
pourparlers ne furent pas renouvelés pendant 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 137 

un mois et le i''' mai le ministre des affaires 
étrangères grec déclara que les Puissances de 
l'Entente n'ayant évidemment pas l'intention 
de garantir l'intégrité territoriale de la Grèce, 
le Cabinet Gounaris prenait la résolution de 
garder désormais la neutralité. 

3. La question de la cession de Kavalla par les 
Grecs. Le 20 janvier igiô, Venizelos chargea 
l'envoyé anglais à Athènes d'avertir Grey que, 
d'accord avec le Roi, il consentait à céder 
Kavalla aux Bulgares sous condition que la 
Bulgarie s'allierait à l'Entente. Après le départ 
de Venizelos, les vues du Gouvernement grec 
au sujet de la cession de Kavalla changèrent et 
dans une note du 18 mai igiô, il protesta 
contre la déclaration que firent le 16 mai les trois 
envoyés de l'Entente à Sofia à Radoslavov 
au sujet du consentement de leurs gouver- 
nements à employer tous leurs efforts pour 
assurer à la Bulgarie la cession de Kavalla. Il 
ne fut pas répondu à cette protestation. 

Le 21 juillet 1915, les envoyés de Russie, 
d'Angleterre, de France et d'Italie communi- 
quèrent au ministre grec des affaires étran- 
gères la partie de la déclaration faite simulta- 
nément par l'envoyé britannique à Sofia, qui 
concernait la question de la remise de Kavalla 
avec son hinterland aux Bulgares. Les dimen- 



138 DOCUMENTS SECRETS 

sions de cet hinlerland devaient dépendre de 
rétendue des acquisitions grecques en Asie 
Mineure. Le 3o juillet, le Gouvernement grec 
présenta une nouvelle note protestant contre 
la remise de Kavalla aux Bulgares. 

[\. La question de la cession du cercle de 
Doiran par la Serbie à la Grèce. Dans une con- 
versation avec l'envoyé serbe à Athènes, le 
8 septembre iQiS, Venizelos exigea que dans le 
cas oii la Grèce aiderait la Serbie, cette der- 
nière lui cède le cercle de Doiran-Guevgheli, 
et en cas de succès contre les Bulgares n'élève 
pas de prétentions sur Stroumitza. Le ii sep- 
tembre 1915, le Gouvernement serbe consentit 
à la cession de Doiran en cas de guerre heu- 
reuse et prit aussi l'engagement demandé en 
ce qui concerne Stroumitza. 

Après la retraite de Venizelos, la Grèce con- 
servant la neutralité en octobre 1 9 1 5. on souleva 
la question de l'occupation par les Grecs du 
cercle de Doiran après son évacuation par les 
Serbes. Cette occupation ne fut pas réalisée par 
suite de la répugnance de la Grèce à se mêler à la 
guerre serbo-bulgare et le 11 octobre 191 5, le 
roi de Grèce déclara que le bruit d'une inten- 
tion de la Grèce d'occuper Monastir, Guevgheli 
et Doiran, ou quelque portion que ce fut du 
territoire serbe, était dépourvu de tout fonde- 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 139 

ment, et que la Grèce continuerait à se consi- 
dérer comme l'alliée de la Serbie. 

5. Offre de Vile de Chypre à la Grèce. Le 
7 octobre igiS, l'envoyé britannique à Athènes 
déclara au ministre des affaires étrangères 
grec que l'Angleterre était prête à céder à la 
Grèce l'île de Chypre si elle marchait immé- 
diatement avec toute son armée au secours de 
la Serbie. Le 12 octobre igiô, le gouvernement 
anglais déclara qu'il considérait cette proposi- 
tion comme devenue caduque, la Grèce n'ayant 
pas le désir d'aller au secours de la Serbie. 

" 6. Engagements des Puissances de r Entente au 
sujet de Salonique. Le 10 novembre igiS, les 
envoyés des Puissances de l'Entente firent une 
démarche en raison de l'occupation de Salo- 
nique et de ses environs par les armées alliées. 
Dans leur note, les Puissances prenaient 
l'obligation de restituer tous les territoires 
occupés et d'indemniser pour toutes les pertes 
causées par leur occupation. Le Gouvernement 
grec prit acte de cette déclaration dans la noté 
par laquelle il y répondit le 11 novembre 191 5. 
7. Situation de lEpire septentrionale. L'anar- 
chie augmentant en Epire, Yenizelos, au 
commencement d'octobre igi/i, demanda 
l'intervention du Cabinet de Londres pour 
ménager entre la Grèce et Rome des pouipar- 



140 DOCUMENTS SECRETS 

lers pour rétablissement par les armées 
grecques d'une police surveillant l'Epire sep- 
tentrionale, sans qu'il fut préjugé par là du 
sort de ces localités. L'Italie obtiendrait la 
même surveillance dans la région de Vallona. 
Le Gouvernement italien y donna son consen- 
tement. Le i4 octobre, les troupes grecques 
procédèrent à l'occupation de Santi-Quaranta, 
Premeti et Argirokaslro. 

Le i/i février 19 15, les envoyés des trois 
Puissances de l'Entente firent une démarche à 
Athènes pour mettre en garde contre de nou- 
veaux empiétements en Albanie. Venizelos 
leur assura qu'il n'avait pas l'intention de 
procéder à des empiétements quels qu'ils 
fussent. En mai igiS, les troupes grecques 
occupèrent 18 villages au nord-ouest de Korfou. 

L'apparition de bandes albanaises à Béral 
en février 19 16 provoqua la présentation le 
26 février 19 16 par les quatre envoyés des 
Puissances de l'Entente à Athènes d'une pro- 
testation contre la formation de ces bandes 
dans la zone de contrôle militaire grec et 
contre leur recrutement parmi les Grecs 
locaux. Dans sa note en réponse, le Gouverne- 
ment grec déclara que des bandes ne s'orga- 
nisent pas dans le rayon d'occupation grecque, 
et que dans les bandes opérant à Bérat et qui 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 141 

se composent de 1.600 Mirdites, il n'y a pas 
un seul Grec. 

Le 7 mars 1916, le Président du Conseil des 
ministres grecs Skouloudis, répondant à une 
question du député Spiromilo au sujet de 
l'Epire septentrionale, exprima sa conviction 
que (( l'Epire septentrionale dans ses limites 
actuelles constitue dès maintenant une partie 
inséparable du royaume de Grèce. » Avant 
cela, en février 19 16, le Gouvernement grec 
avait nommé en Epire deux préfets à Argy- 
rokastro et à Korfou, les substituant aux auto- 
rités militaires d'occupation, et à l'ouverture 
de la nouvelle Chambre grecque, le 11 jan- 
vier 1916, il avait admis à siéger les députés 
de l'Epire. Contre ces actes [du Gouvernement 
grec ayant pour but de réunir l'Epire à la 
Grèce, les envoyés des quatre Puissances de 
l'Entente présentèrent le i3 mars 1916 une pro- 
testation montrant l'incompatibilité de ces 
mesures avec les déclarations solennelles 
contenues dans la note grecque du 3o sep- 
tembre/ 1 3 octobre 19 1 4- 

Dans sa réponse du 16 mars 1916, le Gou- 
vernement hellénique déclara qu'il ne perd 
pas de vue ses assurances de 19 14 et qu'il a 
seulement considéré comme nécessaire de 
remplacer en Epire par une administration 



142 DOCUMENTS SECRETS 

civile conforme auv lois générales du 
royaume, l'administration militaire qui ne 
répond pas à l'esprit libéral des Grecs. Le 
même jour, les envoyés des quatre Puissances 
présentèrent au Gouvernement grec une nou- 
velle note dans laquelle ils exigeaient des 
explications au sujet du désaccord entre 
l'admission des députés grecs de l'Epire sep- 
tentrionale et les assurances qui avaient été 
données à ce sujet par les Cabinets Gounaris 
et Yenizelos en août igiS. Dans une note du 
i8 mars 1916, le Cabinet Skouloudis répondit 
que la cause de cette participation des députés 
de l'Epire était la nécessité de dépenses pour 
l'administration de l'Epire, couverte par des 
impôts de la population locale, ce qui néces- 
sitait de lui fournir un droit de contrôle à 
leur sujet. 



35. — Illégalité commise par le Tsar. ÇS"^ 20-21). 

NICOLAS II et la famille impériale avaient de la 
peine à se défaire des habitudes autocratiques. 
En dehors de toute intervention ministérielle, le 
prince Alexandre d'Oldenbourg, chef des services 
sanitaires et d'évacuation, fit signer au Tsar l'ordre 
de débourser immédiatement 5 millions de roubles 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 143 

et d'effectuer des paiements semblables ensuite, 
pour faire recueillir, préparer et cultiver les plantes 
pharmaceutiques dans l'Empire et pour développer 
la production chimico-pharmaceutique. Le prince 
communiqua l'ordre au ministre le i^'juin 1916. Le 
7 juin, le Conseil des ministres décida d'en sus- 
pendre l'exécution parce qu'il n'avait pas été 
informé au préalable. Le t2 juin, le prince fît savoir 
que le 10, l'ordre avait été effectivement donné. Le 
Conseil des ministres protesta alors de nouveau en 
disant que « la communication faite sous cette 
forme par le prince le privait de la possibilité d'exa- 
miner les crédits demandés pour les besoins sani- 
taires tant au point de vue de leur légitimité que de 
leur montant >). 



36. — La France demande Tintervention de la 
Roumanie, 12 25 juin 1916. (N° i3). 

IE ministre des affaires étrangères n'étant 
J pas revenu de Tsarskoe Selo à cause du 
dimanche, l'ambassadeur de France rendit 
visite au baron Schilling et dès les premiers 
înots lui déclara que le Gouvernement de la 
République lui avait demandé d'insister de la 
façon la plus vive auprès du Gouvernement 
russe pour le transport du matériel destiné à 
la Roumanie qui se trouvait à Arkhangel et à 



144 DOCUMENTS SECRETS 

Vladivostok. Il expliqua qu'en France on 
désirait ardemment l'entrée en ligne de la 
Roumanie le plus tôt possible, et que comme 
Bratiano pour justifier de nouveaux retards 
alléguait la non-réception du m.atériel de 
guerre indispensable qui devait être transporté 
à travers la Russie, M. Briand considère comme 
nécessaire d'enlever au président du Conseil 
des ministres roumains la possibilité d'invo- 
quer ce prétexte. M. Paléologue exprima le 
désir du Gouvernement français dans une 
lettre privée au ministre des affaires étrangères ; 
il demanda qu'elle lui lut transmise le jour 
même et exprima l'espoir que le ministre, 
après rapport du général Alekséev, considére- 
rait comme possible de donner une réponse 
entièrement favorable. Dans le cas contraire, 
l'ambassadeur a l'intention de solliciter une 
audience de S. M. pour lui demander d'inter- 
venir personnellement dans cette affaire à 
laquelle le Gouvernement français attache une 
grande importance. 

Le baron Schilling dit que la lettre pour le 
ministre partirait le jour même et qu'il ne se 
jugeait pas autorisé à rien de plus officiel- 
lement sur ce sujet. Néanmoins il se déclara 
prêt, sur la demande de l'ambassadeur, à 
exposer d'une façon absolument privée sa pen- 



PUBLIES PAR LES BOLCHEVIKS 145 

sée personnelle. Sans nier que le transport du 
matériel rounriain soit en partie retardé par 
suite des sentiments de méfiance à l'égard de 
la Roumanie, indéniables chez les autorités 
militaires et civiles russes, le baron Schilling 
rappela que ce retard s'expliquait aussi par les 
difficultés matérielles avec lesquelles on savait 
que nous avions à lutter sur nos chemins de 
fer. Par suite, si le Gouvernement français 
accorde une telle importance au transport du 
matériel roumain, il devrait le faciliter en 
donnant satisfaction à la demande que nous 
lui avons faite de mille puissantes locomotives 
belges et aussi décider la Roumanie à accom-s 
plir nos demandes au sujet du matériel roulant 
autrichien de la Bukovine. Au contraire, des 
déclarations à Bucarest telles que celles qui 
viennent d'être prescrites à Blondel (télé- 
gramme de Paris, n° 433) peuvent plutôt avoir 
des conséquences négatives, car plus les Alliés 
exhorteront la Roumanie à attaquer, plus 
ceux-ci penseront que nous en avons extrême- 
ment besoin et que par conséquent il serait 
plus avantageux pour les Roumains de traîner 
en longueur, exigeant toujours un plus grand 
prix pour sa coopération armée. Personne, dit 
le baron Schilling, n'apprécie davantage que 
nous l'importance de l'entrée en ligne de la 

10 



146 DOCUMENTS SECRETS 

Roumanie. Son armée soutiendrait immédia- 
tement notre flanc gauche et par conséquent 
on peut être convaincu que la Russie est plus 
disposée que personne à faire ce qui sera 
nécessaire pour la décider. Mais cela suppose 
une condition indispensable, à savoir que 
l'attaque roumaine sera faite en temps voulu. 
Si les Roumains attaquaient maintenant ou 
tout au moins dans les semaines qui vont 
suivre, leur coopération aurait pour nous un 
grand prix. Mais si leur attaque devait avoir 
lieu seulement quand l'écrasement de l'Au- 
triche aura été assuré par nos victoires et nos 
♦sacrifices, elle serait non seulement superflue, 
mais même indésirable, car elle serait liée au 
paiement d'un compte sans objet. Nous ne 
voulons qu'une offensive roumaine utile pour 
nous, tandis qu'en France vous êtes prêts à 
favoriser toute intervention de sa part, quelles 
que soient les circonstances et quelle qu'en 
soit l'époque. 

M. Paléologue ne nia pas qu'il y ait quelque 
différence entre les points de vue russe et fran- 
çais au sujet de loft'ensive roumaine, mais 
justifia la nervosité manifestée sur ce sujet par 
le Gouvernement français par « la fatigue iné- 
vitable qui commence à se remarquer chez le 
peuple français ». L'ambassadeur l'expliqua 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 147 

par les énormes pertes subies dans les derniers 
temps. D'après lui, la défense de Verdun aurait 
coûté à la France jusqu'à présent Sio.ooo hom- 
mes, et quoique l'adversaire ait perdu de 
son côté sous les murs de cette forteresse 
45o.ooo hommes, la perte de l'armée française 
est particulièrement sensible à cause de la fai- 
blesse relative de la population française. 

Vers 5 heures, l'ambassadeur de France 
ayant appelé le baron Schilling au téléphone, 
lui dit qu'il serait très désirable de se hâter de 
décerner à la ville de Verdun la croix de 
Saint-George qu'on se proposait de lui accor- 
der, car il avait reçu des renseignements lui 
faisant considérer la chute de la forteresse 
comme possible dans les circonstances actuelles. 
M. Paléologue pria de transmettre cette de- 
mande au ministre des affaires étrangères. 



37. — Chtcherbatov à Alexis Âleksievitch. (N° 17). 

LETTRE d'un membre de la légation de Bucarest à 
un petit fonctionnaire du ministère des affaires 
élrangères pour demander l'envoi de musique par 
la valise diplomatique, car il n'a pas reçu celle qu'il 
avait ordonne de lui envoyer par la poste ordinaire 
(18 juin/ 1" juillet 1916). Les Bolcheviks ont pubhé 



148 DOCUMENTS SECRETS 

cette lettre comme montrant a les mœurs de con- 
trebandiers » des fonctionnaires ! 



38. — La retraite de Sazonov. (N° 45). 

i. Télégramme secret du maître de la Cour 
Neratov \adjoint au ministre des affaires étran- 
gères Sazonov] au directeur de la Chancellerie 
diplomatique {7/20 juillet 1916). 

JE vous prie de soumettre d'urgence à S. M. 
le très obéissant rapport suivant : 
« Les ambassadeurs de Grande-Bretagne et 
de France m'ont rendu A'isite pour s'informer 
de l'exactitude des renseignements présentant 
comme imminent le congédiement du maître 
de la Cour Sazonov du poste de ministre des 
affaires étrangères. Les deux ambassadeurs ont 
fait remarquer d'une part, l'alarme que cau- 
serait en Angleterre et en France la nouvelle 
du changement d'un ministre des affaires 
étrangères avec lequel ils avaient déjà solu- 
tionné tant de questions de première impor- 
tance, d'autre part le danger que ce change- 
ment soit exploité par les Gouvernements 
ennemis dans le sens d'une victoire de leur 
politique et d'un changement de celle de la 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 149 

Russie. J'ai déclaré aux ambassadeurs que je 
n'ai aucune raison de confirmer ces bruits. 

2. Noie autographe da tsar Nicolas {du quar- 
tier général impérial, le 8/21 juillet 1916). 

Les bruits du départ de Sazonov sont exacts. 
Expliquez aux ambassadeurs que, quel que soit 
son successeur, la politique de la Russie ne 
changera en rien. 



39. — Convention militaire russo-roumaine. 

(V 36). 

IES soussignés : i) colonel A. Tatarinov, 
À 2) A. M. F. M. Desprès, 3) S. B. Thomson et 
4) colonel L. G. Ferigo, attachés militaires 
accrédités particulièrement par les hauts com- 
mandements de leurs armées d'une part, et 
S. E. le président du Conseil des ministres 
Jean J. S. Bratiano, ministre de la guerre, 
d'autre paît, ont conclu ce qui suit :] 

I. Pour compléter le traité d'alliance conclu 
le 4/17 août 1916 entre la Russie, la France, 
la Grande-Bretagne, l'Italie et la Roumanie, 
la Roumanie s'oblige à mobiliser toutes ses 
forces de terre et de mer et à attaquer l'iVu- 



150 DOCUMENTS SECRETS 

triche-Hongrie au plus tard le 16/28 août 191 6 
(8 jours après l'offensive par Salonique). Les 
attaques de l'armée roumaine commenceront 
le jour même de la déclaration de la guerre. 

2. Depuis le moment delà signature de la 
présente convention et pendant la mobilisation 
et la concentration de l'armée roumaine, 
l'armée russe s'oblige à agir de la façon la 
plus énergique sur tout le front autrichien 
pour faciliter à la Roumanie ces opérations. 
Ces actions seront particulièrement agressives 
et fortes en Bukovine où l'armée russe devra 
pour le moins maintenir ses positions et ses 
efFectifs actuels. A partir du 12/25 août, la flotte 
russe devra protéger le port de Constantza, 
s'opposer à toute descente des troupes enne- 
mies sur les côtes roumaines et à toute péné- 
tration dans le Danube en amont de l'embou- 
chure de ce fleuve. 

De son côté la Roumanie reconnaît à la flotte 
russe de la mer Noire le droit d'utiliser Cons- 
tantza comme port de guerre et de prendre les^ 
mesures nécessaires contre les sous-marin& 
ennemis. Les navires de guerre russes qui uti- 
liseront le Danube tant pour défendre ses rives 
que pour coopérer avec l'armée et la flotte 
roumaines seront placés sous les ordres du 
commandement suprême de l'armée rou- 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 151 

maine et opéreront sur cette rivière conjointe- 
ment avec l'escadre de monitors roumains. 
Les détails de cette action commune seront 
déterminés en conformité avec la présente 
convention. 

3. La Russie s'oblige à envoyer dans la 
Dobroudja au moment de la mobilisation de 
l'armée roumaine deux divisions d'infanterie 
et une de cavalerie pour coopérer avec l'armée 
îoumaine contre l'armée bulgare. 

Les Alliés s'obligent à faire exécuter une 
offensive résolue par leur armée de Salonique 
au plus tard 8 jours avant le commencement 
de l'attaque de la Roumanie afin de faciliter la 
mobilisation et la concentration de son armée. 
Cette offensive commencera le 7/20 août 1916. 

Si au cours des opérations militaires, les 
Puissances alliées, d'accord avec leurs états-ma- 
jors, reconnaissaient la nécessité d'augmenter 
les contingents de leurs armées coopérant avec 
Tarmée roumaine, cette augmentation ne 
modifierait en rien les dispositions des conven- 
tions conclues. 

4. La Russie, la France, la Grande-Bretagne 
et l'Italie s'obligent à fournir à la Roumanie 
des munitions et du matériel. Le transport 
en sera effectué par des vaisseaux roumains et 
alliés et passera en transit à travers la Russie. 



152 DOCUMENTS SECRETS 

[Ces fournitures et transport devront compor- 
ter au minimum en moyenne 3oo tonnes par 
jour]. 

5. Les Alliés s'obligent également à fournir 
à la Roumanie dans les limites du possible 
des chevaux, des médicaments, des vivres et 
des équipements... 

6. Ils mettront à sa disposition le personnel 
technique indispensable pour la préparation 
chez elle des munitions et du matériel. 

7. Dès la conclusion du présent accord, les 
états-majors des armées russo-roumaines et 
ceux des armées de Salonique s'entendront au 
sujet de leur coopération. L'accord au sujet des 
opérations militaires russo-roumaines ou tout 
changement, explication et complément pour 
le maintien d'un lien constant s'organisera au 
quartier général compétent comme il sera dit 
ci-dessous. 

8. La coopération des armées alliées ne sup- 
pose aucune subordination de l'une des armées 
contractantes à l'autre ; elles se proposent 
seulement de prendre librement les disposi- 
tions découlant de la situation générale, des 
besoins créés par le but poursuivi et de la fra- 
ternité d'armes. 

9. Les armées roumaine et russe conserve- 
ront en principe leur commandement propre, 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 153 

leur zone d'opération et leur complète indé- 
pendance dans la conduite des opérations. La 
liofne de démarcation entre les deux armées 
partira de Dorna Vatra, suivra la Bistritz et les 
vallées des rivières Sajo et Szamos jusqu'à 
Debreczin. L'objectif principal de l'action rou- 
maine sera, dans la mesure où la situation 
militaire au sud du Danube le permettra, une 
avance à travers la Transylvanie sur Budapest. 

L'armée russe prévue par l'article 3 et desti- 
née à coopérer avec l'armée roumaine, sera 
placée sous la direction du commendement 
suprême de l'armée roumaine. Dans le cas où 
ie contingent des troupes russes opérant au sud 
du Danube serait considérablement augmenté 
au point d'égaler en nombre ou de dépasser 
celui des troupes roumaines avec lesquelles il 
coopérera, ce contingent pourra former à la 
sortie du territoire roumain une armée indé- 
pendante subordonnée au commandement 
général russe. Dans ce cas, cette armée, agis- 
sant hors du territoire roumain, aura une zone 
d'opérations particulière et se dirigera confor- 
mément aux dispositions du Haut Commande- 
ment russe, complètement en harmonie avec 
les plans des deux quartiers généraux, d'après 
les principes établis ci-dessus. 

10. En principe, les armées de l'une des 



154 DOCUMENTS SECRETS 

parties contractantes ne peuvent s'avancer sur 
le territoire de l'autre ou sur le territoire con- 
quis par celle-ci que quand l'intérêt et le but 
général l'exigent et après entente préalable et 
par écrit dans chaque cas. 

11. [L'utilisation des chemins de fer sur le 
territoire de l'une par des troupes de l'autre 
sera réglée par des délégués des quartiers 
généraux.] 

12. [Partage égal des prisonniers et du 
butin, sauf privilège à l'armée roumaine pour 
ce dont elle manquera.] 

i3. [Des représentants de l'armée roumaine 
seront attachés aux quartiers généraux alliés 
et réciproquement.] 

i4. [Les questions imprévues seront résolues 
dans chaque quartier général de concert avec 
le délégué de l'armée alliée.] 

i5. Afin d'avoir la possibilité de prendre les 
mesures préparatoires à l'ouverture des opéra- 
tions, les parties contractantes s'entendront 
relativement au plan d'opérations jusqu'à ce 
que l'armée roumaine attaque. 

i6. [Les armistices seront décidés d'un com- 
mun accord.] 

17. [La présente convention restera en force 
jusqu'à la paix générale.] 

Bucarest, 4/^7 ^oût 1916. 



PUBLIÉS PAR LES B L C H E V I K S 155 



40. — Bakhmetev à Sturmer. (N°' li'-ô-j). 

RAPPORT de cet ambassadeur de Russie aux 
États-Unis en date du 12/25 octobre 191 G 
pour dénoncer deux ecclésiastiques russes : 

1° L'évêque aléoutien Alexandre, actuellement au 
Canada. En 1906, il avait non seulement parlé pour 
r «indépendance » de l'Ukraine, sa patrie, et pour 
son affranchissement du joug moscovite, mais il 
avait de plus exprimé les idées anti-dynastiques les 
plus extrêmes. En septembre 1915, il a diffamé 
l'ordre établi, insulté séditieusement notre empe- 
reur et souhaité son renversement. Récemment il a 
écrit un article où il traite les Anglais de « crimi- 
nels » pour avoir fait exécuter Casement. Il est au 
Canada actuellement. 

2° Le prêtre galicien Fedorenko incite à la révo- 
lution. 

L'archevêque Evdokim n'ose sévir contre 
Alexandre et n'en a pas les moyens contre Fedo- 
renko. Bakhmetev demande contre eux une puni- 
tion sévère. 



156 DOCUMENTS SECRETS 



41. — Traité entre la France et la Russie. 

(N° 42). 

PENDANT son séjour à Pétrograd en janvier 
191 7, M. Doumergue, premier plénipoten- 
tiaire français à la Conférence des Alliés, fit con- 
naître le désir de la France de se procurer des 
garanties à la fin de la guerre actuelle, non 
seulement par la reprise de l'Alsace-Lorraine et 
par une position particulière dans la vallée de 
la Sarre, mais aussi par l'établissement d'une 
séparation politique entre l'Allemagne et ses 
provinces trans-rhénanes par l'organisation de 
ces dernières sur des bases particulières, de 
façon que le Rhin soit à l'avenir une frontière 
stratégique solide contre une invasion alle- 
mande. M. Doumergue exprima le désir que le 
Gouvernement russe ne se refuse pas à donner 
son agrément à ces projets. 

Le ministre des affaires étrangères N. N. Po- 
krovski télégraphia à ce sujet à l'ambassadeur à 
Paris (^) qu'il consentait à satisfaire le désir de 
notre alliée, mais qu'il considérait comme son 



(1) Le 20 (?) janvier [2 (?) février] 1917. Il réclamait en oulre 
notre consentement à la suppression de la servitude pesant 
sur les îles d'Aland. (Pravda, 10/28 nov. 1917). 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 157 

devoir de rappeler le point de vue exprimé 
encore en février igi6 par S. D. Sazonov : 
(( donnant à l'Angleterre et à la France pleine 
liberté de fixer les frontières occidentales de 
l'Allemagne, la Russie demande qu'à son tour 
ses Alliés lui laissent une égale liberté au sujet 
de ses frontières avec l'Allemagne et l'Au- 
triche-Hongrie » (^). 

Le Cabinet de Paris accepta ce point de vue ; 
après quoi il fut procédé à l'échange des deux 
documents diplomatiques suivants : 

1° Par une note du i/i4 février 19 17, 
N. ]N. Pokrovski informa AI. Paléologue du 
consentement de la Russie au sujet des projets 
français relatifs à la détermination des fron- 
tières occidentales de FAllemagne. 

2"" Le 26 tévrier/ii mars 1917, M. Izvolski, 
ambassadeur à Paris, communiqua le texte 
d'une note du ministre des affaires étrangères 



(1) 2/j février/8 mars 1916. Dans ce télégramme, envoyé en 
vue de la Conférence des Alliés, Sazonov, après avoir protesté 
contre tout changement dans les conventions conclues au sujet 
des buts de guerre, réclamait en outre : 1° que la question 
polonaise soit exclue des règlements internationaux ; 2° que 
l'on s'efforce de détourner la Suède de faire la guerre à la 
Russie et que l'on attire la Norvège du côté des Alliés pour le 
cas 011 l'on ne réussirait pas à éviter la guerre avec la Suède; 
3° que l'on cesse de solliciter inutilement la Roumanie ; 4° que 
la question de l'exclusion des Allemands du marché chinois 
soit réservée à une conférence à laquelle le Japon prendrait 
part. (Pravda, 10/23 nov. 1917.) 



158 DOCUMENTS SECRETS 

français reconnaissant à la Russie la pleine 
liberté de fixer ses frontières occidentales. 



42. — Résumé sur la question de l'Asie Mineure. 

(>■' 29;. 



COMME résultat des négociations qui ont eu 
lieu en 1916 à Londres et à Pétrograd, les 
Gouvernements alliés de Grande-Bretagne, de 
France et de Russie se sont mis d'accord au 
sujet de la délimitation future de leurs zones 
d'influence et d'acquisitions territoriales dans 
l'Asie turque, et aussi au sujet de la formation 
dans les limites de l'Arabie d'un État arabe 
indépendant ou d'une Confédération d'États 
arabes. 

Cet accord dans ses lignes générales revient 
à ce qui suit : 

La Russie acquiert les vilayets d'Erzeroum, 
Trébizonde, Van et Bitlis, et un territoire dans 
le Kurdistan méridional jusqu'à la ligne Mouch- 
Ser-Ibn Omar-Amalia frontière persane. Le 
point final des acquisitions russes sur le rivage 
de la mer Noire sera à fixer ultérieurement à 
l'ouest de Trébizonde. 

La France obtient en Syrie une bande le 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 159 

long de la côte, le vilayet d'Adana et son terri- 
toire borné au sud par la ligne Aintab-Mardin 
jusqu'à la future frontière russe et au nord par 
la ligne Ala- dagh-Kaisarie-Ak-dagh-Yildiz- 
dagh-Zarra-Egin-Charput. 

La Grande-Bretagne acquiert la portion méri- 
dionale de la Mésopotamie avec Bagdad et se 
réserve en Syrie les ports de Caifa et d'Akka. 

Par accord entre la France et l'Angleterre, 
la zone entre les provinces françaises et 
anglaises est formée par la Confédération des 
États arabes ou par un Etat arabe indépen- 
dant; les zones d'influence sur celui-ci ont été 
déterminées simultanément. 

Alexandrette est déclarée port libre. 

Comme garantie des intérêts religieux des 
puissances alliées, la Palestine et les Lieux 
Saints sont détachés du reste de l'Empire turc 
et seront soumis à un régime spécial confor- 
mément déterminé par la Russie, la France et 
l'Aiigleterre. 

Comme règle générale, les Puissances con- 
tractantes s'obligent à maintenir les conces- 
sions et privilèges ayant existé jusqu'au moment 
de la guerre dans les territoires acquis par elles. 

Elles conviennent de prendre une part de la 
dette ottomane proportionnelle aux acquisi- 
tions faites par elles. 



160 DOCUMENTS SECRETS 



43. — Télégrammes d'Espagne. (N° 53). 

1. — 7 jW mars 1917. Comme conséquence 
d'une question du Gouvernement espagnol, je 
vous prie de me faire connaître qui représente 
le pouvoir suprême, car ni votre communica- 
tion n" 665, ni les télégrammes des agences ne 
précisent ce point. (Signé :) Koudachev, ambas- 
sadeur. 

2. _ 10/23 mars 1917, Le Roi, revenu 
aujourd'hui d'Andalousie m'a fait venir. S. M. 
est très inquiète au sujet du sort de la famille 
impériale et craint d'autre part que le séjour 
en Russie de l'Empereur qui a abdiqué puisse 
provoquer une révolution et une forte effusion 
de sang. Quoique la conversation ait eu un 
caractère privé et quoique le Roi m'ait prié de 
ne pas vous en faire part, je considère comme 
mon devoir de vous avertir que l'ambassadeur 
d'Espagne recevra l'ordre de s'adresser au 
Gouvernement provisoire au sujet du sort ulté- 
rieur de la famille impériale. Le détail ne 
m'est pas connu. Le Roi craint que les événe- 
ments en Russie n'aient leur répercussion en 
Espagne. On remarque déjà une fermentation 
dans les sphères ouvrières. A Barcelone, il y 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 161 

a eu des désordres avec morts d'hommes que 
l'on s'efforce de cacher. (Signé :) Koudachev. 

3. _ 17/30 avril i9l7. [Meeting des con- 
servateurs extrêmes.] 

[^ — 18 avril/ V' mai 1917. [Fête du i*"^ mai.] 
5. — 21 avril/â mai 1917. La situation ici 
est inquiétante. D'une façon inattendue pour 
l'Espagne, vivant isolément jusqu'à présent, la 
politique extérieure est venue faire une irrup- 
tion violente dans sa vie intérieure pendant 
cette phase nouvelle de la guerre, et d'elle 
dépend le sort même de la dynastie. L'initia- 
tive des républiques américaines, dont on 
apprécie fort ici les liens d'origine, souligne 
encore la pusillanimité de ce Gouvernement-ci. 
Le désir obstiné du Roi de garder coûte que 
coûte la neutralité s'expliquait précédemment 
par son désir de jouer le rôle de principal 
médiateur à la fin de la guerre ; on l'interprète 
maintenant en Espagne dans les cercles libé- 
raux comme de la germanophilie et on l'ex- 
])lique par l'influence de sa mère et de courti- 
sans partisans de l'Allemagne. Le Roi devra 
se décider promptement à céder au puissant 
désir de son peuple et à lier son sort à celui 
des Alliés, ou il risquera son trône par sympa- 
thie pour l'Allemagne... {Signé:) Soloviev, 
chargé d'affaires. 

11 



162 DOCUMENTS SECRETS 

6. — 15/28 mal 1917. [Meeting anti-alle- 
mand des progressistes espagnols.] 

7. — 17/30 mai 1917. [Nombreuses arres- 
tations d'officiers de la garnison de Barcelone. 
On a évidemment découvert une conspiration 
militaire. (Signé:) Soloviev.J 

8. — 20 mai/ 2 juin 1917. Hier, j'ai eu à 
rimproviste chez moi une longue conversation 
avec le Roi sur la situation actuelle en Russie. 
J'ai eu l'impression que le Roi commençait à 
se réconcilier avec le nouvel ordre des choses 
qui s'établit chez nous. Une grande facilité 
d'adaptation est une particularité de son carac- 
tère très vif et de son naturel très allant. 
Cependant, pour agir contre les informations 
hostiles venues de Berlin au sujet de la situa- 
tion sur notre front, il serait très désirable 
d'activer l'arrivée de l'attaché militaire nommé 
récemment pour ici. J'ai aussi des raisons de 
croire que l'ambassadeur d'Espagne à Pétro- 
grad dans ses rapports donne une appréciation 
quelque peu tendancieuse de notre situation 
politique intérieure. [Signé :) Soloviev. 

9. — 28 mai/ 10 Juin 1917. [Le Comité de 
défense des olficiers de Barcelone impose la 
libération de ceux de ses membres qui ont été 
arrêtés.] 

10. — 28 mai/ 10 juin 1917. Le ministère 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 163 

Garcia Prieto a démissionné cette nuit. Un 
nouveau ministère n'est pas encore formé. La 
situation est extrêmement sérieuse. Dirigé 
contre le favoritisme de la Cour, le mouve- 
ment des officiers prend un caractère nette- 
ment anti-dynastique. Au nombre des exi- 
gences des ofRciers est compris l'éloignement 
<\e quelques-uns des personnages les plus in- 
lluents de l'entourage du Roi. {Signé:) Soloviev. 

II. — 29 mai/11 juin 1917. [Cabinet con- 
servateur Dato.] 

12 — 6/19 juin 1917. Dans les derniers 
temps, les cas de désobéissance se sont multi- 
pliés parmi les soldats de la garnison de 
Madrid. Un régiment désigné pour aller dans 
une autre garnison n'a pas voulu quitter la 
capitale. En même temps, la fermentation croît 
parmi la population. — Ces jours-ci, au Club 
des Mauristes, on a déchiré le portrait du Roi, 
et au moment des ovations qui lui ont été faites 
au Théâtre royal après la représentation de 
notre ballet, on a entendu des sifflets. {Signé :) 
Soloviev. 

i3. — 6/19 juin 1917. [Le ministère Dato a 
accepté tous les articles du statut présenté par 
les officiers. Pas un officier ne pourra être ni 
promu ni muté sans le consentement de la 
Junte. Le Roi a évidemment résolu de s'ap- 



164 DOCUMENTS SECRETS 

puyer jusqu'au bout sur l'armée ; il espère en 
cédant aux officiers conserver leur dévoue- 
ment.] {Signé :)SoLO\iE\. 

i/j. _ i2/25 juin 1917, [Grèves. Juntes de 
sous-offîciers et de soldats]. D'après tous les 
signes, une crise révolutionnaire approche. 
(Signé :) Solo vie v. 

i5. — 13/26 juin 1917. [Etat de siège. Cen- 
sure.] 

i6. — 19 juin /2 Juillet 1917. [... L'opinion 
des gens expérimentés est que si la crise mili- 
taire se résout heureusement, il n'y aura pas 
de crise politique... La situation se com- 
plique de ce que le parti libéral, qui soutient 
le Roi et est soutenu par lui, est maintenant 
troublé par la situation et reste inaclif. La 
cause en est qu'en Espagne, comme partout 
d'ailleurs, une grande quantité de peuple ne 
comprend la vraie démocratie que comme un 
travail sérieux pour la solution des problèmes 
sociaux. Les libéraux espagnols (y compris 
même les républicains) considèrent toujours 
comme la seule base de leur activité la lutte 
avec le cléricalisme et la réaction. Or, la réac- 
tion est tout à fait calmée, et le cléricalisme 
peut tous les jours prendre de nouvelles 
formes tout à fait inattendues. On ne voit pas 
de main étrangère dans les événements, sauf à 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 165 

Barcelone où /[o.ooo anarchistes, déserteurs 
français et canailles de tout genre, vivent en 
cjuelque sorte de l'argent distribué par les 
agents allemands. C'est de Barcelone que me- 
nace le plus grand danger pour le cas où les 
agents allemands désireraient, par des attentats 
anarchistes et par la terreur, procurer une vic- 
toire, même momentanée, à la réaction aristo- 
cratique qui en tout temps a les yeux tournés 
vers Berlin. {Signé :) Neklioudov [ambassa- 
deur.] 

17. — 23 juin/ 6 juillet 1917. On ne donne 
pas ici une importance particulière au mouve- 
ment parmi les soldats. Jusqu'à présent il ne 
-s'est formé que des <( juntes de sergents »... 
Le gouvernement ces jours ci est allé au-devant 
des désirs des soldats en augmentant leur paye 
et en améliorant leur situation. Pour apaiser 
le mécontentement parmi les généraux et les 
officiers, le Roi a signé un décret disant que les 
officiers de sa suite ne peuvent pas rester à la 
Cour plus de 4 ans... Cette mesure a été avant 
tout appliquée aux chefs du quartier militaire 
et de la chancellerie du Roi. les comtes de 
Grove et Aibar, contre lesquels était parti- 
culièrement montée l'opinion des généraux et 
■des officiers. D'une façon générale d'ailleurs, 
le Pioi de lui-même et sur le conseil du prési- 



166 DOCUMENTS SECRETS 

dent du Conseil se montre très accessible et 
plein de prévenance envers les militaires, mais 
son prestige parmi eux qui avait semblé jus- 
qu'à présent aux connaisseurs des choses espa- 
gnoles très considérable, ne paraît plus aussi 
fort et en tout cas est chancelant. Néanmoins, 
on considère ici les difficultés militaires 
comme presque arrangées. On ne voit plus de 
danger que dans la garnison de Barcelone où 
Ton dit que parmi les sergents et les soldats 
existent des courants séparatistes catalans» 
{Signé :) Neklioudov. 

i8. — '23 juin/ 6 juillet 19 17. [Les Alliés ont 
confiance dans le cabinet Dato.] 

19. — 26 juin/8 juillet 1917 (sic). [Le Por- 
tugal rêve presqu'ouvertement de convertir 
l'Espagne à l'aide de l'Angleterre en une série 
de républiques à capitales dans des ports. Elles 
constitueraient une fédération ibérique avec le 
Portugal en tête. La France, qui joue ici natu 
Tellement le premier rôle, y poursuit de petits 
buts et pratique sans interruption à Madrid une 
politique réactionnaire. {Signé :) Soloviev, 
conseiller d'ambassade.] 

20. — 28 juin/11 juillet 1917. [Dépêche de 
(iouLKEviTCH, minlstrc russe à Stockholm. Un 
Suédois a dit que la révolution éclaterait en 
Espagne dans une semaine ou deux.] 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 1G7 

21. — 2/ 15 jaillet 1917. [Les ambassadeurs 
de l'Entente sont très contents du Cabinet 
Dato et le soutiennent. Signé : Neklioudov.] 

22. — 7/20 juillet 1917. [L'Assemblée cata- 
lane a été dispersée.] 

23. — 28 juillet/ 10 août 1917. [Agitation des 
cheminots.] 

2^. — 31 juillet/ 12 août 1917 (sic). Grève de 
Bilbao. Les grévistes ont de l'argent. « Mal- 
heureusement, on suppose qu'une partie en a 
été fournie par des agents allemands. Leur but 
est d'efîrayer la Cour et de ramener un Cabinet 
Garcia-Prieto, pseudo libéral, en réalité par- 
tisan de la paix allemande. » Signé : Nek- 
lioudov. 

20. — 1/15 (sic) août 19 17 . [Etat de siège. 
Insurrections à Madrid, Barcelone, Bilbao, 
Burgos et Saragosse.] 

26. — 3/16 août 1917. [Le mouvement est 
étouffé, sauf à Barcelone.] 

27. — ^/17 août 1917. [Nombreuses arres- 
tations.] 

28. — 6/19 août 1917 . [Le mouvement avait 
partout un caractère révolutionnaire.] 

29. — 9/22 août 1917 . [Grande effusion de 
sang lors de la répression, u Les membres du 
gouvernementprovisoire.pourle cas où le mou- 
vement réussirait, étaient déjà nommés. Mais 



168 DOCUMENTS SECRETS 

l'armée est restée fidèle au pouvoir royal. Le Roi 
ne revint pas à Madrid, ce qui dans les cercles 
sociaux en vue est très critiqué. J'ai des 
raisons sérieuses de croire qu'il est resté à 
Santander, non par pusillanimité, mais par 
désir intelligent de ne pas prendre part person- 
nellement à l'écrasement sanglant du soulève- 
ment populaire. » L'organisation socialiste s'y 
est montrée peu développée, u Les monar- 
chistes d'ici croient fermement aux bruits 
ineptes que ce mouvement révolutionnaire a 
été provoqué et soutenu par de l'argent envoyé 
d'Angleterre et d'Amérique. De l'argent a été 
effectivement distribué, mais il venait d'Alle- 
magne. Il est très vraisemblable que ce mou- 
vement était soutenu du Portugal, mais cet 
appui a dû consister plutôt dans la coopéra- 
lion personnelle d'agents portugais et dans la 
fourniture d'armes à travers la frontière. » 
Signé : Xeklioldov.] 

3o. — 23 août/ 5 septembre 1917. [Quoi que 
disent les ambassadeurs alliés, je crois à l'exac- 
titude de ce que rapporte des événements de 
Barcelone le prince Gagarine et je crois que des 
événements nouveaux et plus sérieux auront 
lieu dans 2 ou 3 mois. Signé : ^'EkLlouDov.] 

01. — 12/15 sept. 1917. [Dato appelé à S*- 
Sébastien.] 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 169 

32. — 19 sepL/2 oct. 1917 . [Jugement des 
insurgés.] 

ZZ. — 23 sept. 16 oct. 1917. [Mauvaise situa- 
tion économique. La popularité du Roi parmi 
le peuple a décru remarquablement pendant 
les derniers temps. Signé : Solo vie v.] 

35. _ 10 123 oct. 1917. [Grâce à ses conces- 
sions aux juntes d'officiers, le gouvernement a 
pu écraser les insurrections. Mais les juntes 
sont les maîtresses. Elles prononcent l'ostra- 
cisme tantôt contre un général, tantôt contre 
un autre. Elles ont fait remplacer le ministre 
de la guerre par le général Marino qui leur 
était agréable. Dans leurs réunions secrètes, 
elles mettent aux voix même la personne du 
monarque ou la forme du gouvernement. 
Beaucoup d'officiers sont républicains et 
Alphonse n'a été conservé que grâce à une 
faible majorité. Le Roi ne se maintient d'accord 
avec les juntes que par des concessions conti- 
nuelles. Signé : Solo vie v.] 

34. (.sie.) _ i^t/'27 octobre 1917. [Chute de 
Dato.] 



170 DOCUMENTS SECRETS 



44. — Renne à Antonomov. (N° 35). 

De Toklo, le 19 jiiin/2 juillet 1917. — Le baron 
Renne, attaché à la légation de Tokio, prie AK 
Al. Antonomov, secrétaire de la section d'Ex- 
trême-Orient au ministère des affaires étrangères^ 
de lui faciliter le change de ses roubles. Suivent 
quelques détails sur le personnel actuel de la léga- 
tion et sur son genre de vie. L'alTluence des « bour- 
geois » quittant la Russie a diminué. 



45. — Mauvais canons fournis par les Alliés» 

Télégramme envoyé de l'armée d'opération par le 
ministre de la guerre Kerenski, le 20 juin/ 
3 juillet 1917. 

DITES aux ambassadeurs que l'artillerie 
lourde envoyée par leurs Gouvernements 
est visiblement composée en partie de rebuts. 
35 "/„ de ces pièces n'ont pas supporté deux 
jours d'une canonnade mesurée. Insistez sur la 
fourniture hors série d'appareils d'aviation 
dont des portions avaient dû être chan- 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 171 

gées. Obtenez le rappel du front du colonel 
Nox : il ne cesse de fronder. Activez la convo- 
cation de la Conférence des Alliés. Il est abso- 
lument indispensable que la diplomatie alliée 
agisse plus vite et travaille plus clairement. 
11 est nécessaire d'utiliser l'effort du front 
de toute manière à raison de ce que vous 
savez de la situation du pays et de l'armée. 
Souvenez -vous que chaque pas du front nous 
cause un travail immense. Ce n'est que par 
des actions combinées et opportunes de la 
diplomatie et de l'armée que nous raffer- 
mirons la situation et que nous éviterons un 
fiasco. — Télégraphiez la situation. Salut. 



46. — L'état de choses en Russie. (^° i5). 

Télégramme da ministre des ajffaires étrangères 
Terechtchenko du 13/26 juillet 1917 aux 
ambassadeurs à Londres, etc. 

LA situation militaire, nos troupes ne tenant 
pas et retraitant, est toujours pénible. Les 
événements du front et les émeutes de Pétro- 
grad ont créé une scission sociale. Les troubles 
causés parles bolcheviks et l'espionnage alle- 
mand, croissent. Un revirement se remarque 



472 DOCUMENTS SECRETS 

à un haut degré dans la garnison de Petrograd 
et aussi parmi les ouvriers où la désillusion est 
grande. Le Conseil des députés ouvriers songe 
à exclure les bolcheviks et a dispensé les mi- 
nistres socialistes de lui demander son avis. 
Hier, la peine de mort a été rétablie pour la 
trahison et les délits militaires du front. On 
supprimera les journaux excitant à l'indisci- 
pline et on va rétablir l'ordre à Pétrograd.] 



47. — Les troupes russes en France. (N"» 6-11;. 

7/20 août 1917. Télégramme de Sévastopoulo, 
chargé dajjalres russes à Paris. [Le général 
Zankevitch avait agi jusqu'à présent confoi- 
mément aux ordres excluant le retour de sa 
brigade en Russie. La situation semblait par 
suite sans issue, étant impossible d'agir par 
force contre cette i'^'" brigade, la 2% d'abord très 
loyale, étant devenue mauvaise par suite de 
son désir de ne pas aller à Salonique, et de 
plus à cause des conséquences regrettables 
qu'aurait un choc des forces françaises avec les 
nôtres. Le général est entré en rapports avec 
les autorités militaires françaises pour entou- 
rer la i'" brigade, la réduire par la faim et la 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 173 

forcer à rendre ses armes. Mais ce projet, s'il 
pouvait réussir, pouvait aussi amener une 
collision ou le pillage des villages voisins. 
Le gouvernement français ne s'y est pas 
décidé.] 

7 jW août. Télégramme de Sévasiopoulo, 
[Zankevitch télégraphie que les soldats du 
camp de la Courtine, appartenante la i'® bri- 
gade, n'ont pas encore été réduits à l'obéis- 
sance. Fermentation dans la 2^ brigade. Une 
des causes est dans les officiers, partie insuffi- 
sants, partie démoralisés. On a renvoyé les plus 
mauvais et on les a remplacés par les meilleurs 
sous-officiers.] 

7/20 août 1917. Télégramme de Sévastopoulo, 
[Zankevitch télégraphie que la 2^ brigade n'a 
pas refusé nettement d'agir contre les déso- 
béissants, mais que son état est tel qu'on ne 
peut l'y employer. Il va à la Courtine.] 

7/20 août 1917 . Télégramme de Sévastopoulo. 
[La seule issue serait le retour de la brigade en 
Russie. Le gouvernement français avait tout 
préparé pour le renvoi de ces troupes à Arkhan- 
gel il y a un mois. Maintenant se poserait la 
question du tonnage (car il ne faut pas dimi- 
nuer l'envoi de notre matériel de guerre). Il 
est aussi possible que les soldats exigent une 
amnistie pour déposer les armes.] 



174 DOCUMENTS SECRETS 

7 1^0 août 1917. Télégramme de Sévastopoulo. 
[On a déjà télégraphié il y a un mois à Bara- 
novski, chef du cahinet du ministre de la 
guerre, que la seule issue était le retour des 
troupes.] 

9/22 août 1917. Télégramme de Sévastopoulo. 
[Impossible d'apprécier si Zankevitch aurait 
pu faire mieux. Je puis seulement dire que 
Rappe, le commissaire du gouvernement pro- 
visoire, agit d'accord avec lui. Zankevitch a 
évité d'avoir recours aux Français pour faire 
obéir les troupes. Quand il vit que la 2^ bri- 
gade ne pouvait être employée à agir contre la 
i'% il demanda le retour de nos troupes pour 
liquider celte triste affaire sur notre territoire. 
]Ne l'ayant pas obtenu, il fut contraint de 
s'adresser aux Français, espérant qu'il suffirait 
de mesures passives. Je puis rendre témoi- 
gnage à ses hautes qualités, à son tact et à son 
jugement. Rappe jouit aussi ici de la considé- 
ration de tous, et il n'y a pas lieu de croire 
que si un autre avait été à sa place, l'affaire 
aurait pris une autre tournure.] 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 175 



48. — Pas de négociations avec PAllemagne. 

(N° 46). 

Terechtchenko à l amhassadear à Madrid 
{21 août/ 3 sept. 1917). Si les Austro-Allemands 
essayaient d'avoir recours à l'intervention 
pacifique de l'Espagne et si le Roi ou le Gou- 
vernement touchaient ce sujet avec vous, 
dites que la résolution de la Russie de continuer 
la guerre demeure inflexible... 



49. — Affaire Kornilov. TX"^ i^i et 40). 

/ . Télégramme envoyé au ministre des affaires 
étrangères par le prince Troabetzkoï, directeur 
de la Chancellerie diplomatique du généralissime 
{28 août/10 sept. 1917). [La majorité des 
officiers et les meilleurs éléments soutiennent 
Kornilov. Il a pour lui les Cosaques et les écoles 
militaires. A la force physique il faut unir 
une bonne organisation militaire et l'assenti- 
ment moral des parties non socialistes de la 
nation. ?sul doute qu'une grande partie des 
socialistes martovistes ne tarderait pas à s'y 
joindre. D'autre part, les derniers événements 



176 DOCUMENTS SECRETS 

du front et de l'arrière ont prouvé qu'une ca- 
tastrophe est inévitable si un revirement ne se 
produit pas immédiatement. C'est sans doule 
ce qui a décidé Kornilov. Si les hommes au 
pouvoir s'opposent à ce revirement, ils pren- 
dront la responsabilité de nouveaux malheurs. 
Seule l'arrivée immédiate du ministre-président 
et de vous pour coopérer avec le généralissime 
peut conjurer la discorde.] 

2. Le ministre des ajjaires étrangères Terecht- 
chenko aux ambassadeurs à Paris, etc. {31 août/ 
13 sept. 1917). [Annonce la liquidation de 
laffaire Kornilov sans effusion de sang et le 
nouveau programme du gouvernement. On va 
introduire l'état de siège à Pétrograd et Mos- 
cou.] 



50. — Les Anglais au Siam. (N° 3o). 

/. Loris-Metikov, ministre de Russie au Siam, à 
Kazakov, chef de la section d^ Extrême-Orient 
{11 /2ù septembre 1917). 

I. — [Ne peut comprendre pourquoi on lui 
a télégraphié de se tenir à l'écart des compéti- 
tions entre Anglais et Français au Siam, en 
particulier dans la question de la réquisition 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 177 

des navires allemands. Il l'a toujours fait. Des 
complications anglo-françaises au Siam sont 
toujours possibles. La politique très asiatique 
des Siamois y contribue. Le ministre français, 
M. Lefèvre-Pontalis, qui s'occupe de politique 
siamoise depuis environ 27 ans, m'a assuré 
plus d'une fois que le ministre des affaires 
étrangères reçoit une pension du gouverne- 
ment anglais.] 

[Quoiqu'en 1894, l'Angleterre ait refusé de 
devenir suzeraine du Siam, elle s'est ravisée, 
et grâce à son énergie, ce pays est dans ses 
mains. Jusqu'à l'entrée du Siam dans la 
guerre, on disait ouvertement que son sort 
est fixé, qu'il deviendra en entier une 
colonie anglaise ou sera partagé entre TAngle- 
terre et la France. On comprend par suite la 
con-trariélé causée aux Anglais par la résolution 
du roi de Siam, sur mon conseil, d'entrer 
dans la ligue des Puissances défendant la 
liberté et l'indépendance des petits Etats. Ils 
y virent avec raison Tintention du Siam 
d'échapper à leur trop puissante tutelle. Ils 
sefTorcèrent de l'empêcher par tous les 
moyens, en particulier en représentant aux 
Siamois que leurs soldats ne supporteraient 
pas les climats froids. Mais les Siamois, se 
sentant sur le terrain de l'indépendance, 

12 



178 DOCUMENTS SECRETS 

répondirent avec ardeur à l'appel de leur roi 
d'aller sur le théâtre de la guerre. Les Anglais 
en furent fort étonnés et on leur entendit sou- 
vent dire que les Siamois s'enorgueillissaient. 
Les Anglais profitèrent de la déclaration de 
guerre à l'Allemagne pour accaparer toutes 
les places tenues par des Allemands. Ils vou- 
lurent aussi accaparer tous leurs navires, mais 
la France et le Japon s'y opposèrent.] 

2. — [A reçu la liste des étrangers employés 
par le gouvernement siamois. 11 y a ii3 An- 
glais (occupant tous les postes ayant do 
l'importance économique); 27 Danois (dans la 
marine et la police) ; 20 Italiens (dans les 
services artistiques de la Cour) ; 20 Français 
(dans l'administration de la justice et dans les 
services de Bankok), etc. Il n'y a pas un 
Japonais : ils avaient été appelés avec enthou- 
siasme après la guerre russo-japonaise, mais 
leur caractère envahissant a fait que leurs 
contrats n'ont pas été renouvelés.] 



51. — Démarche des trois ambassadeurs. (N° 43). 

Le ministre des affaires étrangères Terecht- 
chenko à l'ambassadeur à Washington {26 sept./ 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 170 

9 oct. 1917). Les ambassadeurs d'Angleterre, 
de France et d'Italie ont été reçus aujourd'hui 
par le ministre-président et lui firent une 
communication au nom de leurs gouverne- 
ments au sujet de la nécessité de rétablir la 
capacité de combattre de notre armée. Cette 
démarche ne pouvait produire sur le Gouver- 
nement provisoire qu'une impression pénible, 
d'autant plus que nos Alliés connaissent ses 
efforts pour poursuivre sans en dévier la lutte 
contre l'ennemi commun. Je vous prie dédire 
à Lansing combien nous avons apprécié la 
réserve de l'ambassadeur américain qui n'a 
pas pris part à cette démarche collective. 

1-2. Terechtchenko à l'ambassadeur à Rome 
et aux chargés cV affaires à Paris et à Londres 
{26 sept./9 oct. 1917). [Récit de la démarche. 
Les ambassadeurs demandèrent à être reçus 
ensemble et dirent que l'opinion publique 
allait demander des comptes à leurs gouverne- 
ments au sujet de l'aide matérielle donnée à la 
liussie. Le Gouvernement russe doit montrer 
par des actes sa volonté d'employer tous les 
moyens de rétablir la discipline et le véritable 
esprit militaire dans l'armée. Iverenski leur 
répondit que la situation actuelle était à un 
haut degré la conséquence de l'ancien régime 



180 DOCUMENTS SECRETS 

et des irrégularités dans la fourniture par les 
Alliés de matériel de guerre à la Russie. 
Celle-ci continuera la guerre et son Gouverne- 
ment s'occupe de rétablir la discipline. Quant 
au caractère collectif de la démarche des 
ambassadeurs, Kerenski fit remarquer que la 
Russie était toujours une grande puissance.] 

3. Terechtchenko à l'ambassadeur à Rome et 
aux chargés d'affaires à Londres et à Paris 
(28 sept./ II oct: 1917). [La démarche des 
ambassadeurs a produit sur nous une impres- 
sion pénible tant dans sa substance que dans 
sa forme. Demandez qu'elle soit tenue secrète.] 

4. Télégramme de r ambassadeur à Rome 
(2/15 oct. 1917). [Sonnino lui a dit que la 
démarche collective avait pour but de fournir 
un appui au Gouvernement provisoire. Signé : 

GlERS.J 

5. Télégramme du chargé d'affaires à Paris 
(^ / 17 oct. 1917). [Ai communiqué verbale- 
ment votre télégramme à Ribot. Il était sous 
l'impression des nouvelles de la Chambre au 
sujet des révélations sur la lettre de Briand et 
était très agité. Il a dit que la démarche avait 
été résolue dans d'autres circonstances et a 
déploré qu'elle ait eu lieu au moment même où 
nous formions un nouveau gouvernement. — 
Cambon m'a dit que par épuisement et par 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 181 

habitude française de critiquer, on avait ici, 
dans certains cercles, l'impression que notre 
gouvernement pourrait, en s'appuyant sur les 
troupes fidèles, rétablir la capacité de com- 
battre de l'armée et écraser les maximalistes. 
Signé : Sevastopoulo.] 

6. Télégramme du chargé dCajJaires à Londres 
{^/i7 oct. 1917). [Ai communiqué votre télé- 
gramme à Balfour. Lui ai rappelé qu'au com- 
mencement d'août, on avait parlé à la Confé- 
rence internationale d'une démarche collective 
à Pétrograd et que j'avais réussi, à l'aide de 
Thomas, à convaincre les Alliés de son inop- 
l^ortunité. Balfour déplora que l'ambassadeur 
britannique ait dû, comme le plus ancien, 
remettre la communication. J'ai pu conclure 
de ses paroles que l'initiative de l'incident ne 
Aâent pas d'ici. Je crois que les alliés ont 
reconnu leur erreur et que plus vite cet inci- 
dent humiliant sera oublié, mieux ce sera. — 
Au cours de la conversation, j'ai essayé de 
vérifier la communication contenue dans le 
lélégramme 88 de Lysokovski. Balfour me dit 
qu'il ne tient pas compte de ces manifes- 
tations indirectes et privées des Allemands qui 
doivent parler officiellement s'ils ont quelque 
chose à dire. En second lieu, l'Angleterre 
n'admet pas que févacuation delà Russie soit 



182 DOCUMENTS SECRETS 

(( un pion dans le jeu allemand )>. L'occupation 
de la Belgique n'est pas « une conquête », 
mais la violation d'une neutralité garantie et 
son évacuation doit précéder des négociations 
quelles qu'elles soient. Signé : Nabokov.] 



52. — Les Diplomates russes à Tétranger* 

(N°^ G 1-63;. 

IE i8/3i mars 1917, le ministre-président prince 
J Lvov avait chargé S. G. Svatikov d'organiser 
une Administration centrale de la milice à la place 
du Département de la police qui avait été supprimé. 
Le 17/30 mai suivant, le Gouvernement provisoire 
lui confia la réforme de l'Agence politique du Dépar- 
lement de la police à l'étranger. Un télégramme de 
Kerenski du 20 août/ 7 septembre mit fin à cette 
mission. Svatikov, en octobre 1917, en exposa les 
résultats dans deux rapports sans date. 

I, I. Coopération de quelques diplomates à 
Vokhrana {police secrète). [Pas de trace qu'elle 
ait eu lieu à Stockholm et à Christiania. A 
Londres, elle s'est bornée à l'expédition du 
courrier du policier Litvin. A Paris, les diplo- 
mates russes n'avaient de contact avec Krasil- 
nikov et son agence russe et étrangère que 
parce qu'il occupait deux chambres à l'ambas- 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 183 

sade. Celle-ci ne l'invitait que rarement à des 
cérémonies officielles et n'y tenait aucun 
compte de la croix de la Légion d'honneur 
qui lui avait été donnée. Au contraire, Gor- 
nostaev, ancien consul à Gênes, et son succes- 
seur lanichovski avaient travaillé avec l'okh- 
rana. Il en était de même du consul à Naples 
von Wisel, qui avait fait surveiller Max. Gorki 
pendant son séjour à Capii. Svatikov avait en 
vain demandé la révocation de Gornostaev, 
devenu consul à Genève. A la légation auprès 
du Vatican, où avait jadis fonctionné le poli- 
cier Manousevitch-Manouilov, Bock, le titulaire 
actuel, déclara n'avoir rien trouvé dans les ar- 
chives. Le chargé d'affaires à Berne A. M. Onou 
lit la même déclaration, tout en reconnaissant 
que son prédécesseur M. M. Bihikov avait pro- 
hablement détruit beaucoup de papiers. Svati- 
kov arriva à la conclusion que Bihikov, son 
prédécesseur Bacheracht, le vice-consul à Da- 
vos Golike, le président de la Croix-Rouge 
Bereznikov et le consul à Genève Gornostaev 
avaient travaillé pour l'okhrana.] 

I, 2. Silaalion de la diplomatie russe à l'étran- 
ger {mai septembre 1917). [L'ahsence de titu- 
laires fait beaucoup de tort. Au cours de la 
visite que Svatikov fit à Poincaré, celui-ci se 
levant brusquement et faisant le tour de la 



184 DOCUMENTS SECRETS 

chambre, s'écria : o Quand donc la Russie nous 
enverra-t-elle un ambassadeur! » Le gouver- 
nement a eu tort de ne pas continuer l'épura- 
lion commencée par P. N. Milioukov. La plu- 
part des diplomates restés en fonctions sont 
dévoués à la contre-révolution. De plus, saul" 
les chefs de mission, ils sont misérablement 
payés. — Les Alliés voient d'ailleurs avec 
alarme c^ qui se passe en Russie. Toute l'Eu- 
rope occidentale était avec Kornilov et sa presse 
ne cessait de dire : Assez de paroles, des actes I] 
I, 3. Conversations avec des personnages poli- 
iiques. [Visite à Poincaré (rapport du 28 août/ 
5 sept. 191 7). Il était très ému de la prise de 
Riga. Il discuta les conséquences immédiates 
d'un coup contre Pétrograd qu'il considère 
0omme presque sans défense, u Nous souhai- 
tons de toute notre âme, dit-il, le succès des 
énergiques eflbrts de Kerenski pour rétablir 
l'ordre. L'écroulement de la Russie serait 
maintenant un malheur national pour la 
France. » Le président exprima ensuite sa con- 
fiance dans le général Zankevitch, homme 
énergique qui a su éviter une collision entre 
Français et Russes au camp de la Courtine. — 
Le président du Conseil des ministres Ribot me 
parut complètement écrasé des événements de 
Russie. Il parla avec un franc pessimisme du 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 185 

rôle futur de la Russie dans la guerre, plai- 
gnant amèrement la France du malheur de 
l'écroulement russe. Il parut extraordinaire- 
ment intéressé par le fait que Kerenski appa- 
raît à son entourage comme un homme ferme 
et énergique. Jamais je n'avais vu un homme 
aussi désespéré que Ribot au moment de notre 
entretien. Quand je dis le jour suivant à Poin- 
caré que je ne comprenais pas qu'on puisse 
être aussi impressionnable et aussi abattu que 
Ribot l'était à cause de la prise de Riga, il me 
répondit avec tristesse qu'il n'en était pas 
moins ému et qu'il y voyait le commencement 
des malheurs de la Russie. Poincaré, Ribot et 
Jules Cambon étaient très intéressés par la per- 
sonnalité de Kornilov, Savinkov et de quelques 
autres qu'ils considéraient comme de bons 
amis et collaborateurs de Kerenski dans le 
rétablissement de l'ordre. Ils me demandèrent 
tous trois quand la Russie passerait de la 
parole aux actes et s'il n'y avait pas une main 
ferme en Russie. Les cercles dirigeants en 
France me parurent surtout préoccupés de 
savoir qui apparaissait en Russie comme 
r (( homme d'avenir » {sic'. — Poincaré et 
Cambon m'exprimèrent aussi le désir que vous 
sachiez la mauvaise impression produite en 
France par l'idée d'échanger les plus anciens 



186 DOCUMENTS SECRETS 

prisonniers de guerre en faisant traverser les 
lignes à des armées entières autour de Minsk. 
Elle leur était si désagréable qu'ils offrirent de 
renoncer au même échange avec les Allemands. 
— En résumé, tous depuis Poincaré et Guesde 
jusqu'aux anarchistes interventionnistes ita- 
liens se placent au point de vue de la défense 
et s'étonnent du stupéfiant assoupissement de 
la démocratie russe.] 

11. Le mouvement eontre-révolationnaire à 
l'étranger. [L'ordre actuel n'est pas menacé 
seulement par les anarchistes, mais aussi par 
la contre-révolution, quoique la dynastie des 
Romanoffs puisse être considérée comme enter- 
rée pour toujours, — 11 existe des centres 
contre-révolutionnaires à Stockholm, Londres, 
Nice, Rome, ^aples et surtout en Suisse. Ceux 
qui fuient la révolution s'arrêtent d'abord à 
Stockholm, et y entrent en relations avec des 
brasseurs d'affaires et des agents allemands. 
D'autres contre-révolutionnaires sont grou- 
pés à Londres autour des Romanoffs qui y 
habitent. On y complote de mettre sur le trône 
le grand-duc Dmitri Pavlovitch parce qu'il est 
un des meurtriers de Raspoutine. On y parle 
même de la restauration de Nicolas IL] 

[Paris est aussi un grand centre contre-révo- 
lutionnaire. Il comprend des membres de la 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 187 

droite, des banquiers et même des diplomates 
(parmi ces derniers, d'après le comte Paul 
Ignatiev, il faut compter le secrétaire d'ambas- 
sade VI. M. Gorlov et l'assesseur G. A. Liiders- 
Weymarn). Au ministère des affaires étran- 
gères, on s'étonna du maintien comme attaché 
militaire du richissime comte Alexis Ignatiev 
que les Français considèrent comme contre- 
révolutionnaire et germanophile. Les contre- 
révolutionnaires russes à Paris ont pour organe 
Le Gaulois. Quoique le comte Paul Ignatiev, 
qui dirige la section russe du bureau allié 
de contre-espionnage à Paris, m'ait fourni 
quelques renseignements, je ne dois pas cacher 
que son bras droit est le policier qui s'est sous- 
trait si longtemps aux recherches de la police 
française et a dirigé jusqu'en 1909 la police 
de l'ancien régime à l'étranger, le fameux 
A. M. Harting ou Landezen (de son vrai nom 
Abraham Hekelmann). Ce condamné de la 
justice française a sûrement ne doit point hési- 
ter à vendre nos secrets de guerre aux Alle- 
mands )). A. A. Krasilnikov, qui a dirigé les 
services de l'Agence policière pendant les sept 
dernières années, doit y aider aussi. Des ren- 
seignements fournis par des réfugiés russes 
m'ont convaincu qu'aux désordres du camp de 
La Courtine ont pris part non seulement des 



188 DOCUMENTS SECRETS 

anarchistes et des bolcheviks, mais aussi des 
agents allemands et contre-révolutionnaires 
qui excitèrent les soldats à pousser leurs exi- 
gences jusqu'à l'absurde. Le président Poin- 
caré m'exprima l'hypothèse qu'il y avait là 
non seulement de la propagande russe anar- 
chiste, mais aussi allemande et tsariste. Des 
proclamations monarchistes et antisémites ont 
été répandues dans les camps de Felletin, de 
La Courtine et dans les hôpitaux russes. A 
^ice, les contre-révolutionnaires sont, dit-on, 
en relations avec la grande-duchesse \nastasie 
Mikhailovna, qui séjourne tantôt là, tantôt 
en Suisse. Dans ce dernier pays, d'après des 
cercles touchant de près au ministère des 
affaires étrangères français, le défunt ministre 
de Russie à Berne, Bacheracht, paraissait à un 
haut degré suspect de liaison avec les Alle- 
mands. L'attaché militaire général Golovan 
m'a dit la même chose de sa veuve... Golovan 
et les Français soupçonnent aussi Bibikov, qui 
avait succédé à Bacheracht. Il a été révoqué 
par Milioukov, mais séjourne encore en 
Suisse (*). Bibikov et un certain Boubnov 



(1) Le iG/29 septembre 1917, il télégraphiait au ministre des 
affaires étrangères qu'il ne pouvait rentrer en Russie avant 
d'avoir été autorisé à se faire transférer 200.000 roubles à un 
taux de faveur. {Pravda, 16/29 nov. 1917-) 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 180 

seraient liés avec une comtesse Golitsyn qui 
habitait à Munich avant la guerre et serait la 
maîtresse de l'attaché militaire allemand. 
D'autre part, la veuve de Bacheracht aurait 
autrefois été la femme morganatique d'un 
grand-duc de Hesse. — D'une façon générale, 
le personnel diplomatique actuel est tou- 
jours dévoué à l'ancien régime et continue 
à se montrer hostile aux réfugiés révolution- 
naires] 



53. — Le traité entre le Japon et l'Amérique. 

EN octobre 191 7, les Etats-Unis et le Japon con- 
clurent un traité pour interdire « à quelque 
gouvernement que ce soit d'acquérir en Chine des 
droits et privilèges particuliers incompatibles avec 
l'intégrité et l'indépendance de la Chine », les Etats- 
Unis reconnaissant cependant au Japon désintérêts 
spéciaux en Chine, attendu, était-il dit, que « sa 
position géographique lui donne un droit à de tels 
intérêts ». A. Alek a publié à ce sujet dans la 
Pravda du 16/29 ^^^- ^9^1 ^^ article citant un 
grand nombre de dépêches secrètes : 

Le ministre des affaires étrangères du Japon, 
vicomte Motono, a donna à comprendre » à 



190 DOCUMENTS SECRETS 

l'ancien ambassadeur de Russie, lorsqu'il lui 
communiqua le texte du traité japono-amé- 
ricain, que lui « Motono, dans la réalité, se 
rend bien compte qu'il sera impossible d'éviter 
plus tard des malentendus avec l'Amérique. 
Mais, il se rend compte aussi que l'influence 
prépondérante du Japon en Chine elles moyens 
de pression dont il dispose, lui donnent la 
supériorité sur les Etats-Unis pour réaliser son 
interprétation du traité ('). » 

Quels sont ces « moyens de pression » ? 
L'ambassadeur britannique a répondu : « Sir 
W. Conyngham Greene m'a dit confidentielle- 
ment que d'après les rapports de l'attaché mili- 
taire anglais au Japon, ce dernier pays a l'in- 
tention d'armer l'année prochaine ses troupes 
de carabines d'un modèle perfectionné, ce qui 
lui permettra alors de céder à la Chine toutes 
les carabines qu'il aura en trop... Le Cabinet 
de Tokio ne vit aucun motif de ne pas donner 
satisfaction aux désirs du ministère de la guerre 
chinois, d'autant plus que les armes vendues 
à la Chine ne serviront pas à équiper une 
expédition punitive, mais à transformer deux 
ou trois divisions modèles. On a en vue, en 



(*) Dépêche secrète n" 76 de Tokio à Tereclitchcnko, 28 oct./ 
5 nov. 1917. 



PUBLIÉS PAR LES BOLCHEVIKS 191 

outre, de remettre à la Chine 3oo canons avec 
leurs munitions, mais il faut 12 à 18 mois 
pour les préparer... » 

La fourniture d'armes à la Chine ne produisit 
pas une impression favorable sur les Anglais 
et les Américains... L'envoyé américain à Pékin 
fit des représentations ou du moins mit en 
garde le Gouvernement chinois en ce qui con- 
cerne le genre d'agissements des Japonais sur 
cette question. Quand on demanda au ministre 
du Japon s'il y avait quelque chose de vrai 
dans ce qu'annonçaient les journaux au sujet 
des remontrances américaines, « le vicomte 
Motono haussa les épaules et dit que la con- 
duite de l'ambassadeur américain l'étonnait et 
qu'il ne pouvait se l'expliquer que par le désir 
des diplomates américains de donner sur 
toutes choses des conseils au Gouvernement 
chinois (^). » 

[Comment la Chine a-t-elle accepté son rôle 
de pupille ? Le prince Koudachev, l'ancien 
envoyé à Pékin, télégraphiait le 27 octobre/ 
9 novembre à ïerechtchenko] : 

« On a publié les protocoles de la mission Lan- 
sing au sujet de la reconnaissance par l'Amé- 



(') Dépêche 7Ô, 23 oct., / 5 nov. 19 17. 



1)2 DOCUMENTS SECRETS 

rique d'intérêts spéciaux du Japon en Chine : 
ils ont produit ici une impression écrasante. 
Les journaux remarquent que la reconnais- 
sance par deux gouvernements d'intérêts spé- 
ciaux sur le territoire d'un troisième est un 
affront pour ce dernier. Beaucoup pensent que 
le prestige des Etats-Unis en diminuera dès 
maintenant, car ils ont fait voir à la Chine 
qu'elle n'a pas à attendre leur aide dans les 
affaires politiques. » 

Si les Américains « avec la naïveté qui est le 
propre de la diplomatie américaine » (comme 
l'écrivait à Terechtchenko l'ancien ambassadeur 
à Washington Bakhmetev [le i/i-27 octobre 
1917]), malgré toutes leurs protestations ami- 
cales que la tutelle est interprétée très large- 
ment par les Japonais et que cette interpréta- 
tion produit des conséquences regrettables, 
font semblant de ne pas se rendre compte de 
la position de la Chine, les Chinois eux s'en 
rendent compte nettement, et à ce sujet, il 
existe parmi eux deux courants : 

L'un, représenté parla Gazette de Pékin, jour- 
nal officiel, comprend le gouvernement et « le 
monde des affaires » et exprime les dispositions 
des marchands et des fonctionnaires... Cette 
(( bourgeoisie » fut affligée de ce que l'envoyé 
chinois à AVashington resta dans l'ignorance 



PUBLIES PAR LES BOLCHEVIKS 193 

au sujet d'un acte de première gravité (*);,. 
[mais depuis elle s'est consolée en songeant 
aux avantages que lui apportera la collabora- 
tion économique du Japon. L'autre courant est 
représenté par la presse du sud de la Chine : 
elle ne s'intéresse pas à la position de l'Amé- 
rique, car elle sait que la diplomatie améri- 
caine, comme l'européenne, a deux poids et 
deux mesures, l'un pour les forts et l'autre 
pour les faibles.] 



(1) A dire vrai, l'envoyé russe à Washington ne prévit rien 
non pins. Il rapporte de la mission d'Ishii à Washington : 
« Actuellement nous nous expliquons graduellement les pro- 
blèmes de la mission du marquis Ishii et les résultats aux;- 
quels il est arrivé. Je sais que les prétentions du Japon à des 
droits prépondérants en Chine ne peuvent faire l'objet d'une 
négociation avec la diplomatie américaine... Je dois dire que 
mes conversations avec des financiers américains m'ont con- 
firmé dans ce que je soupçonnais de la méfiance des capi- 
talistes aniéricains à l'égard" des propositions du Japon. » 
(27 sept. 1917.) 



13 



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TABLE DES MATIÈRES 



Pages 

Avertissement 5 

I . — Traité des trois Empereurs 7 

•}.. — Convention militaire franco-russe. . . ii 

8. — Alliance contre les Anarchistes. ... 12 

4. — Convention russo-bulgare i4 

5. — Convention douanière serbo-bulgare . . 17 
, 6. — Traité russo-allemand 19 

7. — Lamsdorff et les Anarchistes 21 

8. — Guillaume II à Nicolas II 22 

9. — Le Japon et la Mongolie. ..'.... 25 

10. — Traité russo-anglais 26 

11. — Protocole russo-allemand relatif à la Bal- 

tique 37 

12. — I/intervention russe en Perse. .... 28 
i3. — Les Anglais demandent aux Turcs de 

fortifier le Bosphore ....... 3o 

\'a. — En janvier 190g, l'Allemagne préparait 

une agression 02 

i5. — Projet de traité russo-allemand. ... 5o 

16. — Projet de traité russo-bulgare 02 

17.— Traités serbo-bulgares de 191 2 .... 58 



196 TABLE DES MATIÈRES 

i8. — Prêt à Ferdinand de Bulgarie 59 

19. — Ferdinand de Bulgarie à Nicolas H. . . 62 

20. — François-Joseph à Nicolas II 65 

21. — Le roi de Monténégro à Nicolas IL . . 67 

22. — François-Ferdinand à Nicolas II. . . . 69 

23. — Conférence austro-italienne relative à 

l'Albanie 70 

2 3 bis. — Conférence russe au sujet de l'attaque 

des Détroits 7^1 

2!\. — Tentative de réconcilier la Bulgarie et la 

Serbie 101 

25. — Convention russo-roumaine de 1914 • • 106 
20 bis. — Accord au sujet des Détroits .... 107 
20 ter. — Alliance entre l'Entente et l'Italie . . 110 

26. — Convention secrète russo-japonaise. . . 119 
27.- Ferdinand de Bulgarie à Savinski . . . 121 
28. — Plan d'Alekséev en novembre 1910 . . . 122 

^29. — - La France demande des troupes russes. i23 

• 3o. — Projet de paix séparée avec la Turquie. . 127 

3i. — Constantin à la reine Olga i3i 

02. — L'archevêque Evdokim à Sturmer. . . i32 

33. — Khvoslov 'et Sturmer i33 

34. — Compensations offertes à la Grèce ... i34 

35. — Illégalité commise par le Tsar 1^2 

36. — La France demande l'intervention de la 

Roumanie, 12/25 juin 1916 i43 

37. - Chtcherbatov à Alexis Aleksievitch. . . 1/I7 

38. — La retraite de Sazonov i48 

39. — Convention militaire russo-roumaine. . i49 

40. — Bakhmetev à Sturmer i55 

4i- — Traité entre la France et la Russie. . . i56 

42. — Résumé sur la question de l'Asie Mineure. i58 

43. — Télégrammes d'Espagne i<3o 



TABLE D E S MATIÈRES 197 

44- — Renne à Antonomov . 170 

45. — Mauvais canons fournis par les Alliés. . 170 

46. — L'état de choses en Russie 171 

47. — Les troupes russes en France 172 

48. — Pas de négociations avec l'Allemagne. . 176 

49. — Affaire Kornilov 170 

50. — Les Anglais au Siani 17O 

5i. — Démarche des trois ambassadeurs. . . 178 

02. — Les Diplomates russes à l'étranger. . . 182 

53. — Le traité entre" le Japon et l'Amérique. . 189 



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Un vol, in-16 Bossard. Prix 3 » 

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Volume I : 18 août 191U-8 janvier 1918 ; Volume II : 
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grand in-octavo : Tome 1 (Août 191^ — Mars 191O). Tomell 
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dans le présent. — Un vol. iiiiO Bossard. Prix. 1.80 

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vaques. — Préface de M. Jules Chopin. Une carte hors 
texte. Un vol. in-iO Bossard. Prix 3.90 

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dory Pacha, premier plénipotentiaire ottoman, sur 
le Congrès de Berlin, adressé à la S. Porte. — Un 
vol. in-iG Bossard. Prix 3.90 

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sard. Prix 3.60 

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recueillis et traduits par M°' M\rie Mûring. — Une bro- 
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l'Allemagne contemporaine. Dossier d'une polémique 
avec Jean Jaurès. 1912-1913. (Collection de la Revue 
« L'Action Nationale »). Prix 4.50 

Alfredo Niceforo. — Les Germains. — Histoire d'une idée 
et d'une « race ». Traduction de / Gennani, par Georges 
Hervo. Édition revue et remaniée i^ar l'auteur. 
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Abbeville. — Imprimerie F. Paillart. 





DATE DUE 


















































































































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